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The Cassandra Crossing

Jerry Goldsmith signe pour ‘The Cassandra Crossing’ (Le pont de Cassandra) sa première partition pour un film de George P. Cosmatos. Les deux hommes se retrouveront plus tard sur 'Rambo II' en 1985 et le trop sous-estimé 'Leviathan' en 1989. Pour 'The Cassandra Crossing', Goldsmith a signé une excellente partition d’action menée à un rythme d'enfer, un score d'action excitant comme le compositeur sait si bien en faire. On est encore très proche ici du style orchestral typique du Jerry Goldsmith de la fin des années 70, la différence étant que le compositeur commence déjà ici à démocratiser très sensiblement son utilisation d'éléments électroniques au sein de son propre matériau orchestral. 'The Cassandra Crossing' n'échappe donc pas à la règle: axé autour d'un superbe thème principal très mélodique et vaguement mélancolique (le thème évoque le drame de l'histoire et la romance entre Jonathan et Jennifer), le score se compose de larges parties d'action/suspense orchestrales avec quelques éléments de synthétiseur qui viennent renforcer le caractère sombre de la musique. Avec son superbe 'Main Title', Goldsmith nous énonce dès l’ouverture du film son excellent thème principal entendu tout d'abord au clavecin, un instrument qui revient de temps en temps dans la partition du film et qui donne une couleur assez particulière à la musique. Ce sont les cordes qui reprennent ensuite ce thème pour lui donner plus d'ampleur et de lyrisme, une mélodie plutôt nostalgique d'esprit avec cette mélancolie chère à Jerry Goldsmith. A noter que le morceau, qui commençait au son de quelques timbales (déjà annonciatrice du côté sombre de l'histoire) se finit avec d'étranges cordes aiguës plutôt inquiétantes alors que l'on aperçoit à l’écran un plan du bâtiment de l'OMS à Genève, à la fin du générique de début.

Le compositeur nous plonge tout de suite au coeur de l'action avec 'Break-In' pour la séquence du début où les deux terroristes sont poursuivis par les gardes après avoir tenté de faire sauter un laboratoire scientifique. Avec ses orchestrations typiques des années 70 et une écriture orchestrale toujours très riche et intense (l'écriture des vents et certaines rythmiques évoquent parfois Stravinsky, un modèle pour le compositeur), Goldsmith souligne l'action en illustrant cette première scène de façon particulièrement violente et puissante (on pense ici au style action complexe de 'The Sand Pebbles'). A noter que le compositeur fait une brève allusion au thème principal minorisé ici aux cordes alors que le terroriste contaminé par le virus réussit à s'enfuir. Avec l'excitant 'Break-In', le maestro nous donne déjà un avant-goût de ce qui nous attend par la suite.

Goldsmith va développer son thème principal qui devient très vite un magnifique ‘Love Theme’ évoquant la romance (re)naissante entre Jonathan (Richard Harris) et son ex Jennifer (Sophia Loren), le thème étant aussi associé dans le film aux moments plus dramatiques pour le Dr. Chamberlain et les passagers du train. On est frappé dans un premier temps par l'utilisation de ces étranges sonorités électroniques en écho – Jerry Goldsmith vient à peine de sortir cette année de ses expérimentations électroniques sur 'Logan's Run' - 1976- un score qui l'a incontestablement influencé ici dans son approche électronique/orchestrale. Ces éléments synthétiques plutôt étranges et sombres sont très clairement associés dans le film à la menace quasi constante du virus qui va très vite contaminer une bonne partie des passagers du train. C'est la raison pour laquelle Jerry Goldsmith tient à souligner chaque plan nous montrant le fuyard malade caché dans le train en utilisant ce son de synthétiseur particulièrement menaçant. En intensifiant le suspense de la première partie de son score, Goldsmith va progressivement faire monter la tension tout au long du film jusqu'à aboutir à des morceaux d'action déchaînés et dissonants où le musicien pourra se laisser aller à ses déferlantes d’orchestrations inventives typiques de son style « seventies » (l'utilisation du clavecin est aussi très réussie et, combiné avec la masse orchestrale, l'instrument dégage une sonorité particulière qui renforce l’inventivité des orchestrations). C'est avec l'excellent 'Helicopter Rescue' que Goldsmith atteint un véritable climax d’action dans sa partition (il s'agit de la scène où l'hélicoptère vient chercher le malade vers le début du film en suspendant une petite nacelle près du train). Extrêmement intense, le morceau rend la scène particulièrement excitante et frénétique tout en évoquant le danger lié à cette manoeuvre difficile. Dans 'The Climber' (Robby Navarro – Martin Sheen - s'agrippe tout le long du train pour tenter de rejoindre l'avant en allant détacher le wagon), Goldsmith continue ici aussi de développer son style action en évoquant le danger et la menace qui pèsent sur les épaules des héros qui luttent pour tenter de survivre et de sortir vivant de ce cauchemar, et ce par n'importe quel moyen. A noter l'utilisation d'un autre élément de synthétiseur sinistre qui illustre la menace liée au pont de Cassandra, le réalisateur glissant constamment des plans du pont pour nous faire comprendre que le train se rapproche dangereusement d'une fin tragique si les passagers n'arrivent pas à stopper le train juste à temps. Ce sinistre son électronique évoque aussi la fatalité de la catastrophe qui semble être inexorable, d’où une montée de tension extrêmement prenante tout au long de la partition.

Avec 'Kaplan's Death' -suicide de Herman Kaplan lorsque ce dernier fait sauter une partie du train-, Jerry Goldsmith continue d’aller crescendo dans la tension en rendant cette dernière demi heure particulièrement intense. Cette partie lui permet aussi de développer son thème principal qui réapparaît dans les moments plus intimes et dramatiques (notamment lorsque Jonathan et Jennifer se soutiennent mutuellement lors du combat final) comme c'est le cas pour 'It's God Will'. Finalement, cette sombre histoire aboutit à sa conclusion dans le 'End Titles' qui reprend le thème principal développé par l'orchestre comme au début du 'Main Title'. A noter que Jerry Goldsmith a écrit une version pop de son thème dans un genre très « seventies » assez kitsch aujourd'hui (il s'agit du morceau 'It's All A Game'). La chanson n'apporte quand à elle rien de plus au score et fait un peu tâche au milieu de la partition (d'autant que le morceau est totalement absent du film - Goldsmith nous avait déjà fait le même coup dans 'Logan's Run' qui possédait une version 'disco' du Love Theme). Au final, 'The Cassandra Crossing' demeure un très bon score d'action, plein de puissance et de fureur, d'orchestrations inventives, de rythmiques martelées, syncopées et complexes avec quelques petites touches électroniques proches de 'Logan's Run' (score composé la même année), le tout englobé par un magnifique thème principal grandement mémorisable, apportant un peu de lyrisme et d'émotion au sein d'un score sombre et très agité (les parties d'action sont nombreuses et rendent les scènes d'action du film particulièrement intenses). La partition de ‘The Cassandra Crossing’ est absolument parfaite dans le film, Goldsmith ayant accompli une fois encore un travail de qualité pour cette grosse production d'action/catastrophe réalisée par l’italien George P. Cosmatos. Bien moins connue que d'autres grandes partitions du Jerry Goldsmith des années 70, 'The Cassandra Crossing' n’en demeure pas moins un très solide score d'action, à découvrir parmi les autres grandes œuvres du Goldsmith des années 70, probablement la période la plus riche et la plus passionnante du compositeur avec une bonne partie des années 80.

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