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THE PRIZE

En 1963, Jerry Goldsmith en est encore au début de sa carrière. Goldsmith venait de rentrer dans le milieu du cinéma à la fin des années 50 avec des BO telles que 'Black Patch' (1957), 'City of Fear' (1959), 'Face of a Fugitive' (1959), 'Studs Lonigan' (1960), sans oublier deux partitions remarquables en 1962, 'Freud' pour l'excellent film méconnu de John Huston et 'Lonely Are The Brave' pour le petit western 'modernisé' avec Kirk Douglas. 'The Prize' permet au compositeur de développer son style thriller/suspense avec une certaine inventivité instrumentale et quelques bonnes idées qui font du score de 'The Prize' une agréable petite surprise. Grâce à la réédition de FSM (en édition limitée à 3000 exemplaires), les fans peuvent enfin redécouvrir ce petit score sympathique que nous livre un jeune Goldsmith dont l'écriture orchestrale sent encore l’inventivité et l’audace de sa période des années 60.

La musique de ‘The Prize’ s'axe autour de trois thèmes, le thème plus majestueux des lauréats (qui sert de 'Prelude' au score), l'inévitable 'Love Theme' entre Craig (Paul Newman) et Andersen (Elke Sommer), sans oublier un petit motif plus sombre basé sur un glissando descendant et associé dans le film aux tueurs. C'est le thème des lauréats qui ouvre le film, confié à des cordes agrémenté de quelques vents et cuivres, le tout soutenu par une importante partie de percussions incluant timbales, tambours et tambourin, le pupitre des percussions restant l'un des éléments clé du score et que Goldsmith accentuera considérablement tout au long de sa partition. 'Prelude' ouvre donc le film au son de ce petit thème majestueux repris ensuite dans le 'Main Title' avec une facette plus jazzy.

Le mystère va très vite s'installer au sein du score à travers des pièces telles que 'Man In Shadow/Stratman's Abduction' ou 'The Night People/The New Doctor', des morceaux à travers lesquels Goldsmith va continuer de développer l'aspect rythmique de sa partition. Pour se faire, le maestro va broder autour d'un astucieux mélange entre timbales, tambours, caisse claire, petites percussions en bois et xylophone. Cette importante section rythmique (on pense à ses musiques d'espionnage de l'époque comme 'The Man from U.N.C.L.E') apportera un certain punch, une certaine énergie à la musique dans le film. Avec l'intrigue liée aux tueurs à gage, Goldsmith va aussi commencer à développer le motif menaçant lié aux tueurs. Sur le plan orchestral, le compositeur reste toujours très inventif avec ses orchestrations recherchés typiques de son style frais et avant-gardiste des années 60.

Doté de quelques passages de suspense plus mystérieux et intrigants, 'Man Hunt' est le premier grand morceau d'action du score entendu lors de la scène où Craig est poursuivi par le tueur. On trouvera ici le motif de l’assassin avec un attirail instrumental très inventif partagé entre l'inévitable piano 'thriller', les percussions incluant une importante partie de xylophone, des pizzicati, des cordes, des vents et une rythmique typique du style action façon « sixties » du compositeur (on pense par moment à certaines idées instrumentales que l'on retrouvera plus tard dans 'Planet of The Apes', surtout au niveau des percussions). En 3 minutes 30, Goldsmith arrive à maintenir à merveille la tension tout au long de cette séquence de poursuite qui nous permet de faire un pas de plus vers l’intrigue polar du film, le motif du tueur restant toujours omniprésent jusqu'à la chute finale de Craig que le tueur balance dans l'eau (excellente montée de tension finale du morceau pour la chute - une petite astuce qui consiste à faire monter la tension alors que le personnage effectue le mouvement contraire dans sa chute).

Le 'Love Theme' apparaît dans 'Craig's Proposition', une sorte de petit slow jazzy au piano soutenu par quelques cordes sentimentales et un rythme léger de batterie. Assez sensuel et romantique, ce très joli 'Love Theme' rétro apporte un peu de relief dans un score plein de bonnes idées, car même si ce thème est loin d'être l'attraction majeure du score, il n'en demeure pas moins très sympathique. Le morceau finit sur une petite touche d'humour jazzy alors que Craig est en train de séduire Andersen dans sa chambre d'hôtel avant que cette dernière se souvienne subitement qu'ils sont attendus ailleurs - on retrouve déjà ici quelques traces du style 'comédie' du film.

La facette plus mystérieuse du score revient dans 'The Hospital' sans oublier une nouvelle séquence de poursuite très rythmée dans 'The Escape Act', Goldsmith utilisant même un violon soliste à la Stravinsky dans ces passages où le compositeur se montre toujours très inventif (le violon apporte un côté fantaisiste étonnant au sein de la masse orchestrale de ces excellents passages d'action). La facette 'comédie' du score atteint un sommet dans l'amusant 'Return from Bare' pour la séquence où Craig revient à l'hôtel tout nu. Goldsmith utilise ici quelques vents et cuivres (bassons, clarinette flûte, tuba et xylophone) complété par d'autres instruments qui s'en donnent à coeur joie pour renforcer l'humour de cette scène dans un style étonnamment proche du mickey-mousing plus typique des musiques sautillantes de dessin animé. La contrebasse soliste donne à son tour un côté très amusant au morceau, nous dévoilant tout l’humour d'un compositeur qui a toujours apprécié le fait de se livrer à ce genre de petites blagues lorsque l'occasion s'en présentait- on a déjà souligné à maintes reprises l'humour du compositeur lorsque ce dernier se présentait par exemple dans un concert déguisé avec un masque de clown.

'The Facts/Stake Out/Boarding Party' renforce de plus en plus le mystère, l'intrigue polar et le suspense. Goldsmith développe ici un certain climat de tension évoquant le fait que Craig se rapproche de plus en plus de la vérité. Dans cette scène, notre héros suit la trace des kidnappeurs et arrive dans un port où se trouve un bateau dans lequel il pense que Stratman et Andersen sont enfermés. On retrouve ici aussi le style action du compositeur avec son lot de percussions et ce style tendance 'musique de film d'espionnage des années 60' avec des sonorités toujours très furtives et énergiques (et, faut il encore le répéter, une grande inventivité orchestrale doublée d'une importante fluidité entre les différents instruments).

Le morceau décrit à merveille le suspense alors que Craig s'introduit discrètement dans le bateau afin d'aller délivrer ses deux amis et de déjouer le complot. Le motif des tueurs réapparaît pour rappeler une fois encore que la menace est toujours belle et bien présente. Les trois fugitifs s'enfuient alors dans 'Three Lost People/Escape From the Dock/The Getaway' où Goldsmith installe une excellente rythmique avec ses percussions (à noter ici aussi l'utilisation fantaisiste du violon) tandis que les trois individus s'enfuient à bord d'une voiture, quittant le port à toute vitesse. Ici aussi, le maestro fait monter la tension avec brio (à noter cette excellente partie rythmique au piano).

Après un 'Shock Treatment' apportant un peu d'espoir, nous annonçant une fin plus heureuse, c'est 'The Blade/The Last Act/Daranyi's Exit' qui conclura cette histoire sur un ultime morceau d'action pour la confrontation finale avec le tueur. Le thème menaçant du tueur est toujours présent et parfaitement développé dans ce morceau où Goldsmith laisse éclater une dernière fois le rythme et l’énergie de se partition. Le film se conclut avec une reprise triomphante du thème des lauréats.

'The Prize' est une sympathique BO d’action/suspense de Goldsmith, teintée d'un peu d'humour et de quelques passages plus romantiques. Le compositeur nous dévoile ici un certain savoir-faire qu’il a déjà eu à charge de mettre en oeuvre tout au long de ses années radio/télévision des années 50. Très inventif sur le plan instrumental, cette partition nous prouvait déjà dès 1963 que Goldsmith était décidément un compositeur inspiré qui allait devenir l'un des futurs grands maîtres de la musique de film hollywoodienne.

Sans atteindre la qualité de certains futurs chefs d'oeuvre du Jerry Goldsmith des années 60, 'The Prize' n'en demeure pas moins un score attachant qui s'apprécie avec grande facilité. A noter que le CD de FSM inclut aussi les 4 pistes enregistrées à l'origine par Goldsmith pour le LP du score. Une petite surprise à (re)découvrir grâce à cette excellente réédition exemplaire!

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