Damien - The Omen 2
Jerry Goldsmith reprend son travail sur ‘The Omen’ pour l'amplifier et lui donner une dimension encore plus satanique sur ‘Damien : Omen II’. Toujours construite sur le même schéma choeurs sataniques en latin avec orchestre, la partition de ‘Omen II’ est un excellent opus pour tout ceux qui ont adoré la musique du premier épisode, partition inoubliable récompensée en 1976 par un Oscar amplement mérité. Le problème de ‘Omen II’ c'est que, à la différence du troisième épisode, cette nouvelle partition n'apporte rien de bien neuf par rapport au premier épisode. Certes, le thème de l'Ave Satani (hymne au diable) du générique de début et de fin est totalement nouveau ici avec une rythmique très appuyée, l'utilisation des cordes et de trompettes en sourdine, sans oublier une touche très kitsch de synthétiseurs années 70 aujourd’hui très démodé. Mais le reste de la partition est sans surprise car reprenant exactement toutes les formules développées par Goldsmith dans le premier ‘Omen’. Qu’à cela ne tienne, le compositeur en profite pour approfondir son travail et nous offrir quelques nouvelles grandes idées comme l'évocation du corbeau lié aux maléfices du jeune Damien (Jonathan Scott-Taylor) dans le film. Pour illustrer la présence clairement menaçante de l'oiseau (considéré dans le collectif populaire comme un animal portant malheur), Goldsmith a recours à des choeurs d'hommes menaçants qui imitent en onomatopée le croassement de l'animal, une idée intéressante qui évoque non seulement la menace de l'animal mais aussi l’idée de la malédiction, puisque tout ce qui est illustré dans le film par les choeurs est automatiquement synonyme de mal à l’écran. Ce "leitmotiv" du corbeau apporte vraiment quelque chose de réellement nouveau par rapport au premier épisode. Son efficacité à l'écran reste donc indiscutable et parfaitement redoutable pour le climat de terreur du film de Don Taylor.
‘Damien : Omen II’ est moins axé sur la thématique par rapport au premier épisode qui contenait au moins deux thèmes bien distincts. Au lieu d'avoir un thème bien clair et bien précis (malgré la présence de l'Ave Satani, que Goldsmith conserve assez peu durant le film), le maestro a préféré se concentrer sur son écriture orchestrale/chorale dissonante et toujours aussi spectaculaire et agressive. A noter qu’une scène de terreur du film permet au maestro de réutiliser ‘The Demise of Mrs.Baylock’ issu du premier opus de 1976, une des rares concessions que fait le compositeur à sa toute première partition, Goldsmith ayant vraiment voulu écrire quelque chose de nouveau tout en gardant les mêmes formules et style que ‘The Omen’. L'ensemble de la partition de Jerry Goldsmith s’uniformise quelque peu durant le film. On pourra ainsi regretter le manque de relief malgré une ou deux petites pauses entre deux morceaux de terreur, car la peur est bien le sentiment récurrent dans ce score diabolique et prenant. Néanmoins, un morceau du score semble s’évader de l’atmosphère angoissante et satanique de la partition, celui qui accompagne la scène avec les motoneiges, probablement le seul véritable moment où l'on peut respirer un peu dans cette sinistre partition. ‘Snowmobiles’ évoque donc une certaine exubérance naïve et une "fausse" innocence de la part de Damien qui s’amuse avec son cousin et son père adoptif Richard Thorn (William Holden), et ce bien avant que Damien ne découvre qui il est réellement. L'aspect satanique est tout aussi présent que dans le premier ‘Omen’. Après l'hymne au diable du ‘Main Title’, Goldsmith se concentre ensuite sur son écriture de choeurs latin terrifiants sur les paroles de l'Ave Satani, et ce du début jusqu'à la fin du film sans apporter le moindre repos (à part lors de quelques rares moments plus calmes qui restent assez peu nombreux dans le film!). Ainsi, la musique ne nous lâche jamais vraiment et cherche à nous étouffer, au fur et à mesure que la malédiction diabolique de Damien détruit progressivement ses proches.
Les choeurs restent toujours très présents ici. Basé sur les mêmes principes d'écriture avant-gardiste, les choeurs connaissent ici plusieurs variantes sonores: tutti ténébreux, glissandi vocaux effrayants ou chuchotements angoissants (l'ensemble est inspiré du style de certaines compositions contemporaines savantes du 20ème siècle), sans oublier les imitations de croassements de corbeaux (dans ‘Broken Ice’ par exemple, pour signaler la présence du corbeau avant la mort d'un des invités des Thorn qui se noie sous la glace lors d'une partie de hockey sur glace), le tout soutenu par des orchestrations toujours très colorées et typiquement de Jerry Goldsmith. N'oublions pas non plus de relever l'utilisation d'un orgue (assez discret dans l'orchestre) qui renforce l'aspect satanique de la partition du maestro californien, orgue que l'on trouvait déjà dans l'Ave Satani du premier ‘The Omen’.
’Damien: Omen II’ est encore plus ténébreux que le premier score. La musique paraît encore plus agitée, déchaînée, angoissante et sans aucun temps mort. Dommage que Goldsmith ait décidé de délaisser ses éléments thématiques du premier opus pour nous servir un score plus atmosphérique d’esprit, mais qui rend l'écoute dans le film un peu plus difficile et moins passionnante que celle de ‘The Omen’. Parfois pesante mais toujours aussi maîtrisée d’un point de vue choral et orchestral, ‘Damien: Omen II’ est une oeuvre terrifiante, un voyage en enfer dans le prolongement direct du premier opus, qui paraissait tout de même bien plus intéressant que cette suite. Jerry Goldsmith saura se démarquer du premier ‘Omen’ dans le troisième opus en choisissant de partir sur la base d'un nouveau thème et d'une écriture plus orchestrale malgré la présence toujours aussi importante de la partie chorale. On aurait tout de même aimé que Jerry Goldsmith prenne déjà cette direction pour ‘Damien : Omen II’. Malgré tout, cette séquelle n'en demeure pas moins une oeuvre absolument réussie autant dans le film que sur l’album de Varèse Sarabande (qui contient un morceau malheureusement détérioré par l’usure du master original : ‘Runaway Train’), et un score d'horreur véritablement prenant et terrifiant.











