BANDOLERO !
Jerry Goldsmith est en plein cœur de sa période musique de western à partir des années 60. Sa toute première partition pour le cinéma était déjà une musique de western (‘Black Patch’ - 1957) qui fut vite suivie par ‘Face of a Fugitive’ (1959), ‘Lonely are the Brave’ (1962), 'Rio Conchos' (1964), 'Stagecoach' (1966) et 'Hour of The Gun' (1967). 'Bandolero!' est tout à fait typique des musiques western des années 60, utilisant les vieux stéréotypes musicaux à la mode en utilisant notamment ici l'harmonica, la guimbarde et les passages sifflés, tous ces éléments rappelant fortement les sonorités des partitions western spaghetti d'Ennio Morricone (qui compose à la même époque ses fameuses partitions pour les films de Sergio Leone).
Le score de 'Bandolero!' est en réalité composé d'un thème principal important puisqu'il apparaîtra quasiment en non-stop tout au long du film (on pourra peut être même reprocher au compositeur d'avoir un peu trop utilisé ce thème tout au long du film). Ce thème principal est entendu dès le générique de début alors que l'on voit un cavalier solitaire se diriger en direction de la ville. Après une introduction qui met en place le rythme de triangle avec guimbarde, woodblock, tambourin et guitare basse, le sifflet intervient pour chanter la mélodie facilement mémorisable du thème principal, un thème western typique de certaines mélodies western de Morricone (en partie à cause de l’utilisation du sifflet) avec ce côté « sixties » bien ancré dans les harmonies du thème.
L'enchaînement mélodique du thème rappelle fortement le style des chansons de pop/variété américaine et européenne et de la musique folk de l'époque - tandis que les harmonies employées dans le thème sont elles aussi très connotées années 60, d’où un côté kitsch complètement assumé par le compositeur mais néanmoins très daté aujourd’hui. La seconde partie du thème fait intervenir l'harmonica avec les cordes et quelques cuivres (trompettes, etc.). Cette seconde partie est elle aussi développée au cours de la partition. On pourrait d’ailleurs rapprocher ce motif du personnage de Dee Bishop (Dean Martin) et de son frère Mace (James Stewart): ainsi avec un seul thème en deux parties, Goldsmith illustre subtilement les deux frères héros du western d’Andrew V. McLaglen.
Evidemment, cette introduction résonne de manière assez kitsch mais l'esprit du score est parfaitement résumé à travers ce premier morceau qui est attribué au personnage de James Stewart, une sorte de refrain paisible évoquant un cavalier solitaire qui traverse tranquillement les plaines arides de l'Ouest sur son cheval (ce qui est le cas dans l'ouverture du film). Tout le reste du score se contente pratiquement de ne développer que ce thème qui est réellement omniprésent durant tout le film. Le second thème du score est associé à Maria Stoner (Raquel Welch), une mélodie pour guitare possédant un côté plus hispanique d’esprit et évoquant une certaine ambiance romantique/intime pour la scène où Maria est sur son balcon un soir et où Mace vient lui parler, suivi ensuite du shérif Johnson (George Kennedy).
La seconde partie plus rythmée du thème principal sera utilisée dans les moments plus agités du film ou pour les quelques scènes de galop tandis qu'un autre petit motif de cors avec un banjo est associé au personnage du shérif en lui conférant un côté sombre et menaçant. Très vite, Goldsmith va se concentrer sur une longue série de variations autour du thème principal en accordant finalement assez peu de place dans le film aux autres thèmes, même si le 'Love Theme' de guitare de Maria est aussi intéressant, illustrant la facette plus sentimentale du film.
C'est lors de la traversée du désert et pendant l'attaque des bandoleros (les bandits mexicains du désert) que Goldsmith nous offre quelques uns de ses rares morceaux d'action plus sombre, et plus particulièrement dans 'Ambushed' où Goldsmith nous réserve quelques sursauts orchestraux assez impressionnants, surtout au niveau des cuivres pour les attaques violentes et soudaines des bandoleros qui tuent des hommes du shérif (on retrouve ici un style orchestral sombre et agité, plus proche de 'Planet of The Apes', composé la même année que 'Bandolero!'), suivi d’un rappel du motif menaçant du shérif. Lors de l'arrivée de la bande dans la ville fantôme de Sabinas au Mexique, Goldsmith nous fait entendre quelques sonorités mexicaines/hispanisantes notamment par le biais des inévitables castagnettes aux couleurs locales.
Le reste du score oscille ainsi entre les variations du thème (composé de ses deux motifs) suivi du motif du shérif et du thème romantique de Maria, l'histoire trouvant une conclusion finalement tragique sur 'A Better Way' qui se terminera sur une ultime variation orchestrale du thème principal qui reste décidément très présent tout au long de ce film. 'Bandolero!' est donc un score western sympathique de la part d'un compositeur jeune à l'époque mais qui frappa un grand coup avec l'expérimental et atonal 'Planet of The Apes' (1968).
Score mineur de l'époque, 'Bandolero!' n'en demeure pas moins l'exemple même d'un compositeur qui travaille dans l'ère de son temps, s'adaptant ici aux désiradas des producteurs qui souhaitaient un son plus européen d’esprit à la Ennio Morricone sur le western de McLaglen. Exercice de style réussi donc pour ce petit score de Jerry Goldsmith qui comporte tout de même quelques moments d'action plus sombres et violents, un score western de qualité doté d’un thème principal difficile à s'ôter de la tête, même après la première écoute.











