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THE DETECTIVE

Jerry Goldsmith, qui avait déjà collaboré à d'autres films de Gordon Douglas ('Rio Conchos', 'Stagecoach', 'In Like Flint'), n'a écrit qu'à peine 18 minutes de musique pour 'The Detective', musique que l'on pourra d'ailleurs retrouver sur la fameuse compilation 6 CD de 'Jerry Goldsmith at 20th Century Fox' éditée par Varèse Sarabande mais aujourd'hui épuisée. Le score de 'The Detective' (1968) nous permet de retrouver un Goldsmith jazzy très ancré dans le style polar/film noir des années 60. Effectivement, si le film de Gordon Douglas paraît assez osé et anticonformiste pour l'époque (la peinture qu’il offre des homosexuels est particulièrement provocatrice et insultante pour l’époque!), on ne peut pas en dire autant du score de Goldsmith qui joue à fond la carte de la musique de polar conventionnelle au possible.

Basé sur un thème principal jazzy assez mémorable, le score évoquera tout au long du film les sentiments du détective Joe Leland (Frank Sinatra) et les difficultés qu'il rencontre avec sa femme Karen (Lee Remick), sans oublier les moments plus sombres évoquant ses deux enquêtes. Jerry Goldsmith nous expose sans surprise son thème principal dès le 'Main Title', que l'on reconnaît à sa rythmique jazzy avec un motif de guitare électrique de 4 notes descendantes (la guitare ayant ici un son très connoté « sixties ») et un thème d'ambiance polar confié aux trompettes, accompagnées par les saxophones puis très vite rejoints par des cordes. Le thème illustre à merveille le côté solitaire de Joe Leland, une idée que le compositeur développera tout au long du film à travers une suite de variations autour de ce thème jazzy.

Goldsmith développe le style jazz rétro de son score dans 'Joe', accompagné par une basse de contrebasse avec quelques cordes mystérieuses et une rythmique jazzy légère lorsque Leland mène son enquête. Après ce premier morceau de suspense discret, Goldsmith nous propose une série de variations autour du thème dans 'School Dance' ou 'New Love', le thème étant alors associé à la romance entre Joe et Karen, tout en illustrant le côté solitaire du détective, côté que l'on retrouve par exemple dans 'The Ball Game' où le thème se veut ici plus tendre, plus doux, confié à un piano jazzy du plus bel effet et un effet de tourbillonnement sonore pour une séquence de flash-back où Joe se souvient de ses moments passés avec Karen.

Dans 'A Family Affair', Goldsmith va même jusqu'à utiliser quelques effets électroniques discrets avec un petit orgue hammond et une instrumentation plus sombre, où l'on retrouve au passage un dérivé du thème avec section rythmique jazzy, saxophone, cordes et piano. On notera ici un nouvel effet de tourbillonnement sonore du vibraphone/vents liés à une autre séquence de flash-back (l'effet musical peut paraître un peu cliché et vieillot aujourd'hui, mais à l'époque, cela marchait complètement à l'écran), comme dans 'Karen's Story' qui oscille ainsi entre romantisme jazzy et mystère, évoquant les difficultés du couple Joe/Karen.

L'action pointe brièvement le bout de son nez dans 'Beach Scene' pour la poursuite avec Felix Tesla (Tony Musante) sur la plage, accompagné par des rythmes de xylophones/flûtes syncopés à la Bartok (une marque de fabrique du compositeur), guitare électrique très 'sixties', cordes dissonantes et cuivres agressifs. Le morceau, de par son côté très daté et ses rythmes, annonce très clairement l'ouverture de 'Escape from Planet of The Apes', que Goldsmith composera quelques années plus tard en 1971. On pourra regretter le fait que le compositeur ne développe pas plus ce côté action durant le film, ceci s'expliquant tout simplement par le simple fait que le film de Gordon Douglas ne s'y prête pas vraiment.

Le suspense est aussi de la partie avec l'excellent 'The Safe Cracker' dans la scène où Leland se rend chez le Dr. Roberts (Lloyd Bochner) pour y rechercher des documents concernant le mystère Colin MacIver. Le suspense est ici particulièrement palpable, suggéré par divers éléments tels que les cordes sombres habituelles, les glissements sur des bongos, des timbales, une trompette en sourdine, une rythmique jazzy discrète, des flûtes sombres et dissonantes, etc. On retrouve ici l'inventivité orchestrale typique du Jerry Goldsmith des années 60.

'McIver's Story' fait aussi monter la tension au cours des surprenantes révélations finales concernant Colin MacIver. On notera ici l'utilisation de la rythmique jazzy avec la walking-bass à laquelle le compositeur ajoute des cordes dissonantes synonymes de tension et de violence. Le film se conclura sur un 'Joe's Decision' plutôt mélancolique, où le thème jazzy revient une dernière fois d'une manière plus amère, révélatrice des sentiments désabusés du flic à la fin de cette sombre histoire.

'The Detective' est donc un sympathique score polar signé Jerry Goldsmith, qui, malgré sa courte durée (environ 18 minutes 23), nous prouve que le compositeur possédait décidément plus d'un tour dans son sac à cette époque et qu'il savait se montrer très à l'aise dans tous les styles - ici, le jazz (d'ailleurs, 'The Detective' annonce par moment le futur score de 'Chinatown' et ‘L.A. Confidential’).

Comme d'habitude, Goldsmith se montrait particulièrement inventif dans le maniement de ses orchestrations, n'hésitant pas à proposer quelques combinaisons instrumentales toujours aussi audacieuses et inventives. Avec 'The Detective', Jerry Goldsmith a réussi à capter toute l'ambiance à la fois sombre et désabusé du film de Gordon Douglas à travers une partition jazzy où règne une certaine noirceur et une morosité intimiste parfaitement révélatrice de l’ambiance et des images de ce polar noir.

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