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LONELY ARE THE BRAVE

Jerry Goldsmith composait avec 'Lonely Are The Brave' une de ses premières grandes BO alors qu'il n'était pas encore très connu à l'époque et qu'il venait à peine de rentrer dans le monde du cinéma après avoir écrit pour la radio et la télévision dans les années 50. Le score de 'Lonely Are The Brave' nous montre déjà les grandes qualités d'écriture du compositeur qui manie à merveille les éléments musicaux traditionnels des musiques de western, puisque le maestro utilise entre autre une guitare, un harmonica et un tambourin avec l'orchestre et quelques percussions. Basé sur un unique thème principal, le score se développe autour de deux axes très distincts: une partie de style western avec une série de variations autour du thème principal lié au héros du film, Jack Burns – interprété par Kirk Douglas - et une partie plus sombre qui évoque la traque entre Jack et les policiers (et dans laquelle Goldsmith se montre très inventif dans ses orchestrations et ses différents effets instrumentaux, typiques de sa musique symphonique des années 60).

Pour être plus précis, un aspect étonnant du score de Goldsmith reste l'absence quasi totale d'éléments musicaux pouvant être rattachés à l'époque moderne dans laquelle se déroule l'histoire: la musique est uniquement vu du point de vue de Jack Burns. Après quelques notes de guitare dans l'introduction du film annonçant brièvement le thème principal, le Main Title arrive pour nous décrire ce thème très mélodique et facilement mémorisable (entendu ici à la trompette, instrument illustrant à merveille l’idée du héros solitaire, tout comme le fera Goldsmith 20 ans plus tard dans son inoubliable Main Title pour 'First Blood'), l'un des premiers grands thème western du compositeur qui continuera plus tard dans ce genre avec 'Rio Conchos' (1964), 'Stagecoach' (1966), 'Hour of The Gun' (1967), 'Bandolero!' (1968) et bien d’autres.

Goldsmith fait intervenir l'orchestre avec des cordes mélodiques, un tambourin, un harmonica et la présence quasiment constante de la guitare, le tout enveloppé dans un style mélodique qui illustre très clairement le côté solitaire de ce dernier cow-boy issu d'une époque révolue. Goldsmith a parfaitement cerné le côté solitaire du personnage en écrivant cet excellent thème qui marque immédiatement l'esprit même après la première écoute (on sent clairement que le compositeur a apprécié ce thème puisqu'il le développera très souvent tout au long du film - et du score -).

Un morceau attire tout de suite notre attention dans le film: celui de la bagarre dans le bar au début du film. Première pièce de style action du score, cette séquence de rixe violente permet à Goldsmith d'utiliser une écriture orchestrale brutale et sèche en nous démontrant toute sa maîtrise de l'orchestre et ce même s'il est encore très jeune à l'époque (il n'a que 33 ans lorsqu'il compose ce score). Le morceau apporte une certaine violence à cette scène superbement filmée que Goldsmith illustre comme une sorte de match de boxe en plusieurs rounds (notons l'utilisation remarquable des différentes percussions). Tout le reste du score s'attachera dans un premier temps à développer le thème de Jack agrémenté de quelques passages plus calmes ou des moments plus intimes (scène où Jack fait ses adieux à Paul en s'évadant de prison), soutenu par une écriture de cordes/vents plus restreinte.

Mais c'est durant la deuxième partie du film que la musique va devenir nettement plus sombre et tendue. On trouvera même quelques petites touches d'humour avec notamment ce petit passage de style mexicain/hispanisant très enjoué lorsque Jack sort du bar avec les policiers ou lorsque Goldsmith utilise ce petit motif de vents avec trompettes en sourdine pour illustrer la flemmardise du shérif et de son conjoint qui ont l'air de s'ennuyer fermement dans leur commissariat où il ne se passe pas grand chose. Mais c'est la longue chasse à l’homme dans les montagnes qui apporte une touche nettement plus sombre au score.

On pouvait déjà entendre une partie plus sombre durant la scène où Jack se fait démolir par Gutierrez (George Kennedy), l'un des sous-fifres du shérif. Mais dans cette longue séquence de traque dans les montagnes, Goldsmith maintient la tension et évoque constamment le danger qui plane sur Jack, toujours accompagné de son fidèle cheval qui ne le quitte jamais. On retrouve ici des orchestrations plus dures et inventives avec la présence du thème de Jack qui subit maintes variations (parfois à la guitare, aux cuivres, aux cordes ou à l'harmonica) afin d’illustrer la progression du personnage dans l'histoire.

Le côté sombre et parfois action de ces grandes parties du score annonce déjà le style du futur Goldsmith de 'The Sand Pebbles' ou 'Rio Lobo' (score qui rappelle beaucoup le style de 'Lonely Are The Brave', surtout dans l'utilisation des instruments typiques des musiques de western). Finalement, le thème de Jack revient dans une forme plus héroïque alors que ce dernier arrive à semer ses poursuivants vers la fin du film sur son cheval, reprise confiée ici à l'orchestre avec des cuivres plus majestueux (ils servent à illustrer ici la chevauchée du héros en quête de liberté).

Sans être un chef d'oeuvre, 'Lonely Are The Brave' reste une BO de référence dans la carrière de Goldsmith car on sent déjà poindre ici une certaine maturité d'écriture étonnante pour son âge et un goût raffiné et sur pour l'écriture orchestrale (sans oublier une utilisation remarquable des solistes). En se basant sur un seul et unique thème, Goldsmith arrive à capter dans sa musique tout le climat à la fois héroïque et dramatique du film, l'aventure d'un cow-boy qui n'appartient pas au monde dans lequel il vit.

Première grande partition western du compositeur (après ‘Black Patch’ en 1957 et ‘Face of a Fugitive’ en 1959) et première grande oeuvre qui contribua à le rendre connu dans le milieu du cinéma en 1962 (il compose la même année son magnifique score pour 'Freud' de John Huston), 'Lonely Are The Brave' est une petite réussite qui nécessite évidemment une édition discographique digne de ce nom puisqu'il n'existe pour l'instant aucun enregistrement officiel de la partition du maestro. Une oeuvre incontournable pour tout ceux qui s'intéressent aux 'débuts' du compositeur dans le cinéma.

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