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OUR MAN FLINT

La musique inventive et déjantée de Jerry Goldsmith a sans aucun contribué à son tour au statut ‘culte’ du film de Daniel Mann, magnifique parodie de James Bond avec un James Coburn magistral dans la peau de Derek Flint, l’agent secret américain le plus play-boy et le plus invincible du monde. Pour les besoins du film, Goldsmith utilise un orchestre symphonique habituel auquel il ajoute une guitare électrique très « sixties », des percussions brésiliennes et quelques synthétiseurs des années 60 un brin kitsch.

Le score de ‘Our Man Flint’ repose avant tout sur le très sympathique thème de Derek Flint, introduit dans le générique de début du film par la guitare, l’orchestre sur un rythme de samba brésilienne assez entraînant. Les touches électroniques sont ici discrètes mais apportent un côté fantaisiste à la musique, et ce dès le début du film. Le thème de Flint évoque clairement le côté irrésistible et charmeur du personnage brillamment interprété par James Coburn. Le thème sera omniprésent tout au long du film, comme pour rappeler avec ironie le caractère assez égocentrique de l’agent secret américain. A noter que, à l’inverse du thème plus action musclé de James Bond par Monty Norman, le thème de Derek Flint s’avère être au contraire plus nuancé et nettement plus charmeur, évoquant davantage la facette play-boy du personnage que son côté homme d’action invincible.

Un morceau comme ‘The Quest’ évoque clairement la partie plus humoristique de la partition de Goldsmith, avec ses grondements hésitants de trombone en flatterzunge, ses petites percussions légères et ses quelques synthétiseurs timides mais néanmoins présents. On découvre ici un nouveau thème, brièvement joué par les flûtes, une sorte de grille de blues cool qui sera associée constamment dans le film aux grands morceaux de bravoure de Flint. A noter que le morceau se termine par une reprise amusante d’un célèbre prélude de Bach, entendu dans une scène chez Flint vers le début du film (l’utilisation du morceau de Bach renforce le caractère très instruit et cultivé de Flint, et ce non sans humour).

A noter l’utilisation d’un accordéon à la française dans ‘Man Does Not Live By Bread Alone’ pour la scène où Flint se rend à Marseille durant la séquence où il goûte différentes bouillabaisses. Pour un peu, on sentirait presque par moment ici poindre à l’horizon le style de ‘Papillon’ (1973) ou d’un score beaucoup plus tardif comme ‘Angie’ (1994). Goldsmith signe même quelques morceaux de source music comme le savoureux cha cha de ‘New York Skyline’ avec son accordéon plus européen d’esprit sur une nouvelle reprise tout à fait agréable et dansante de l’entêtant et très charmeur thème de Flint.

Aucun doute possible, Jerry Goldsmith s’amuse décidément beaucoup ici, mélangeant différents styles musicaux tout en jouant astucieusement avec son thème varié sous de multiples formes. Le thème reste toujours très présent dans des morceaux tels que ‘A Bit of Research’ lorsque Flint mène son enquête pour retrouver les membres de Galaxy et mettre un terme à leurs sombres desseins, ou l’irrésistible slow jazzy romantique de toute beauté de ‘Tell Me More About the Volcano’ lorsque Flint séduit Gila (Gila Golan) pour la forcer à lui raconter tout ce qu’elle sait à propos de la mystérieuse île dans laquelle se trouve le Q.G. de Galaxy. Le thème devient plus sombre et nuancé dans ‘Take Some Risks, Mr. Flint’ avec ses synthétiseurs en écho typiques du compositeur ou son vibraphone plus mystérieux.

Goldsmith nous offre enfin un peu d’action dans ‘You’re a Foolish Man, Mr. Flint’ pour une scène de combat contre les sbires de Galaxy vers la fin du film. Le thème blues très fun de Flint est repris ici, développé par un orchestre très coloré, avec les traditionnels rythmes syncopés chers au compositeur et une écriture orchestrale très inventive typique du Goldsmith des années 60. A noter ici un ostinato mélodique de guitare électrique qui traverse l’ensemble du morceau pour maintenir un rythme et une énergie constante, alors que le thème principal vient très vite se greffer sur la fin du morceau pour une nouvelle scène d’exploits de Flint.

‘It’s Gotta Be a World’s Record’ illustre avec brio l’ultime scène de bataille du film dans l’île de Galaxy. A noter ici l’inventivité avec laquelle Goldsmith manipule ses différents instruments, que ce soit les percussions, les synthétiseurs ou la guitare électrique et ses sonorités bourdonnantes. Enfin, le thème de Flint et ses rythmes latino sont repris une dernière fois dans ‘End Titles’ qui reprend le thème blues fun de Flint avant d’enchaîner sur son excellent thème principal accompagné ici d’une impro de saxophone jazzy.

La musique de ‘Our Man Flint’ apporte clairement une énergie et un humour saisissant au film de Delbert Mann. Jerry Goldsmith fait preuve une fois encore d’une grande inventivité et signe une partition riche et distrayante, d’une grande fraîcheur. L’exercice de style de la musique de film parodique semble n’avoir posé aucun problème au compositeur qui s’en tire ici à merveille, avec son thème principal agréable et ses accents jazzy/latino du plus bel effet. Comme d’habitude, Goldsmith nourrit un goût très sur pour la fantaisie et la dérision, n’hésitant pas à expérimenter avec son instrumentation pour les besoins du film. Au final, ‘Our Man Flint’ s’avère être une très belle réussite de la part du maestro californien!

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