Photographe : Julio Rodriguez Sanchez
Un credo pour Jerry Goldsmith :
Promouvoir la musique de film en concert !
Plantons brièvement le décor : la fin des années 60. Jerry Goldsmith est alors âgé de 35 ans. Il est à cette époque un musicien très en vogue dans le milieu du cinéma américain. Les succès de ‘The Send Pebbles’, ‘Planet of the Apes’, ‘Bandolero’ et ‘The Prize’ ont fait sa renommée tout au long des « sixties » et l’ont très vite imposé comme un compositeur très prisé par les cinéastes hollywoodiens. Le début des années 70 voit se développer progressivement le marché des éditions de bande originales de film en support vinyl : le 33 tours. La première œuvre de Jerry Goldsmith éditée en 33 tours LP est ‘The Prize’, qui sort en 1965, une excellente partition polar/comédie pour le film de Mark Robson avec Paul Newman et Elke Sommer. En France, cette même partition est éditée au format 45t/Ep 4 titres. Aujourd’hui encore, cette bande originale demeure une des œuvres de jeunesse majeure du compositeur. Mais c’est avec ‘In Harm’s Way’ en 1965 que l’on voit enfin apparaître un album complet de la musique de Jerry Goldsmith en 33 tours. A son tour, l’album se vendra très bien et marquera un point de départ définitif dans les ventes de disques consacrés au maestro californien. Suivrons alors la série des ‘Flint’, « A patch of Blue » et ‘The Blue Max’ à compter parmi les grandes réussites de l’époque.
Pour Jerry Goldsmith et d’autres compositeurs de musique de film de l’époque, ce sera une véritable prise de conscience concernant le marché des bandes originales de film. Les musiciens comprennent alors qu’il existe un vrai public pour cette catégorie de musique à part entière dans le paysage culturel U.S. de l’époque.
Mais ce qui s’affirme pour l’édition des musiques et des « demandeurs/consommateurs » de bandes originales se reproduira à l’identique dans le monde des concerts.

Ainsi, parallèlement à son travail de compositeur de musique de film et entre deux séances d’enregistrement, Jerry Goldsmith consacrera beaucoup de temps à la promotion de ses musiques de films en concert. Le compositeur affectionnera tout particulièrement son public, avec lequel il entretiendra régulièrement un contact privilégié, n’hésitant pas à échanger avec son public ses impressions sur telle ou telle œuvre, et à décortiquer certaines de ses partitions clé avec le public, le tout dans un réel souci pédagogique bien rare à l’époque aux USA.

Jerry Goldsmith résume parfaitement sa manière de penser à ce sujet :
« En concert, je pense sincèrement qu’il y a une réelle prise de conscience de la part du public concernant les qualités intrinsèques de la musique de film et ses vraies valeurs, un peu comme si l’on présentait une autre façon d’apprécier cet art hors des salles de cinéma. Selon moi, c’est une manière d’être plus spontanément en phase avec ma propre musique sans avoir recours au support visuel. »
A Hollywood, il faut tout de même signaler qu’à travers toutes les professions du cinéma, acteurs, producteurs, metteurs ou scène et techniciens de la musique de film, il y avait très peu de monde qui n’appréciait pas le travail du compositeur. Partout dans le monde, Jerry Goldsmith créait systématiquement l’événement lorsqu’il se produisait en concert!
C’est ainsi que le maestro donnera une série de concerts dans le monde entier, de l’Angleterre au Japon en passant par des villes telles que Kanagawa, Glasgow, Notthinghan, Seville ou bien encore Toronto afin de partager avec le public un regard différent sur ses partitions fétiches.
Cette grande préoccupation du maestro permettra à ce dernier de confectionner, souvent sur demande, de magnifiques « suites pour orchestre » et autres « medley » fabriqués sur mesure à partir de certaines des musiques de films. On sait que, vers la fin de sa vie, certaines suites auront atteints une véritable renommée internationale comme celles de ‘The Generals’ (medley de ‘Patton’ et ‘MacArthur’) ou la suite TV incluant ‘Barnaby Jones’ et le récent ‘Star Trek Voyager’, sans oublier l’adaptation de différents thèmes composés pour les films de Joe Dante. C’est en 1985, un an après la sortie du film Gremlins que Jerry Goldsmith adaptera ainsi une « suite sympathiquement burlesque » sur fond de comédie musicale afin de contourner les rythmes électroniques utilisés dans la version originale du score.
En 1991 pour le concert de Salt Lake City et de Deer Valley, le Maestro ajoutera à sa sélection une suite « For Women » regroupant , The Russia House, Not Without My Daughter, Sleeping With The Enemy et le très lyrique Love Field. Jerry Goldsmith n’hésitera d’ailleurs pas à diriger lui même certaines des œuvres les plus complexes de son répertoire telles que ‘Under Fire’, ‘The Last Run’, ‘The Boys from Brazil’ ou bien encore le très british ‘The Great Train Robbery’.
Accompagné de ses deux collègues compositeurs, cet événement majeur sera pour Jerry Goldsmith une grande occasion de rendre hommage à son ancien professeur, à cette époque très affaibli par la maladie.
Second événement majeur dans l’univers des concerts de Jerry Goldsmith, et non des moindres : le concert donné à New York City au Carnegie Hall en Octobre 1998, pour lequel le maestro adaptera sa partition colossale pour ‘Planet of the Apes’, le chef-d’œuvre de Franklin J. Schaffner sous la forme d’une suite pour orchestre, incluant le magistral ‘The Hunt’, probablement l’œuvre dodécaphonique la plus complexe qu’ait écrit le compositeur à ce jour. Jerry Goldsmith dirigera cette suite d’une main de maître, tout en restant fidèle à son instrumentation d’origine. |
Toujours soucieux de faire découvrir au public son propres univers musical, Jerry Goldsmith ne cessera de donner des représentations de ses œuvres à travers le monde, et ce jusqu’à la fin de sa vie – c’est lors de son dernier concert à Londres en 2003 que Goldsmith apparaîtra pour la dernière fois en public, avant de se retirer pour cause de maladie.

Ajoutons pour finir qu’il faut espérer que tout ceux qui aiment la musique de Jerry Goldsmith aient eu au moins une fois la chance dans leur vie de vivre un grand moment unique et magique comme celui où le maestro dirige « en live » un orchestre de 70 musiciens du Symphonia of London ou d’autres grands orchestres de renom, une expérience véritablement bouleversante, inoubliable!
Splendide Illustration/Lithographie de Robert Peak pour le concert de Toronto en 1988
Tirée pour 150 exp.
Master Film Music
A servie également pour illustrer la compilation Jerry Goldsmith « In concert » éditée par Varese Sarabande.












