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Island in the Stream

'Islands In The Stream' (L’île des adieux) est la quatrième collaboration entre Franklin J. Schaffner et Jerry Goldsmith. On sait que le maestro a toujours considéré ‘Islands in the Stream’ comme étant l’une de ses partitions favorites. La musique du film de Schaffner repose sur des orchestrations très colorées typiques de l'esprit symphonique du Jerry Goldsmith des années 70, la partition de ‘Islands in the Stream’ adoptant un ton orchestral proche des musiciens impressionnistes français du début du 20ème siècle comme Claude Debussy ou Maurice Ravel. Le score est basé autour d'un thème principal évoquant Thomas Hudson (George C. Scott) et sa famille. Ce thème est souvent suivi d'un motif ascendant de clarinettes, un petit motif légèrement plus sombre qui vient rappeler le côté dramatique de l'histoire. La partition frappe d'entrée par son côté paisible et méditatif, une musique introspective qui rejoint à merveille l’ambiance et l’histoire du film de Schaffner. Le thème est alors exposé dès l'ouverture du film après la première apparition du motif de clarinettes, et c'est un cor solitaire qui interprète le magnifique thème principal sur fond de cordes reposantes avec vents et harpes. Pour beaucoup, 'Islands In The Stream' constitue l'exemple même de la partition romantique par excellence, romantique dans l'esprit de la musique mais aussi dans la qualité des orchestrations qui nous renvoient aux grands jours du monde symphonique du 19ème siècle. Ici, point de romantisme factice à l'eau de rose mais bien de lyrisme pur et dur parfaitement maîtrisé et beaucoup plus subtil que dans bon nombre de partitions du même genre. Jerry Goldsmith a très souvent évoqué son plaisir à créer des musiques pour les films de Franklin J. Schaffner, qui est resté son fidèle complice durant plusieurs années jusqu'à la mort du réalisateur en 1989 (leur dernière collaboration s'est concrétisé sur 'Lionheart' en 1987) et une source d'inspiration intarissable pour le compositeur.

Après l'ouverture paisible et lyrique du film, exposant le très beau thème principal, simple et pourtant émouvant, Goldsmith annonce l'arrivée des enfants sur l'île avec des cordes toujours très lyriques et une reprise du motif de clarinettes, tandis que 'Pillow Fight' est une petite pièce brève qui apporte une touche de légèreté pour la scène où père et fils s'amusent à se jeter des coussins, le thème principal étant omniprésent pour illustrer la relation du père avec son fils, mais pas seulement...en effet, de par son côté méditatif et introspectif, la mélodie évoque aussi une sensation de regret, l’idée du temps qui passe inlassablement, la solitude face à cette mer qui semble s'étendre infiniment à l'horizon, comme si Hudson savait qu'il allait bientôt finir ses jours près de cette mer 'd'éternité' - d'où le côté paisible de ce thème qui rend aussi hommage à la beauté incomparable de la mer. La grande force de la partition est d'avoir réussi à capturer toute l'âme du film et de cette très belle histoire. 'Is Ten Too Old' évoque les jours heureux que passe Hudson avec ses fils en illustrant le côté tropical de sa musique par le biais de petites percussions en bois et de cordes lyriques avec les vents, les harpes et une guitare paisible. Et c'est finalement 'Night Attack' qui rappelle par son côté plus sombre l'atmosphère de guerre et de tension dans laquelle vivent Hudson et ses proches (scène où ils aperçoivent une nuit un bateau en train de flamber au large, torpillé par un sous-marin allemand). Le thème principal reste tout le temps présent pour unifier musicalement les différents éléments de l'histoire, la réunion avec les trois fils ou la solitude de plus en plus pesante de cette homme sur cette île tropicale, solitude accentuée par le départ de ses enfants quelques jours après avoir passé un peu de temps avec eux.

'Marlin' est un morceau long et mouvementé où le compositeur illustre pendant plus de 10 minutes l'excellente séquence de la pêche à l'espadon, scène où Hudson se rapproche de son plus jeune fils qui apprend à travers cette douloureuse expérience que la vie est souvent très difficile et impitoyable si l'on n'est pas suffisamment fort pour l'affronter (Hudson lui fait aussi comprendre qu'il doit accepter de 'perdre' ou d'abandonner lorsqu'il ne peut plus continuer). On retrouve ici quelques réminiscences du style plus 'action' de Jerry Goldsmith même si cet aspect là est très largement minoritaire dans 'Islands In The Stream'. 'Marlin' est donc sans conteste un morceau incontournable du score, avec ses cordes agitées, ses cuivres déterminés et sombres à la fois, tout à l'image de cette longue et solide séquence de pêche qui se transforme en véritable lutte acharné entre l'homme (le jeune fils d'Hudson) et l'animal (l'espadon). Après le départ des garçons dans le poignant 'The Boys Leave' (rappel du thème principal au hautbois et à la flûte qui prend ici une tournure encore plus mélancolique et résignée dans l'âme comme dans le dramatique 'The Letter'), on entre dans la deuxième et dernière partie du film après 'The Letter'. Et c'est à partir de 'The Refugees' que la musique devient nettement plus sombre pour le dernier chapitre du film, 'le voyage': abattu par l'annonce faite par son ex-femme de la mort de son fils Tom mort au combat, Hudson rejette soudainement sa vie sur l'île et décide de donner un sens à son existence en accompagnant un petit groupe de réfugiés juifs qui tentent de franchir l'Océan pour rejoindre une zone neutre loin de la persécution des nazis: cette dernière partie possède donc un intérêt dramatique à la fois pour la séquence en elle même mais aussi pour le héros qui va comprendre avec cette ultime expérience tout ce qu'il a manqué au cours de sa vie. Puis, c'est avec 'Eddie's Death' que Jerry Goldsmith amorce le final du film: avec ses cordes torturées et ses cuivres sombres, le morceau nous rapproche dramatiquement de la fin de l'aventure d'Hudson avec la mort de son ami. 'It Is All True' sert finalement d'épilogue poignant au film avec une reprise du thème principal par un piano très intime au sein de l'orchestre, conclusion émouvante pour un final tout aussi poignant où Hudson comprend finalement ce qui a manqué dans sa vie et ce qu'il aurait aimé enseigner à ses fils. On rejoint alors ici le sentiment de regret qu'évoquait déjà au début de l'histoire le très beau thème principal du score, axe majeur de cette émouvante partition symphonique aux accents impressionnistes.

Malgré sa poésie, son lyrisme et son charme indéniable, ‘Islands In The Stream' n’en demeure pas moins un score très rigoureux et difficile à apprécier dès les premières écoutes. Plusieurs auditions permettront d’approfondir et de mieux appréhender cette partition riche et humaine, respirant le lyrisme et le drame au sein d'une oeuvre que le compositeur lui même affectionne tout particulièrement, Jerry Goldsmith regrettant d'ailleurs que le film de Franklin J. Schaffner soit très vite tombé dans l’oubli. Evidemment, après les superbes partitions de 'Planet of The Apes', 'Patton' et 'Papillon', 'Islands In The Stream' peut paraître moins complexe et plus anodin en apparence, mais il n'en est rien. Certes, on ne retrouve pas ici les expérimentations complexes de 'Planet of The Apes' ni la profondeur psychologique de 'Patton', car 'Islands In The Stream' est avant tout une musique simple bâtie sur l’émotion et le lyrisme de cette histoire au bord de l'Océan sur "l'île des adieux" (à analyser dans le double sens du terme: un adieu aux trois fils, mais aussi un adieu à la vie à la fin du film), servi par un thème principal tout en sobriété qui rejoint le côté contemplatif et humain du film. A une époque où Jerry Goldsmith commence à utiliser plus régulièrement les synthétiseurs dans ses musiques, 'Islands In The Stream' constitue un bien bel hommage au lyrisme symphonique du 19ème siècle que le compositeur maîtrise parfaitement pour l’accommoder à son propre style musical, incluant des orchestrations très riches typique de ce que le maestro écrivit dans les années 70. La conclusion s’impose donc d'elle même: 'Islands In The Stream' est une partition majeure à découvrir, un autre sommet dans la collaboration Goldsmith/Schaffner, injustement méconnu mais qui, grâce à la récente réédition CD d’Intrada, devrait aisément trouver sa place dans toute bonne discothèque de musique de film consacrée au maestro californien.

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