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RIO LOBO

En 1970, Jerry Goldsmith venait déjà d'écrire quelques grandes partitions pour des westerns, un genre cinématographique dans lequel il brilla particulièrement dura les années 60/70 mais qu'il délaissera plus tard surtout vers le milieu des années 70. Sa partition pour 'Rio Lobo' de Howard Hawks montre très clairement son goût pour les orchestrations très colorées et inventives (toujours supervisées à cette époque par le fidèle orchestrateur de Goldsmith: Arthur Morton), typiques de ce qu'il fait dans les années 60/70, tout comme l'on sent très clairement que le compositeur veut s'éloigner du style fort conventionnel des musiques western de l'époque.

N'oublions pas que dans les années 60, Ennio Morricone a posé quelques grandes 'bases' stylistiques du genre dans les westerns spaghetti italiens, tandis que les américains ont suivi une toute autre voie avec notamment les grandes partitions westerns de Dimitri Tiomkin. Ainsi donc, ne vous attendez pas à retrouver un harmonica (même si Goldsmith l'utilise très brièvement dans un ou deux passages du score) ou une guimbarde sur le score de 'Rio Lobo'. Les seuls éléments westerns conventionnels apparaissent simplement dans l'utilisation d'une guitare, d'un tambourin à la Elmer Bernstein ou de quelques castagnettes qui offrent parfois avec la guitare un côté vaguement hispanisant à la musique du film de Howard Hawks (le personnage du capitaine Pierre Cordona – Jorge Rivero - est mexicain).

Le reste des orchestrations met en valeur les cuivres (avec différentes sourdines qui donnent une couleur plus particulière à la musique), les cordes, les vents (Goldsmith met très souvent en valeur les flûtes ou les piccolos) et quelques percussions avec la guitare et les autres instruments; on pourra ainsi entendre un piano discret dans un passage de style suspense, un guiro (une sorte de petit grattoir que l’on trouve dans la musique brésilienne et cubaine) et même un peu de synthétiseur utilisé de façon très discrète dans certains passages plus atmosphérique.

La partition de ‘Rio Lobo’ s'axe autour d'un thème principal suivi par un autre motif rythmique qui accompagne très souvent la mélodie associée au personnage du colonel Cord McNally, le héros de l'histoire interprété par le « Duke » en personne, John Wayne. Ce qui frappe d'entrée, c'est le 'Main Title' du score. Au lieu de choisi d'ouvrir le film avec un thème orchestral héroïque à la 'The Magnificent Seven' d'Elmer Bernstein, Goldsmith a eu la bonne idée de démarrer le film avec son thème interprété par la guitare de Tommy Tedesco (le fils de Mario Castelnuovo-Tedesco, l'un des professeurs de Goldsmith durant ses études de musique).

On notera d'ailleurs la manière dont le réalisateur a bien mit en avant la musique de Goldsmith dans cette ouverture puisque toute la séquence du générique de début est en fait axée sur une série de gros plans des cordes de la guitare de l'interprète du thème (à noter que les premiers sons entendus s'ouvrent sur un rythme léger dans le style d'une petite percussion boisée, le générique se concluant en nous montrant alors qu'il s'agit en réalité des doigts du guitariste qui tapote le rythme sur son instrument...une petite astuce très réussie).

Si à priori ce choix semble n'avoir aucun lien apparent avec le reste du film, il n'empêche que le réalisateur veut nous faire comprendre quelque part que la guitare entendue dans le score de Goldsmith aura une importance capitale tout au long de la musique du film, puisqu'elle sera quasiment omniprésente dans tous les morceaux de la partition, aussi bien dans les quelques parties d'action que lors des moments de suspense ou des passages plus paisibles.

Il y'a assez peu de musique dans le film (à peine un peu plus de 40 minutes sur les quelques 110 minutes du film) mais contrairement à beaucoup de films américains d'aujourd'hui qui ont tendance à se noyer sous la musique, 'Rio Lobo' fait un usage à la fois modéré et intéressant du score de Jerry Goldsmith qui ne vient jamais alourdir le film et encore moins lui faire défaut d'une quelconque manière que ce soit (un film avec beaucoup de musique n’est pas forcément plus lourd, disons que c’est une toute autre approche de la composition pour le cinéma). Goldsmith va progressivement nous faire entendre son thème principal dans diverses variations orchestrales dont une avec guitare/synthétiseur assez surprenante (lors d’une séquence nocturne).

Ce thème possède une certaine pêche qui transparaît très bien dans l'excellent 'A Good Teacher/Quiet Town/Cantina' (scène de la traversée à cheval du désert vers la ville de Rio Lobo, passage héroïque typique des musiques western de Goldsmith - on pense à 'Take a Hard Ride' ou 'Bandolero!', et surtout à ce que fera Goldsmith en 1971 sur 'Wild Rovers' dans le même esprit que 'Rio Lobo'). Le thème s'ouvre sur le motif rythmique aux vents soutenus par le tambourin (instrument synonyme d'aventure et de chevauchée). A noter que le compositeur confie parfois cette mélodie à une trompette typique de l'esprit western avec une facette légèrement mexicaine d’esprit.

Hormis ces quelques passages plus héroïques incluant le thème principal, on appréciera aussi des moments très sombres comme lors de la séquence de la fusillade dans le bar, Goldsmith maintenant la tension avec une instrumentation toujours très inventive (et la guitare, omniprésente). A noter ici l’importance d’un certain effet orchestral, l'utilisation des effets d'écho, caractéristique du célèbre score de 'Planet of The Apes' (1968) et auquel le compositeur semble parfois faire référence ici lorsqu'il retrouve ce matériel sonore assez particulier mais qui accentue les quelques moments de suspense ou de tension du score (surtout dans la séquence de la prison vers la fin du film).

On retrouve évidemment aussi quelques parties d'action bien excitantes (et surtout toujours très inventives et audacieuses du point de vue des orchestrations) dans les quelques scènes de fusillade du film. L’action atteint même un véritable climax lors de la frénétique confrontation finale avec le shérif Hendricks (Mike Henry) et ses hommes, véritable sommet d'action dans la partition de ‘Rio Lobo’, après un début plutôt tendu jouant sur les différents éléments de l'orchestration (scène de l'échange).

La fusillade débute alors, Jerry Goldsmith accentuant la partie rythmique du morceau tout en augmentant ici l'utilisation des vents aigus à la Stravinsky. On pense ici à certains passages du 'Sacre du Printemps' ou de la 'Symphonie d'instruments à vents' qui rappelle un peu cette façon dont Goldsmith combine ses différents pupitres de vents dans l'aigu pour donner une sensation plus rude et stridente dans l'orchestre. Le film se termine sur une ultime reprise héroïque du thème principal pour évoquer l'inévitable victoire du légendaire « Duke » de l'Ouest.

'Rio Lobo' est donc une partition western de Goldsmith très réussie, bien utilisée dans le film tout en démontrant l’incroyablement fraîcheur et inventivité des orchestrations très années « 60/70 » de Jerry Goldsmith (sans compter ici une vague influence de 'Planet of The Apes'). Après 'Black Patch' (1959), ‘Face of a Fugitive’ (1959), 'Lonely are The Brave' (1962), 'Rio Conchos' (1964), 'Stagecoach' (1966), 'Hour of The Gun' (1967), 'Bandolero!' (1968) et '100 Rifles' (1969), Jerry Goldsmith continue de nous prouver qu'il sait maîtriser ce genre musical avec panache même si l'histoire ne l'a jamais reconnu comme un grand compositeur de musique de western. Il est vrai que dans la totalité de son impressionnante filmographie, ce genre est finalement resté mineur dans son oeuvre, ce qui n'empêche nullement d'apprécier à leur juste valeur ces quelques partitions western pourtant exemplaires dans leur domaine. En tout cas, 'Rio Lobo' est un de ses scores western fort sympathique que le compositeur a écrit dans sa période 60/70, un score que l'on peut aujourd'hui redécouvrir grâce à l'excellente réédition (hélas en tirage limité) de chez Prometheus Records.

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