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THE SAND PEBBLES

Quelques liens :
www.fox.com
www.thesandpebbles.com
www.filmmusicsociety.org

Le maestro Jerry Goldsmith a écrit un score passionnant pour ‘The Sand Pebbles’ (La Canonnière du Yang-Tsé), considéré comme l’un de ses grands classiques des années 60, reposant sur un fameux thème principal, un 'Love Theme' apparemment très populaire puisqu'il a été mis en chanson par la suite par Johnny Mercer. Jerry Goldsmith a crée un climat asiatique/exotique magnifique pour le film de Robert Wise et n'a pas hésité à illustrer chaque partie du film et des ses différents aspects: des amours contrariés par la guerre, les souffrances des conflits, les combats et les moments tendus pour l'équipage du San Pablo, etc. Autant de moments qui permettent à Goldsmith d'apporter un grand relief à sa musique en évitant habilement la monotonie du discours musical grâce aux différentes atmosphères musicales liées à sa partition.

Evidemment, on découvre tout d’abord le superbe thème principal lyrique et majestueux, le 'Love Theme' illustrant la romance entre Jake et Shirley, un amour impossible mais pourtant réel et que se déclareront les deux individus lors de la scène du mariage secret entre Frenchy et Maily. Le 'Love Theme', confié à un orchestre à cordes avec vents et harpes, reste une fois de plus une grande mélodie du maestro aux côtés du superbe 'Love Theme' de 'Logan's Run' par exemple. On peut alors entendre ce thème lorsque Jake Holman (Steve McQueen) et Shirley Eckert (Candice Bergen) se rencontrent la première fois au début du film sur le pont du bateau qui les emmène vers la Chine. Ce 'Love Theme' possède une certaine tendresse, une douceur qui contraste sévèrement avec l'ensemble agité et souvent très sombre de la partition de 'The Sand Pebbles'. Goldsmith nous en propose un superbe développement de près de cinq minutes pour la scène où Jake et Shirley passent un peu de temps ensemble du côté de "Lumière de Chine" (une école pour jeunes chinois, la plupart étant communistes). La mélodie confère un caractère paisible voire heureux à cette scène. L'autre thème est celui de Frenchy (Richard Attenborough) et Maily (Emmanuelle Arsan), mélodie aux accents asiatiques que l'on peut entendre développée dans le morceau 'Overture' du CD (mais qui ne se trouve pas dans le film) sous sa forme orchestrale. Goldsmith a ici recours à toute une instrumentation asiatique authentique comme le koto ou ce genre d'instruments aux couleurs très locales, sonorités introduites dès le sombre 'Main Title' du film. A ce sujet, Jerry Goldsmith a toujours été très clair: son but était d’éviter d’écrire de la pseudo musique chinoise à l’hollywoodienne. En bon musicien professionnel qu’il était, Goldsmith faisait toujours tout ce qu’il pouvait pour apporter une certaine authenticité aux différentes parties ethniques que l’on retrouvait sous diverses formes dans certaines de ses partitions, tout en trouvant un compromis avec la partie plus occidentale de sa musique. On sait aussi que Goldsmith enseignant la composition pour le cinéma à l’UCLA en Californie et qu’il avait facilement accès au département d’ethnomusicologie, ce qui lui permit de faire quelques recherches adéquates pour certaines de ses partitions, incluant bien évidemment les parties asiatiques de ‘The Sand Pebbles’. On notera pour finir la façon dont Goldsmith propose un dérivé habile de son 'Love Theme' en gardant simplement la tête du thème sous la forme d'une cellule de 4 notes pour évoquer le voyage et les péripéties du San Pablo. Concernant le travail thématique du film, c'est une fois encore une très grande réussite de la part du maestro, même si le thème pour Frenchy/Maily se fait finalement plus discret dans le film (surtout dans la dernière partie).

L'ensemble de la partition se concentre par la suite sur les moments plus agités et violents du film. On y retrouve le style action du compositeur qui annonce déjà les futurs 'First Blood' ou 'Total Recall'. Ces passages de violences orchestrales ponctuent le film dans des séquences de qualité comme la fuite hors du bar de Jake et Frenchy pour sauver Maily ou la mort de Po-Han torturé par des chinois et que Jake achève à contrecoeur avec son fusil. Cordes, cuivres agités ou piano percussif, Goldsmith utilise un style qui rappelle les grands moments d'action de 'Planet of The Apes (composé deux ans après 'The Sand Pebbles') avec une écriture certes beaucoup moins avant-gardiste que pour le film de Schaffner mais toujours aussi impressionnante de virtuosité et de talent. A noter que le montage de la musique dans le film se veut plus efficace et typique des mises en musique des films des années 60. On trouve souvent de longs passages sans musique et lorsque arrive une séquence agitée qui vient casser le rythme de la scène précédente, la musique apparaît subitement et offre un effet beaucoup plus efficace, percutant et dynamique aux oreilles de l'auditeur/spectateur, un aspect d’ailleurs très caractéristique de la plupart des montages des bandes-son dans es films hollywoodiens de cette époque. C'est le cas pour la fuite hors du bar, la mort de Po-Han ou bien la mort de l'étudiant chinois que tue Jake lors de l'attaque du barrage.

Le 'Main Title' pose l'aspect à la fois dramatique et sombre du film en utilisant l'orchestre dans une montée de tension agressive de la musique, cordes et cuivres sombres avec un ostinato rythmique de woodblocks caractéristiques et que l'on retrouvera dans pas de nombreux passages de la partition de 'The Sand Pebbles'. Si Jerry Goldsmith introduit quelques sonorités asiatiques dans sa musique, l'ensemble conserve une forte dominante orchestrale, et, alors que l'on aurait pu s'attendre à entendre les thèmes principaux dans le 'Main Title', Goldsmith ouvre le film sur cette écriture orchestrale sombre et brutale soutenue par un ostinato rythmique de woodblocks et un crescendo orchestral particulièrement vif et agité. Le message semble alors être clair: le film traite des atrocités et autres méfaits de la guerre, d’où le message clairement antimilitariste du film de Robert Wise, qui s’avère être davantage un drame qu’un film de guerre à proprement parler. Si Jerry Goldsmith décrit les quelques passages du San Pablo avec le motif de 4 notes dérivés du 'Love Theme', ce sont les passages d'action et les parties plus agitées du score qui restent particulièrement impressionnants dans cette partition. Ces pièces souvent intenses et virtuoses (à noter celle pour la mission finale, introduite pour la scène avec le briefing du capitaine par une caisse claire militaire, un élément assez peu présent dans cette musique, et ce même si le film parle de la guerre) créent un véritable climat de tension et de violence dans un score sombre et dramatique qui ne cesse d'alterner entre moments plus calmes et intimes, moments plus lyriques et passages de violence orchestrale brillants et totalement maîtrisés. On finit de manière très sombre avec 'Almost Home' alors que Jake est abattu en tentant de s'enfuir la nuit de l'école de "Lumière de Chine".

D'une façon générale, la partition de 'The Sand Pebbles', heureusement réédité en édition Deluxe par Varèse Sarabande, est sans aucun doute l’une des très grandes œuvres du maestro californien vers la fin des années 60. Sans pour autant posséder la magie expérimentale et la fougue créatrice de certaines partitions pour Franklin J.Schaffner, 'The Sand Pebbles' n’en demeure pas moins une brillante preuve incontestable du talent d'un Jerry Goldsmith encore jeune à l'époque mais qui possédait déjà un savoir-faire orchestral indéniable, et qui savait aussi très bien mettre en musique n'importe quel type de film pour en tirer le meilleur de lui-même. Une très grande partition à (re)découvrir absolument!

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