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A la mémoire d'un grand maître...

Jerry's Awakening
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A LA MEMOIRE D'UN GRAND MAÎTRE...

 

Le 21 juillet 2004, après avoir lutté contre le cancer qui le rongeait depuis des mois, le plus célèbre des musiciens de film américain, Jerry Goldsmith, nous a quitté à l’aube de son 76 ème anniversaire. Cinquante années de créativité et d’inventivité musicale, et une vie entièrement consacrée et dévouée à la musique pour le cinéma.

Jerry Goldsmith repose aujourd’hui au cimetière d’Hillside Mémorial Park à Los Angeles. C’est lors de la cérémonie de commémoration que tous les amis de la profession, compositeurs, metteur en scène, ses enfants, Ellen, Joel, Jennifer, Carrie issu de son premier mariage ainsi que son plus jeune fils Aaron et surtout Carol, son inséparable et douce épouse, étaient venu exprimer un dernier adieu à leur ami, père et amour. Un hommage à l’un des plus grands compositeurs que le monde ait connu. Il rejoint ainsi le firmament d’illustres compositeurs tels que Miklos Rosza, Alex North, Bernard Herrmann, Franz Waxman, tous ces maîtres que Jerry a tant admiré, et également son ami Henri Mancini qui, quelques années plus tôt, fut lui aussi terrassé par la maladie.

Le monde du cinéma est aujourd’hui orphelin de cet homme hors du commun, mais heureusement, sa musique et son Art perdureront à travers les siècles. Jerry Goldsmith nous laisse à travers ses nombreuses œuvres musicales un nombre incalculable de thèmes écrits, tous aussi remarquables les uns que les autres, qui résonnent dans nos mémoires : lorsque l’on se laisse séduire par sa musique, on en reste imprégné à tout jamais.

Une vie mordue à pleine dents et le grand bonheur de faire tous les jours ce qu’il aime le plus : Composer.
Pour lui, il ne faisait pas de la musique, il était la musique.
C’était également pour lui un métier difficile, car la musique de film reste un Art trop souvent rattaché à l’industrie commerciale du cinéma, et encore très peu reconnu du grand public, même aux États Unis. Pour Jerry Goldsmith, l’important était avant tout de se battre tous les jours pour affirmer qui il est : un compositeur de musique, un point c’est tout. Ce fut son grand credo auquel il resta fidèle tout au long de sa vie. Son incroyable intégrité artistique le poussa même à lutter jour après jour pour conserver ses propres valeurs artistiques : croire au potentiel musical de chaque film, ne pas porter de jugement expéditif sur un film, trouver le meilleur de soi-même pour chaque partition écrite, écrire au moins un grand thème – car pour Goldsmith, il n’était absolument pas envisageable d’écrire une musique de film sans posséder un ou plusieurs grands thèmes – etc.

De 1957 à 2004, le compositeur traverse tous les grands axes cinématographiques de ce grand géant qu’est « Hollywood ». De la fresque guerrière, en passant par le dessin animé, les épopées médiévales, les westerns, la science-fiction, l’épouvante, les films d’action, les grands personnages de l’histoire, il apportera à tous ces genres cinématographiques magie et grandeur d’âme. Jamais la musique de film fut élevée à un tel niveau. Sa vision musicale et créatrice lui a permis de redéfinir même le concept de musique de film. Une question se pose obligatoirement, comment aurait évolué le cinéma américain si Jerry Goldsmith n’avait pas existé ?

Depuis les années 80, une nouvelle et jeune génération a pu entendre et mémoriser lors de projection de films certaines œuvres du maestro californien. Beaucoup ont apprécié le thème d’un certain John Rambo. Le thème de Carol-Ann nous berce et résonne toujours en chacun de nous. Qui ne s’est pas laissé envoûter par la chaleur des variations rythmiques de Basic Instinct. Qui n’a pas été soufflé par la force des thèmes de La Momie et du Treizième guerrier. Qui ne s’est pas laissé transporté par les splendides thèmes de Mulan .Souvenez vous de la manière dont vous avez sursauté sur votre fauteuil par la puissance extrême des musiques lors des séquences d’action d’Air Force One. En corollaire à ce monumental savoir faire, Jerry Goldsmith n’a jamais omit de rendre accessible son art à tous. Aujourd’hui, tout le monde à la possibilité d’écouter et d’apprécier ses œuvres même sans les images, grâce à de nombreuses éditions discographiques, certaines parfois même plus généreuses que d’autres.

Le destin voulait que le jeune Jerrald King Goldsmith devienne un jour « La Légende » de la musique de cinéma. C’est ce même destin qui décida de l’emporter avec la maladie.

Essayons de découvrir ou de redécouvrir ensemble le passionnant parcours du plus talentueux des compositeurs que le cinéma ait jamais connu...

   AVENEMENT D'UN GENIE... ET UN PEU D'HISTOIRE.

Dans les années 1930, les perturbations avec l’Allemagne et l‘ascension d’Hitler au pouvoir ne présagent rien de bon concernant les pays d’Europe de l’Est et des populations juives. A cette époque, l’ensemble de ces pays regorgent de jeunes étudiants en musique prêt à tout pour se lancer dans une carrière de musiciens/compositeurs. Certains d’entre eux sont déjà de grands prodigues et étudient dans les meilleures écoles des grandes villes du monde. Pour ces jeunes génies musiciens, il est hors de question d’attendre que la guerre arrive et que leur peuple soit persécuté. C’est ainsi que pour beaucoup de familles juives, il n’est plus question de rester dans leur pays devenu trop dangereux. Les familles juives les plus aisées décident d’émigrer vers des terres plus hospitalières comme les Etats Unis, dans des villes comme Los Angeles ou encore New York, avec l’unique intention d’y trouver la paix et de réussir leur carrière. Cette époque correspondait en fait aux grands débuts du cinéma américain (les années 1920/1930).

Côté musique, Erich Wolfgang Korngold, qui fut l’élève de Gustav Mahler, était l’un premier à travailler à Hollywood en composant les première grandes partitions pour les films d’Erol Flynn (ex. ‘The Sea Hawk’ ). Très vite, les noms de Max Steiner, Franz Waxman, Dimtri Tiomkin, Alfred Newman et surtout celui de Miklos Rozsa, apparaîtront aux génériques des plus importantes productions cinématographiques et deviendront de véritables valeurs sures du cinéma américain. Le fameux « son » d’Hollywood était donc né !

   10 Février 1929 - QUELQUE PART A LOS ANGELES...

C’est le jour de la naissance de Jerrald K. Goldsmith, né de Morris Goldsmith, son père et de Marie, sa mère. Comme le veut la tradition dans la famille Goldsmith, la musique est une des activités principales de la vie quotidienne. Morris joue du violon et Marie, qui a une véritable oreille de musicienne, du piano. C’est ainsi que pendant toute son enfance, le jeune Jerrald baignera dans cette ambiance musicale. Jusqu'à l’age de cinq ans, le jeune garçon partagera en compagnie de ses parents de grands moments de musique en famille.

Morris et Marie constatent alors rapidement les progrès fulgurants de Jerrald et voient en lui un futur génie. Ils lui proposent naturellement d’étudier un instrument en compagnie de bons professeurs. Jerry à six ans lorsqu’il entame ses premières leçons. Les jeux d’enfants et le sport ne l’attire pas beaucoup, seule la musique le passionne. Il ira même jusqu’à pratiquer certains jours le piano pendant plus de cinq heures d’affilées.

Très rapidement, les parents Goldsmith décident de confier l’éducation musicale de Jerry à un professeur plus expérimenté et renommé. Pour eux, il n’est plus question de prendre des petits cours par ci ou par là, il faut dorénavant passer à un stade supérieur d’enseignement et de théorie musicale. C’est à ce moment précis qu’intervient le pianiste/acteur Jacob Gimpel (Né à Lvov en Pologne, en 1907). Les relations entre le jeune Jerrald et son nouveau professeur sont « exceptionnelles ». Gimpel s’apercevra très rapidement du potentiel du jeune garçon et l’aidera à bâtir une nouvelle vision de son avenir.


Jacob Gimpel

Un jour, Jerrald entend Gimpel interpréter le 22ème concerto pour piano de Serge Rachmaninoff en compagnie du « Los Angeles Philharmonic Orchestra ». La performance et la virtuosité de son interprétation stupéfieront le jeune garçon. Il ne désirera alors plus qu’une seule chose : devenir pianiste de concert.


Jacob Gimpel

Le jeune Jerrald passe les années 1940 sur la côte ouest des Etats Unis baigné dans l’univers d’Hollywood, son cinéma et ses grandes musiques de films. Des productions comme ‘The Thief of Bagdad’, ‘Five Graves to Cairo’ et ‘Spellbound’ sont illustrées par de redoutables partitions musicales du grand Miklos Rozsa (Né le 18 Avril 1907 à Budapest, en Hongrie).


Miklos Rozsa

Il est difficile pour les jeunes étudiants à Los Angeles de dissocier musique et cinéma. Rappelons qu’à cette période, le grand Miklos Rozsa est en quelque sorte l’instigateur du mouvement musical qui sévit à Hollywood durant l’ère du « Golden Age ». Effectivement, Rosza faisait figure de grand maître pour les inconditionnels de la musique de film, tout comme Jerry Goldsmith deviendra à son tour quelques décennies plus tard un grand maître du genre. Tous les étudiants rêvant de devenir compositeur de musique de film désiraient suivre l’enseignement de ce gigantesque compositeur qu’était Miklos Rozsa. Ce fut le cas de Jerrald Goldsmith.

Jakob Gimpel, qui était l’une des connaissances de Rosza, présenta le jeune homme au maestro qui venait d’entamer une série de cours à l’USC (University of California, à Los Angeles) au département Musique. Comme beaucoup d’étudiants, Jerrald est fasciné par les techniques d’écriture et les approches musicales du compositeur hongrois. Plus tard, Jerry se souviendra de ces cours avec un professeur très dur avec lui.

«Jerry Goldsmith fut l'un des élèves les plus doués que j’ai rencontré », Miklos Rosza

L’enseignement de Miklos Rozsa sera essentiel dans la vie du jeune musicien. Ce sera une première et véritable grande approche des rapports entre la musique et de l’image filmée, une expérience déterminante pour le jeune Jerrald. Cependant, à l’USC, Jerrald Goldsmith est aussi très attiré par l’enseignement d’un autre professeur de référence pour le cinéma : Mario Castelnuovo Tedesco, compositeur d’origine juive né a Florence en 1895, réputé pour ses œuvres de guitare et certains de ses concertos. La vision moderne de la musique que nourrit Tedesco correspond en tous points avec celle du jeune Jerrald. C’est avec Tedesco que le jeune musicien californien étudiera la composition et le contrepoint.

Au collège, Jerrald sera attiré par l'enseignement d'autres professeurs et grands musiciens du XXème Siècle, tels que Wolfgang Frankel* et le compositeur néoclassique Ernst Kernek* né à Vienne , le 23 Août 1900, musicien original de l'école autrichienne contemporaine, disciple de Shöenberg.
* Informations issues des écrits de Carrie Goldsmith.


Mario Castelnuovo Tedesco

Morris Goldsmith avait donc vu juste quant à l’avenir de son fils. L’acharnement de Jacob Gimpel, l’expérience de Miklos Rosza, l’approche musicale intelligente de Tedesco ont réveillé le génie qui sommeillait en Jerrald Goldsmith et lui ont apporté de façon durable toutes les bases et la maîtrise de son art.

   UNE ENTREE SUR LES CHAPEAUX DE ROUE A LA CBS.

Dans les années 50 Jerry Goldsmith épouse la chanteuse Sharon Hennigan (Jerry Goldsmith aura 4 enfants avec la chanteuse, Elen, Joel, Jennifer et Carrie ). Il est enfin temps pour le jeune musicien de trouver un emploi fixe pour pouvoir voler de ses propres ailes. Il entre sur concours à la célèbre radiotélévision américaine CBS pour un emploi administratif en tant que dactylo. Cependant le jeune homme de 21 ans ne compte pas en rester là, il espère bien évoluer rapidement et mettre tout son savoir faire au service de sa passion.

Le jeune Goldsmith obtient par la suite un poste de copiste au sein de la CBS Puis, très vite, il se fait remarquer et commence à écrire et à diriger des formations instrumentales pour des émissions et séries télévisées. Ce sont ses premières compositions pour des émissions radio comme ‘Romance’ et ‘CBS Radio Workshop’ qui lui permirent de faire ses armes et de lui tracer progressivement un chemin plus sur vers la télévision. Ces années d'apprentissage à la radio ne furent pas des plus faciles pour le jeune musicien, qui devait bien souvent enregistrer et jouer en direct ses propres compositions avec des moyens rudimentaires et un budget extrêmement restreint. Ce fut néanmoins pour le jeune homme une expérience de la vie et du métier particulièrement enrichissante.

Au début des années 60, Goldsmith signa pour la CBS la musique de plusieurs épisodes de la célèbre série télévisée des années 50 ‘Studio One' (aux côtés d'un monstre sacré de la musique de film qui n'était autre que Bernard Herrmann), sans oublier sa participation à différentes émissions et série télévisées telles que ‘Hallmark Hall of Fame’, ‘General Electric Theater’, ‘Climax!' (où il rencontra le réalisateur Jack Smight avec lequel il allait collaborer sur certains films dans les années 60/70), ‘The Lineup', ‘Playhouse 90’, ‘Gunsmoke' et ‘Have Gun – Will Travel’. A noter que ces deux dernières séries télévisées qui se déroulent dans l'univers du Far West américain ont sans aucun doute contribué à accentuer le goût du compositeur pour les musiques de western qu'il écrira tout au long des années 60/70.

   AUX PORTES DU MONDE DU CINEMA.

1957 marqua la première composition de Jerry Goldsmith pour un long-métrage du cinéma, produit par Warner Bros : ‘Black Patch’ (L’homme au bandeau noir). Avec cette première expérience remarquée, Goldsmith accéda rapidement à d’autres projets plus ambitieux : après quelques compositions oubliées pour le thriller urbain ‘City of Fear’ (1959) et le western de Paul Wendkos ‘Face of a Fugitive’ (1959 – sur lequel le compositeur est crédité sous le nom ‘Jerrald Goldsmith’), le maestro signa la musique du drame ‘Studs Lonigan’ (1960) qui lui permit de mettre en place certains éléments majeurs de son style musical : thématique forte apportant une identité musicale solide aux images, instrumentation très riche et étoffée, langage harmonique et rythmique complexe, etc.

En parallèle de son travail au cinéma, Goldsmith poursuit la composition pour la télévision, avec ‘The Twilight Zone’ (La quatrième dimension) de Rod Serling, célèbre série de la fin des années 50 sur laquelle ont travaillés des grands noms du cinéma tels que Bernard Herrmann, Leonard Rosenman, Fred Steiner et même Franz Waxman. Engagé par Revue Studios, Goldsmith écrivit plusieurs partitions pour des productions télévisées de la CBS, parmi lesquels on pourra citer ‘Perry Mason’, ‘Wanted : Dead or Alive’ ou bien encore ‘Thriller’, série d’anthologies horrifiques présentée par Boris Karloff en personne. Ses productions musicales lui permirent ensuite d’être engagé sur deux séries célèbres des années 60 : ‘Dr. Kildare’ (pour lequel Goldsmith a écrit le thème principal) et ‘The Man from U.N.C.L.E.’, partition jazzy et ironique majeure qui permit au maestro de mettre en place certains éléments musicaux que l’on retrouvera par la suite dans des films tels que ‘The Prize’, ‘Our Man Flint’ ou même ‘SPYS'’.

Après une partition oubliée pour le documentaire ‘The General with the Cockeyed ID’ en 1961 et une autre pour le polar dramatique ‘The Crimebusters’ de Boris Sagal, Jerry Goldsmith se fit remarquer par un illustre personnage du milieu de la musique de film hollywoodienne : Alfred Newman, qui était alors à cette époque directeur du département musical à la 20th Century Fox. Newman pris très rapidement conscience du talent du jeune musicien et décida de lui offrir l’occasion de faire ses preuves sur une grosse production hollywoodienne de la Fox : ‘Lonely Are the Brave’ (1962), western moderne de David Miller avec un Kirk Douglas éclatant. La même année, Goldsmith écrivit aussi la musique d’une autre production signée Universal Pictures : ‘Freud’, de John Huston. De toutes les partitions de jeunesse de Jerry Goldsmith, ‘Freud’ fut sans aucun doute la partition la plus importante du compositeur, véritable point de départ d’une œuvre qui s’étendra sur plus de 4 décennies de créations musicales exemplaires. ‘Freud’ permit ainsi à un Jerry Goldsmith de 33 ans d’être remarqué par ses pairs et de recevoir sa toute première nomination aux Academy Awards en 1962. Désormais, la carrière de Jerry Goldsmith était définitivement lancée pour les 40 ans à venir!

   LE NOUVEAU GENIE DE LA MUSIQUE HOLLYWOODIENNE.

Jerry Goldsmith offre désormais ses services au cinéma hollywoodien avec une constance et un acharnement rare, allant parfois même jusqu’à mettre plus de 5 films en musique en une année, abordant des styles et des genres totalement différents. Le jeune compositeur découvrit aussi dans les années 60 la musique d’Alex North qu’il admira énormément et qui devint pour lui une sorte de maître à penser, même si Goldsmith affirme qu’il n’a jamais été influencé par aucun compositeur de musique de film dans ses œuvres.

Parmi les partitions de jeunesse du Goldsmith des « sixties’, signalons le jazzy ‘The List of Adrian Messenger’, l’entraînant ‘The Stripper’ qui marque sa toute première collaboration avec Franklin J. Schaffner en 1963, le très touchant ‘Lilies of the Field’, et une partition expérimentale et intense pour ‘Shock Treatment’, drame de 1964 aujourd’hui tombé dans l’oubli. Sa musique pour le drame intimiste ‘A Patch of Blue’ permet au compositeur d’obtenir sa seconde nomination aux Academy Awards en 1965. C’est aussi le début des partitions avant-gardistes et hautement complexes de Jerry Goldsmith, telles que ‘The Satan Bug’ en 1965, ‘Seconds’ en 1966 puis ‘Planet of the Apes’ en 1968 - second grand chef-d’œuvre impérissable du compositeur après ‘Freud’, marquant un premier aboutissement artistique conséquent dans sa collaboration avec Schaffner – et aussi ‘The Illustrated Man’, renouant avec les techniques sérielles de ‘Freud’ et ‘Planet of the Apes’. Les années 60 marquent aussi le début des premières partitions western de Goldsmith, car après ‘Black Patch’, ‘Face of a Fugitive’ et ‘Lonely Are the Brave’, le maestro enchaîna sur des films tels que ‘Rio Conchos’, ‘Stagecoach’, ‘Hour of the Gun’, ‘Bandolero !’ ou bien encore ‘100 Rifles’. Goldsmith touche aussi aux films de guerre avec quelques productions importantes telles que ‘Von Ryan’s Express’, ‘In Harm’s Way’ (unique collaboration de Goldsmith à un film d’Otto Preminger), ‘Morituri’, le virtuose ‘The Blue Max’ (qui marque les débuts de la collaboration entre Jerry Goldsmith et son orchestre fétiche, le National Philharmonic Orchestra) et le somptueux ‘The Sand Pebbles’ pour l’inoubliable chef-d’œuvre de Robert Wise – avec une troisième nomination aux Academy Awards en 1966. De la fin des années 60, on retiendra bien évidemment ‘Planet of the Apes’, cité précédemment.

Le passage aux années 70 n’est qu’une période de transition pour Jerry Goldsmith, qui démarre cette nouvelle décennie avec un premier chef-d’œuvre absolu : ‘Patton’ (1970), troisième collaboration avec Franklin J. Schaffner et nouvel aboutissement artistique pour le réalisateur et le compositeur, qui signe là l’une de ses partitions les plus célèbres (4ème nomination aux Academy Awards). Goldsmith amplifie tout au long de cette décennie son goût pour l’expérimentation, les rythmes sous toutes leurs formes (changements de mesure, jeux de syncopes, décalages rythmiques divers, etc.) et bien sur, l’électronique, qui prend une importance grandissante dans les œuvres du maestro californien. Parmi les partitions clés des années 70, signalons ‘Islands in the Stream’, ‘Papillon’, ‘The Mephisto Waltz’, ‘Chinatown’, ‘The Wind and the Lion’, ‘The Swarm’, ‘Logan’s Run’, ‘The Reincarnation of Peter Proud’ et surtout ‘The Omen’, film d’horreur satanique de Richard Donner qui, en 1976, permet à Jerry Goldsmith de remporter son seul et unique Academy Award dans la catégorie ‘meilleure musique originale pour un film’.

1973 est une année importante pour Jerry Goldsmith puisque c’est en travaillant sur la musique du polar ‘The Don is Dead’ que le compositeur rencontre sa future femme, Carol Heather, qui interpréta une chanson du film et qui chantera aussi le magnifique ‘The Piper Dreams’ sur ‘The Omen’. Goldsmith poursuit tout au long des « seventies » son travail sur les westerns avec des partitions remarquables telles que ‘Rio Lobo’, ‘Breakheart Pass’, ‘’Take a Hard Ride’, ‘The Ballad of Cable Hogue’, le tourmenté ‘Wild Rovers’ ou le western pour enfant produit par Disney, ‘One Little Indian’. Enfin, les années 70 se concluent avec deux chef-d’œuvres absolus de Jerry Goldsmith : ‘Alien’ et ‘Star Trek The Motion Picture’, deux musiques de génie à la qualité restée inégalée à ce jour.

   JERRY GOLDSMITH FACE AUX ANNEES 80/90.

Avec le passage aux années 80, Jerry Goldsmith se voit offrir des projets de moins en moins ambitieux et de plus en plus commerciaux. Certes, le maestro a encore la chance d’écrire pour de grands films tels que ‘Poltergeist’, ‘First Blood’, ‘Under Fire’, ‘Outland’, ‘Masada’, ‘The Boys from Brazil’, ‘The Secret of NIMH’, ‘The Final Conflict’ ou bien encore ‘Legend’, mais hélas la qualité du cinéma américain étant en train de diminuer dangereusement au cours de cette nouvelle décennie, Goldsmith va se retrouver à mettre en musique des films d’une médiocrité absolue ou des d’autres de seconde zone tels que Night Crossing, ‘Supergirl’, ‘King Solomon’s Mines’, ‘Rent-A-Cop’, ‘Leviathan’ou bien encore ‘Warlock’. Et pourtant, Goldsmith fait preuve d’une constance dans son approche musicale et continue d’offrir des musiques souvent fraîches et inventives dotées de thématique puissante. L’exemple du ‘Lionheart’ de Franklin J. Schaffner est assez révélateur de l’état dans lequel se retrouve le cinéma hollywoodien au milieu des années 80, avec ici un cinéaste jadis inspiré qui nous offrit autrefois ‘Planet of the Apes’ et ‘Patton’, et qui arrive à la fin de sa vie en signant un très mauvais film, tout juste sauvé par une musique épique splendide et inspirée de Jerry Goldsmith. Idem pour ‘Star Trek V : The Final Frontier’, sans aucun doute l’un des épisodes les plus pauvres de la saga, sauvé in extremis par une musique riche et sophistiquée de Jerry Goldsmith.

Les années 80 permettent aussi au compositeur de systématiser son emploi des synthétiseurs, particulièrement présents dans ses scores d’action. Car que l’on ne s’y trompe pas, les « eighties » voient émerger progressivement le registre des grandes musiques d’action qui feront la gloire de Jerry Goldsmith dans les années 80 et 90, avec pour commencer une première partition monumentale pour ‘Rambo II’ en 1985 qui marquera un tournant décisif dans la carrière du maestro. C’est aussi l’époque où le compositeur collabore régulièrement avec Joe Dante sur des films d’aventure souvent déjantés et plein d’humour noir, tels que ‘Gremlins’, ‘Explorers’, ‘Innerspace’ ou bien encore l’excellent ‘The ‘burbs’. Enfin, les années 80, c’est aussi hélas l’époque des premières partitions rejetées de Jerry Goldsmith telles que ‘Gladiator’ ou ‘Alien Nation’, ce qui prouve bien à quel point le cinéma américain a considérablement changé et entame dorénavant une période de sècheresse artistique assez imposante.

 
Photographe : Julio Rodriguez

Au début des années 90, Jerry Goldsmith, las de mettre en musique des séries B d’action et des productions insipides qui ne parviennent plus à l’inspirer, retrouve enfin la force artistique de ses meilleurs jours sur le monumental ‘Total Recall’ de Paul Verhoeven, pour lequel le compositeur signe l’une des partitions les plus complexes et les plus ambitieuses de toute sa carrière (et aussi l’un de ses plus grands chef-d’œuvres). En ce sens, ‘Total Recall’ est l’aboutissement d’un style action amorcé par ‘Rambo II’ en 1985 et qui donnera naissance dans les années 90 à toute une longue série de partitions d’action brillantes telles que ‘The River Wild’, ‘Chain Reaction’, ‘Executive Decision’, ‘The Shadow’, ‘Air Force One’, ‘Deep Rising’, ‘U.S. Marshals’, ‘The Sum of All Fears’, ‘Hollow Man’, etc. Le Jerry Goldsmith des « nineties » est immédiatement associé aux musiques d’action.


Photographe : Julio Rodriguez Sanchez

Pourtant, après le travail colossal et éreintant qu’il a du fournir sur le gigantesque ‘Total Recall’, Jerry Goldsmith décide de faire une petite pause et de s’orienter vers des projets plus intimistes qui vont lui permettre de respirer un peu : citons par exemple le magnifique ‘The Russia House’ avec son inoubliable thème de saxophone, une partition plus lyrique et rafraîchissante pour ‘Medicine Man’, une autre plus intime et modeste pour ‘Not Without My Daughter’, puis d’autres partitions dramatiques plus légères pour des films tels que ‘Love Field’, ‘Angie’, ‘Forever Young’ ou le magnifique ‘Rudy’. N’oublions pas de signaler au passage l’une de ses partitions les plus belles et les plus poignantes de toute sa carrière : ‘Powder’, servi par un thème principal magique et tout bonnement inoubliable. C’est aussi la période des comédies pour le compositeur avec des films tels que le déjanté ‘Mom and Dad Save the World’, le sympathique ‘Mr. Baseball’, ‘Matinee’, ‘Dennis The Menace’, ‘I.Q.’, ‘Six Degrees of Separation’ ou bien encore ‘Fierce Creatures’.


Photographe : Julio Rodriguez

Jerry Goldsmith renoue avec le registre du thriller en 1992 avec son nouveau chef-d’œuvre pour Paul Verhoeven, ‘Basic Instinct’, partition riche et envoûtante devenue un grand classique incontournable de la musique de film des années 90. Suivent alors d’autres partitions thriller du même acabit tels que ‘The Vanishing’, ‘Malice’, ‘City Hall’, ‘L.A. Confidential’, ‘Along Came a Spider’, etc. C’est aussi l’époque où le compositeur signe pour la première fois la musique d’un dessin animé de chez Disney , « Mulan », œuvre complète, restituant tout le génie et la magie d’un compositeur toujours aussi inspiré et amoureux par son métier.

Avec ‘First Knight’ en 1995, Goldsmith signe un nouveau chef-d’œuvre épique et guerrier pour le film de Jerry Zucker, une partition qui débouchera à la fin des années 90 sur deux autres partitions épiques monumentales : ‘The 13th Warrior’ et ‘The Mummy’. Cette période plus « musclée » pour Goldsmith lui permet de revenir au style des musiques de grosses productions d’aventure avec un détour du côté de l’Afrique dans ‘Congo’ et ‘The Ghost and the Darkness’, et même une exploration de la nature sauvage et hostile dans le magnifique ‘The Edge’. Les années 90 permettent à Jerry Goldsmith de retrouver l’univers ‘Star Trek’ avec trois nouveaux opus très musclés : ‘First Contact’, ‘Insurrection’ et ‘Nemesis’.

En 1999, Alexander Courage, orchestrateur et fidèle ami du maestro, tombe malade dans la phase finale du score de 'Hollow Man'. Jerry Goldsmith, qui à son habitude, orchestre en partie ses scores en même temps qu'il compose, se voit dans l'obligation de confier le reste du travail à d’autres collaborateurs. C’est avec le compositeur Mark McKenzie que le maestro orchestrera la suite des aventures du célèbre profiler Alex Cross alias Morgan Freeman dans le très tortueux ‘Along Came a Spider’, polar noir de Lee Tamahori. McKenzie orchestrera ensuite le très majestueux score ‘The Sum of All Fears’ nappé d'un soupçon d'opéra, marquant ainsi le retour de Jerry Goldsmith pour la chanson avec 'If We could remember' interprétée par la chanteuse Shana Blake Hill. Et pour finir, le très patriotique ‘The Last Castle’. C’est avec cette oeuvre évocatrice et poignante que le maestro rendra un ultime hommage aux disparus des attentats tragiques du 11 septembre 2001. L'année suivante, Jerry Goldsmith orchestrera 'Star Trek Nemesis' en compagnie de Conrad Pope.

Habité par cette indéniable puissance de travail, le maestro ira jusqu’au bout de son talent et de ses forces physiques. Le cancer le ronge lentement mais ne l’arrête pas pour autant. Fin 2001, son ami et metteur en scène Joe Dante met en chantier ‘Looney Tunes Back in Action’, une habile combinaison d’images animées et de prises réelles sur le thème des personnages mythiques des «Tunes » de la Warner. Jerry Goldsmith retrouvait non seulement sur ce film son metteur en scène favori mais aussi un homme très créatif et inventif qui a toujours su tirer le meilleur du compositeur, tout en lui offrant une grande marge de manœuvre sur le plan musical. Depuis le très délirant ‘Matinee’, l’excellent ‘Small Soldiers’ (l’une des plus belles partition du compositeur), c’est avec le non moins déjanté ‘Looney Tunes’ que Jerry Goldsmith signera sa dernière œuvre officielle magistrale, teintée de courage, d’humour et de passion! Hélas, sa dernière composition restera une musique ample et puissante mais pourtant rejetée, pour le ‘Timeline’ de Richard Donner (2003), un beau gâchis pour une splendide partition rejetée pour un film voué au préalable à l'échec. Cette fois ci, même le talent et le génie créatif du maestro n’auraient pas pu sauver le film.

"Il y a des moments ou même une bonne musique ne peut pas sauver un mauvais film", J.G - 1982

Vers la fin de sa vie, le compositeur californien ne cessera de rappeler son amitié profonde avec Franklin J Schaffner et à quel point cet ami lui manquait, se remémorant également les souvenirs d’une époque dorée où la création musicale était déjà à son apogée. Avec Joe Dante, Jerry Goldsmith retrouvait enfin cette fabuleuse entente et ce grand échange créatif. Depuis l’excellent segment ‘It’s a Good Life’ de ‘Twilight Zone The Movie’ en 1983, les deux hommes ne cesserons de travailler ensemble en faisant de chaque film, une réussite pleine d’originalité, et de chaque musique, une œuvre magique et intemporelle.

« Le plus difficile, c’est de saisir le thème. Lorsque l’on a trouvé le fil conducteur d’une musique, alors la fête commence. C’est un véritable défi que de faire quelque chose de bien et de différent à chaque fois! Je ne suis pas une machine et on ne peut pas expliquer le processus créatif. Ca vient ou ça ne vient pas. Cependant, lorsque le film est bon et que la musique est bonne, alors tout devient magique…c’est merveilleux! ».

A la Mémoire Jerry Goldsmith (1929-2004)

 


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