ESCAPE FROM THE PLANET OF THE APES
Jerry Goldsmith revient finalement une dernière fois dans l'univers de 'The Planet of The Apes' après avoir composé un score avant-gardiste grandement mémorable pour le premier épisode de 1968. Mais ceux qui s'attendent à ce que le compositeur renoue avec l'exploit du premier score seront très sévèrement déçus: le score de 'Escape from The Planet of The Apes' délaisse l'écriture instrumentale moderne à la Varèse/Schoenberg pour se concentrer ici sur un style plutôt tendance pop/disco années 70.
Les réfractaires à ce type de musique ne pourront que rejeter ce score qui semble avoir pris un sacré coup de vieux à cause de son côté extrêmement daté. Autant le premier score de 1968 restait abordable de par son côté expérimental et savamment recherché, autant ce second épisode n'a plus rien à voir avec le style expérimental du premier opus et reste beaucoup plus terre-à-terre, mais aussi nettement plus conventionnel et 'easy listening' d'esprit pour l’époque. On y retrouve néanmoins les orchestrations inventives et audacieuses typiques du Jerry Goldsmith des années 70.
Le générique de début s'ouvre au son d'un thème très rythmé par les cordes/cors avec une rythmique de batterie pop 70 tout à fait caractéristique de ce score (on retrouvera ces rythmes de batterie jusqu'à la fin du score), un thème de guitare très 'seventies' (on pense à certaines de ses musiques western d'époque), une guitare basse et une petite partie de xylophones rythmique syncopé et très 'Bartokienne' d'esprit. Ce thème agité annonce déjà le côté à la fois sombre et ‘action’ du film, alors que l'on aperçoit les trois singes arriver à la base militaire au tout début du film.
La première partie du score décrit la nouvelle vie de Cornelius et Zira dans ce monde humain du 20ème siècle comme on pourra par exemple le découvrir dans la scène à l'hôtel où les deux compères porteront de nouveaux vêtements et côtoieront des gens de la haute société. Bref, ils se transforment à leur tour en humain, et pour accompagner leurs nouvelles activités quotidiennes, Jerry Goldsmith utilise un morceau d'ambiance pop 70 avec un petit thème mélodique sympa au piano, une guitare, une guitare basse et un rythme de batterie, une autre guitare groovy très 'seventies' (on nage en plein kitsch ici) sans oublier l'utilisation d'une flûte et d'un petit orgue lui aussi très connoté « seventies ».
Ce style de morceau facile d’accès était tout bonnement impensable dans le premier score écrit par Goldsmith pour le film de Franklin J. Schaffner et l'on sent bien ici que les exigences du réalisateur ont été nettement moins audacieuses que sur le premier film. Après avoir développé ces petits passages cool dans un style pop insouciante des années 70, la musique va considérablement s'assombrir pour décrire le côté nettement plus sombre du film et de l'histoire.
Jerry Goldsmith utilise par la suite l'orchestre symphonique habituel avec quelques vagues sonorités issues du premier score (et notamment ce son étrange en glissando pour évoquer les deux singes ou quelques petites percussions en bois). On retrouve des orchestrations toujours très inventives malgré la présence parfois envahissante de la batterie et de la basse groovy. La musique tourne alors au cauchemar pour la séquence de l'interrogatoire de Zira (avec des effets de cordes plus sombres et menaçants) et se prolonge dans l'action pour la scène où Zira et Cornelius s'échappent de la base militaire.
On retrouve alors le grand Goldsmith de l'action avec son style années 70 et un orchestre à la fois virtuose et déchaîné. C'est avec une certaine agressivité et une grande puissance orchestrale que le compositeur décrit cette scène d'évasion qui va se conclure sous la forme d'une grande 'chasse aux singes'. Les deux héros se retrouvent alors traqués par les soldats et les hommes du Dr. Otto Hasslein (Eric Braeden). Goldsmith continue par la suite de développer ses orchestrations inventives et ses différents effets instrumentaux en tout genre (tout en conservant les rythmiques très 'seventies') pour décrira les scènes de traque finale, le film se concluant de façon très sombre. Pas de place ici à l'expérimentation atonale et originale du premier score de 1968.











