RAMSON
Jerry Goldsmith arrive en 1975 au milieu de l'une de ses plus belles périodes créatrices, ayant déjà à son actif quelques musts tels que 'Freud', 'Planet of The Apes', 'Patton', 'Chinatown' ou 'Papillon'. La première partie des années 70 est aussi dominée par des scores assez méconnus du compositeur, tels que 'The Other', 'The Man', 'Pursuit' (téléfilm de Michael Crichton), 'Shamus', 'The Don Is Dead' ou 'One Little Indian'. Hélas, 'Ransom' fait aussi partie de ses partitions méconnues, qui n'ont pas pu résister au poids des mastodontes du compositeur: 'Papillon', 'The Omen', 'Patton', 'Chinatown', etc.
Pourtant, 'Ransom' est de loin l'une des meilleures partitions thriller du Goldsmith des années 70, qui nous prouve une fois encore son talent à manier des orchestrations inventives et un sens aiguisé du rythme et du développement thématique. Mieux encore, Goldsmith arrive une fois de plus à apporter un petit plus au film qu'il accompagne, ne se contentant pas simplement de souligner l'action du film, mais de renforcer les émotions des personnages ou des différentes situations.
'Ransom' s'articule autour de trois thèmes majeurs, un motif d'action qui revient régulièrement tout au long du film, un thème plus sombre évoquant les préparatifs des opérations visant à libérer les otages, sans oublier ce superbe thème plus lyrique et aérien (et quasi romantique) entendu pour la première fois dans le film avec l'incontournable 'Sky Chaser'. Le thème des préparatifs est introduit dans l'excellent 'Queen's Messenger', décrivant les couleurs orchestrales mises en avant par Goldsmith dans 'Ransom': pupitre de cuivres privilégié, cordes tendues et amples, utilisation inventive du piano, des percussions, etc.
Goldsmith n'hésite pas à avoir recours à toute une série de petits ostinatos rythmiques qui décriront la tension liée à cette dangereuse prise d'otage. La tension se fait ici particulièrement bien ressentir, le maestro instaurant une sorte de dialogue instrumental entre les différents pupitres de l’orchestre afin de transmettre à l'auditeur cette sensation de danger, d'inquiétude et de suspense, omniprésente tout au long du film. Le thème des préparatifs pourrait aussi être rattaché au danger que représentent les terroristes preneurs d’otage.
Le compositeur va s'attacher par la suite à faire monter la tension, en utilisant minutieusement des rythmes et des orchestrations très années 70 (excellente performance du National Philharmonic Orchestra, comme d'habitude!). La musique est utilisée plus ou moins avec parcimonie dans le film, mais chacune de ses apparitions se fait grandement remarquer, Goldsmith contribuant à renforcer cette atmosphère extrêmement tendue dans le film. C'est le piano qui se distingue dans les passages de type suspense, le compositeur nous en proposant une utilisation assez inventive et parfois même très agressive (surtout dans le générique de début du film, sur fond d’ostinato rythmique évoquant la menace des terroristes).
Le suspense devient encore plus prenant dans la séquence où l'un des agents de Nils Tahlvik (Sean Connery) tente de s'introduire à bord de l'appareil. C'est à partir de ces scènes plus orientées vers l'action que se met en place l'excellent motif d'action, souvent confié à des cuivres, et qui devient particulièrement prenant dans ces grands moments de tension. Goldsmith nous réserve aussi quelques excellents morceaux d'action, même si l'ensemble du score de 'Ransom' s'oriente nettement plus vers le suspense et la tension.
Mais le plus étonnant provient ici de 'Sky Chaser', illustrant la séquence de la poursuite entre les deux avions vers le milieu du film. Goldsmith fait intervenir de manière surprenante un nouveau thème plus mélodique et lyrique, accompagné par des arpèges de piano rapides, quelques cuivres plus mélodieux et des cordes très lyriques. On ressent ici une certaine mélancolie émouvante et surprenante par-dessus les images de cette poursuite en avion. Effectivement, la mélodie possède ici un côté aérien qui colle magnifiquement à la scène et nous rappelle à quel point le maître s'attache tout particulièrement à l'émotion d'un film lorsqu'il en compose la musique.
On retrouvera plus tard ce thème après que Tahlvik ait finit par abandonner la mission, accablé de critiques par Mrs. Palmer (Isabel Dean), la femme de l'ambassadeur anglais détenu en otage par Shepherd (John Quentin). Le thème mélancolique confié ici au piano évoque alors la défaite de Tahlvik qui doit se résoudre à céder aux caprices des ravisseurs. Mais dans la séquence de l'avion, ce magnifique thème prend une toute autre tournure, moins intimiste, plus grandiose et aérienne. On le retrouvera aussi en guise de conclusion pour le 'End Title'.
C'est ce type de petits détails qui font de Goldsmith un grand maître de la musique de film de son époque, en plus de posséder un excellent sens du rythme et des orchestrations. Ici, les longs morceaux de suspense et d'action apportent un certain tonus au film de Caspar Wrede et mettent en avant une écriture orchestrale maîtrisée, preuve de l’immense savoir-faire du compositeur, aussi capable d'écrire des partitions accrocheuses pour des petits films modestes et méconnus. 'Ransom' fait en tout cas partie de cette catégorie de scores qui méritent largement d'être redécouverts et appréciés à leur juste valeur.











