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BREAKHEART PASS

Jerry Goldsmith est décidément un habitué des musiques de western, puisque 'Breakheart Pass' (Le solitaire de Fort Humboldt) représente sa quatorzième partition western après ‘Black Patch’, 'Face of a Fugitive', 'Lonely Are The Brave', 'Rio Conchos', 'Stagecoach', 'Hour of the Gun', 'Bandolero!', '100 Rifles', 'The Ballad of Cable Hogue', 'Rio Lobo', 'Wild Rovers', 'One Little Indian' et 'Take a Hard Ride'. Pour 'Breakheart Pass', Goldsmith nous livre un score aux orchestrations toujours aussi inventives (un point fort du Goldsmith des années 70) servi par un excellent thème fédérateur que le compositeur nous dévoile sans surprise au cours du générique de début, un thème de chevauchée trépidant associé dans le film à John Deakin (Charles Bronson) et qui se distingue de par son utilisation des cuivres (trompettes mises en avant avec cors et trombones) et son rythme entraînant (à noter ici l'utilisation de la guitare en accompagnement, comme dans 'Rio Lobo'). Le thème restera omniprésent tout au long du score, Jerry Goldsmith nous proposant toute une longue série de variations durant la première partie du film lors de la traversée du train.

Puis, très vite, après les premiers meurtres et les scènes où l'on voit Deakin fouiller en secret le train durant la nuit, Goldsmith nous dévoile progressivement son matériau 'suspense' nettement plus atonal et expérimental de par son instrumentation inventive et complexe. Le compositeur utilise ainsi des petites percussions en bois, des vents, des cordes et quelques éléments synthétiques discrets mais étonnants dans une partition western de ce genre. A vrai dire, la musique pourrait aussi bien appartenir à un thriller qu'à un western de ce genre tant le climat y paraît extrêmement sombre et tendu pour un film se déroulant dans le grand Ouest sauvage. Ces longues plages de suspense où l'on voit Deakin faire ses petites affaires en pleine nuit dans le train ne sont jamais redondantes. Elles apportent un plus indéniable au film et contribuent à apporter un éclairage particulier à toutes ces scènes, sans aucun doute à cause de l'indiscutable qualité des orchestrations et des couleurs particulières et modernes qui s'en dégagent - utilisation des sourdines dans les cuivres, de percussions diverses, du piano « thriller », de synthétiseur, d’effets sonores des vents, d’effets avant-gardistes des cordes, etc. Il faut dire que l'utilisation de l’électronique typiquement « seventies » dans une partition western de cette époque paraît même très étonnant, et pourtant, cela fonctionne à merveille dans le film. A vrai dire, le réalisateur l’a plus conçu comme un thriller à part entière plutôt qu’un western traditionnel avec son lot de défis et de fusillades. A noter l'utilisation d'un petit motif de 4 notes de suspense en demi-tons ascendants aux hautbois dans les passages de suspense, motif qui paraît avoir été emprunté à 'l'action rituelle des ancêtres' du 'Sacre du printemps' de Stravinsky. Goldsmith réutilisera constamment ce motif tout au long du film, et plus particulièrement dans les nombreux passages à suspense de la partition. Une fois encore, on retrouve ici toute la science de compositeur de Jerry Goldsmith, qui nous offre quelques passages d’atonalité pure pour les séquences à suspense de la partition de ‘Breakheart Pass’, manifestement hérité du style avant-gardiste des compositeurs viennois du début du siècle (Schoenberg, Berg) et des musiciens bruitistes de la fin des années 50.

En dehors de l'utilisation discrète d'une guitare à certains endroits, le score contient assez peu d'éléments de type 'western', ce qui s'explique donc par le fait que le film de Tom Gries repose largement à son tour sur le suspense et la tension, et ce jusqu'à la confrontation finale où Goldsmith nous dévoile de superbes morceaux d'action aux rythmes complexes et effrénés, où le thème principal demeure présent pour évoquer les exploits de John Deakin. Vous l'aurez donc compris, le score de 'Breakheart Pass' est une bonne partition de Jerry Goldsmith, qui, sans atteindre la virtuosité d’un 'Rio Lobo' ou d'un '100 Rifles', n’en demeure pas moins très réussi et parfaitement adapté à l’ambiance particulièrement sombre du western de Tom Gries. Une fois encore, Jerry Goldsmith nous a prouvé qu'il était capable d'apporter un petit 'plus' au film qu'il met en musique, à tel point que le score est ici un élément indispensable dans la mise en scène du film, plus qu'un simple commentaire redondant de ce que l'on aperçoit à l'écran (c’est d’ailleurs là toute la philosophie du compositeur).

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