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BLACK PATCH

Pour Jerry Goldsmith, ‘Black Patch’ représente sa toute première participation à un film hollywoodien. En 1957, le compositeur est à peine âgé de 28 ans alors qu’il travaille pour la radio et la télévision en écrivant de la musique pour des émissions de la CBS. Sa participation au western d’Allen H. Miner n’est pas le tournant décisif que sera ‘Lonely are The Brave’ en 1962, au moment où Goldsmith fera la connaissance d’Alfred Newman – alors à la tête du département musique de la 20th Century Fox - qui l’aidera à se lancer dans le métier pour de bon. Néanmoins, sa musique pour ‘Black Patch’ possède un charme indéniable qui nous prouve à quel point le compositeur avait déjà un certain talent, même à ses débuts. Entièrement écrite pour orchestre symphonique, la musique de ‘Black Patch’ délaisse tout l’attirail western habituel.

Ici, pas d’harmonica, de guimbarde ou de banjo! Goldsmith a choisi d’écrire pour sa toute première partition pour un long-métrage une musique orchestrale basée sur un thème principal fort, un thème plutôt mélancolique évoquant la solitude du shérif Clay Morgan (George Montgomery), souvent développé par les cordes et les vents. Après une brève introduction du premier motif de 4 notes associé à Hank (Leo Gordon), avec cordes, vents, cors et piano (on trouve déjà ici une écriture plus rythmique du piano qui annonce par moment ‘Planet of The Apes’), sa musique dévie rapidement vers un style plus intimiste et mélancolique, tout à l’image du film. Le thème principal se met rapidement en place comme un véritable leitmotiv du shérif, et qui évoquera aussi ses sentiments pour Helen (Diane Brewster). A la fois intime et sombre, la musique évoque les sentiments des personnages principaux avec d’excellentes orchestrations et un souci de développement flagrant du thème – une des caractéristiques fondamental du style de Goldsmith, qui rejoint par sa volonté constante du développement les préoccupations de Beethoven au 18ème siècle.

La musique évoque ainsi les sentiments profonds et les émotions des personnages, d’où un côté parfois introspectif et psychologique de la musique, assez étonnant pour une partition western. Goldsmith se paie même le luxe de nous offrir un superbe mais très bref morceau d’action pour la scène de la bagarre entre Morgan et Hank, où cordes, cuivres et percussions s’en donnent à coeur joie – même si on est loin encore loin ici de la qualité des futures partitions d’action du compositeur.

Goldsmith prend le film très au sérieux et apporte une certaine émotion au film, que ce soit lors des moments intimes au début du film (avec un jeu très doux des cordes) ou lors de la scène où le shérif cache l’argent volé par Hank. Cette scène permet à Goldsmith de nous offrir une variation du thème principal aux cordes et un motif d’accompagnement de 4 mystérieuses notes de vibraphone, qui crée un climat intrigant et sombre pour cette scène (on sait que le shérif est dans les ennuis jusqu’au coup – la musique tente d’imposer une atmosphère d’incertitude, d’inquiétude). Goldsmith continue de développer le thème du shérif ainsi que le motif de Hank qui intervient dans les moments plus sombres du film (à noter l’utilisation d’un motif de sept notes de cors, souvent utilisés lui aussi dans des moments plus dramatiques), jusqu’à un final orchestral plus paisible où le thème du shérif revient une dernière fois de manière plus apaisé.

Partition symphonique modeste et sans prétention, la musique de ‘Black Patch’ est un premier essai concluant de la part d’un Jerry Goldsmith encore très jeune à l’époque, qui, après quelques autres films mineurs comme ‘City of Fear’, ‘Face of a Fugitive’, ‘Studs Lonigan’ et ‘The Crimebusters’, s’ouvrira définitivement les portes d’Hollywood avec ‘Freud’ et surtout ‘Lonely are The Brave’. Hélas, il n’existe encore aucune édition discographique de la musique de ‘Black Patch’ à l’heure actuelle. Tombé rapidement dans l’oubli, cette petite première partition orchestrale possède le charme des productions de jeunesse du compositeur bien qu’il ne fasse aucun doute que ce score ne trouvera jamais sa place au sein des grandes oeuvres du maestro californien.

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