Magic
Jerry Goldsmith a eu l'occasion d'écrire pour ‘Magic’ un score thriller/suspense dans la lignée des grandes partitions thriller de Bernard Herrmann, sa musique reposant essentiellement sur le pupitre des cordes (comme dans 'Psycho' d'Herrmann), agrémenté ici d'un piano et d'un harmonica étrange. Le score repose ainsi sur un thème principal troublant, inquiétant, envoûtant, tout à l'image du film lui même. Le 'Main Title' s'ouvre au son d'un étrange motif d'harmonica associé à Fats (la marionnette maléfique de Corky), suivi du thème exposé aux cordes avec des harmonies torturées. Il est d’ailleurs assez amusant de noter que le début du thème possède un côté légèrement ‘blues'. Cet excellent thème de cordes, agrémenté de deux accords de piano mystérieux illustre à merveille la tension psychologique du film de Richard Attenborough et la noirceur du personnage de Corky, hanté par un étrange secret: sa propre marionnette le manipule et devient une autre personne à part entière. L'harmonica est présent ici pour évoquer le côté inquiétant et extrêmement malicieux de Fats, Goldsmith ayant choisi d'associer cet instrument à ce personnage comme une sorte de véritable leitmotiv sonore. L'association inattendue entre les cordes et l'harmonica instaure un effet assez troublant voire inquiétant (et malsain) dans le film, d'autant que l'instrument dissone toujours radicalement avec la partie des cordes, comme s'il s'agissait d'un élément extérieur intervenant brusquement là où on ne l'attend pas. Cette brillante astuce permet alors à Jerry Goldsmith d'évoquer l'esprit torturé et schizophrène de Corky qui se divise en deux personnalités: la sienne (les cordes) et celle de Fats (l'harmonica), dualité malsaine renforcée par les dissonances des deux motifs, celui de l'harmonica et des cordes.
'Corky's Retreat' développe alors le climat intriguant voulu par Goldsmith avec, cette fois ci, un sursaut de cordes inquiétant typique du style thriller du compositeur. Le pupitre des cordes est magnifiquement mis en avant, comme Bernard Herrmann avait pu le faire sur le 'Psycho' d’Alfred Hitchcock en 1960, tandis que la noirceur des harmonies torturées renforce l'impression de malaise que l'on ressent parfaitement durant toute la seconde partie du film. Après un début plutôt mystérieux, on assiste à un changement de ton assez radical pour les séquences où Corky retrouve Peggy (Ann-Margret), le grand amour de sa vie. La jeune femme tombe enfin sous son charme et fait l'amour avec lui lors du très beau 'Appassionata' où Goldsmith développe un 'Love Theme' romantique et passionné, écrit pour piano, violon et cordes (à noter que la tête du thème rappelle sous une forme majeure le début du thème principal). 'Appassionata' est typique du style plus sentimental/romantique du compositeur dans l'écriture vigoureuse de ses cordes couplé avec quelques solistes (violon, violoncelle et piano). Ce 'Love Theme' décrit évidemment la romance entre Corky et Peggy, qui laissera très vite la place à la terreur pour la dernière partie du film. A ce sujet, on ne pourra pas passer à côté de l'étrange motif d'harmonica de Fats faisant quelques apparitions soudaines en plein milieu du 'Love Theme' romantique de 'Appassionata', un élément inquiétant qui dissone là aussi complètement avec le canevas harmonieux et passionné tissé par Goldsmith pour cette scène d'amour. La raison à cette soudaine rupture de ton est que la caméra se fixe pendant quelques instants sur le visage inquiétant de Fats, la marionnette, et ce durant la scène d'amour. Le message de Goldsmith est clair: le mal est toujours là et il va conduire Corky à sa propre perte.
Après ces quelques passages plus harmonieux et mélodique, nous permettant de respirer un bon coup, Jerry Goldsmith nous replonge ensuite dans la descente aux enfers du héros avec 'Stop The Postman', sinistre morceau pour la scène du premier meurtre. Pour renforcer l'impression de terreur suggérée par cette séquence, Goldsmith utilise une sonorité électronique étrange et saturée qui transforme cette pièce en véritable morceau de terreur glacial, chaotique et tourmenté. 'The Lake' laisse la place quand à lui à une rythmique inquiétante de pizzicati lorsque Corky va cacher le corps de sa victime dans le lac, les cordes résonnant de façon extrêmement tendue afin d'illustrer à la fois le suspense et l'esprit malsain/torturé du héros schizophrénique. A noter la présence toujours inquiétante de l'harmonica qui évoque Fats, contrôlant définitivement l'esprit de Corky. 'Duke's Catch' et 'Blood' prolongent cette ambiance de suspense sinistre, débouchant sur une nouvelle scène de meurtre dans 'Duke's End', accompagné d'un autre sursaut orchestral de terreur. La tension va crescendo dans 'I'll Tell' lorsque Fats fait du chantage à Corky s'il décide de le laisser tomber tandis que 'Fats Blows The Whistle' développe le côté malsain de Corky/Fats lors de la séquence où le ventriloque/magicien devient fou et se met à faire toutes les pitreries que lui demande sa marionnette. Impressionnant, le morceau est rythmé par un crescendo de cordes terrifiant et un harmonica malsain, le tout mélangé dans une ambiance de folie parfaitement suggéré par la musique du maestro. 'The Wooden Heart' et 'Us Was You' concluent le film dans un climat de noirceur tragique quasi résigné, tandis que le 'End Titles' reprend le thème principal resté très présent tout au long du film, sous la forme de quelques variantes orchestrales.
'Magic' vous satisfera pleinement si vous êtes fan des musiques de thriller/suspense glauques comme Jerry Goldsmith a l'habitude d'en composer depuis le milieu des années 70. Il n'y a rien de véritablement original ici, si ce n'est l'association étrange de l'harmonica avec un pupitre de cordes accompagné de quelques instruments plus discrets. La couleur des cordes permet au compositeur de renforcer ici la tension psychologique du film de Richard Attenborough. La partition tour à tour inquiétante et dérangeante de Jerry Goldsmith colle donc parfaitement au film. Certes, 'Magic' reste une partition plutôt mineure dans la carrière exceptionnelle du maestro californien. Ceci étant dit, il serait dommage de bouder notre plaisir et de ne pas (re)découvrir ce score thriller redoutable et efficace, qui a enfin eu l'honneur d'être rééditée par Varèse Sarabande en édition CD Club à tirage limité. ‘Magic’ n'est donc pas un chef d'œuvre absolu du compositeur, mais cela n’en demeure pas moins un bien bel effort exemplaire de la part du compositeur, un score plutôt méconnu dans la filmographie de Jerry Goldsmith qui mériterait amplement d’être redécouvert et apprécié à sa juste valeur.











