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TAKE A HARD RIDE

Pour Jerry Goldsmith, ‘Take a Hard Ride’ (la chevauchée terrible) représente en 1975 sa treizième partition western après ‘Black Patch’ (1957), ‘Face of a Fugitive’ (1959), ‘Lonely are the Brave’ (1962), ‘Rio Conchos’ (1964), ‘Stagecoach’ (1966), ‘Hour of the Gun’ (1967), ‘Bandolero!’ (1968), ‘100 Rifles’ (1968), ‘The Ballad of Cable Hogue’ (1969), ‘Rio Lobo’ (1970), ‘Wild Rovers’ (1971) et un ‘One Little Indian’ (1973) un peu à part, ce dernier étant une sorte de western pour les jeunes produit par Disney. ‘Take a Hard Ride’ contient sans surprise toutes les recettes essentielles à un bon score western de Jerry Goldsmith, un genre dans lequel le compositeur a ainsi déjà fait ses preuves à de nombreuses reprises et qu’il délaissera progressivement par la suite (on pourra néanmoins citer les scores de ‘Breakheart Pass’ et ‘Bad Girls’).

La partition repose bien évidemment sur l’inévitable thème principal, mélodie fraîche et aisément mémorisable qui représente l’amitié entre Pike (Jim Brown) et Tyree (Fred Williamson). Le thème se compose en réalité de deux éléments, un petit motif rythmique de 5 notes d’abord annoncé au piccolo au début du ‘Main Title’ puis développé par l’orchestre en tant que faire-valoir du thème principal. Ce motif permet ainsi d’amener progressivement la mélodie principale d’abord exposée par une guitare et développée ensuite par les cordes et les cuivres. La mélodie possède un côté aérien et agréable qui paraît bien plaisant pour un western aussi brutal et frénétique, un aspect de la musique de Goldsmith typique de ses partitions westerns (on se souvient par exemple du thème principal très ‘rengaine sixties’ du score de ‘Bandolero!’ ou du sympathique thème principal de ‘Rio Conchos’).

Le traditionnel harmonica est aussi de la partie, cet instrument désormais indissociable de l’univers musical des westerns, sauf qu’ici, il est attribué à un personnage bien précis, Kiefer, le chasseur de prime interprété par Lee Van Cleef. Dans le film, on voit le personnage jouer de l’harmonica à la façon de Charles Bronson dans ‘C’era une volta il West’ de Sergio Leone. Kiefer joue continuellement un motif de trois notes ascendantes qui constitue son thème, la particularité de ce motif étant son accompagnement à base de sonorités électroniques bizarres et particulièrement inattendues dans le contexte d’une musique de western.

On sait que Goldsmith a toujours eu un penchant sur pour l’expérimentation et ses musiques de western ne dérogent pas à la règle. La même année, le maestro fera même intervenir de façon plus intensive les synthétiseurs dans sa musique pour un autre western, ‘Breakheart Pass’. Ces bourdonnements électroniques étranges confèrent au personnage de Lee Van Cleef un côté inexorablement menaçant et inquiétant, renforçant le côté sombre du motif d’harmonica associé au redoutable chasseur de prime. Avec ses deux thèmes, Goldsmith pose dès le début du film les bases de sa partition et nous convie à un voyage mouvementé dans l’Ouest américain sauvage.

Si ‘Memories’ possède un côté mélancolique pour la scène de la mort du patron agonisant de Pike (avec au passage un rappel du motif d’harmonica/synthé de Kiefer), ‘The Search’ évoque le début du voyage de Pike pour honorer la promesse faite à son patron. Le thème refait son apparition, joué par une flûte sur fond de guitares et cordes et débouche sur un premier morceau d’action très western d’esprit, ‘The Snake’, pour la scène où Pike affronte des bandits avant d’être secouru par Tyree qui se débarrasse des bandits à l’aide de ses serpents. On y retrouve l’écriture rythmique syncopée chère au compositeur et témoignant d’un savoir-faire orchestral déjà mis à rude épreuve depuis de nombreuses années au service de la musique de film hollywoodienne, Goldsmith faisant preuve une fois encore d’une grande inventivité dans le maniement de ses orchestrations et de ses différentes couleurs instrumentales, que ce soit le trombone, les duos flûtes/hautbois, le piccolo ou la guitare.

‘Uneasy Alliance’ reprend de son côté le motif de Kiefer comme pour rappeler que le sinistre chasseur de prime est toujours dans les environs et constitue une menace sérieuse pour Pike et Tyree – on appréciera la façon dont Goldsmith s’amuse à entrecouper sa musique de rappels du motif de Kiefer comme pour renforcer ce côté menaçant omniprésent. L’action repart enfin de plus belle dans ‘Friendly Enemies’ avec ses rythmes de chevauchée à grand coup de guitares/cuivres/percussions dans un style qui rappelle ‘Rio Lobo’, ‘Wild Rovers’ ou ‘100 Rifles’. Le thème principal est développé aux trompettes et aux cordes sur un rythme orchestral très soutenu et entraînant – illustrant la traque des deux compères dans le désert sauvage (avec, au passage, un nouveau rappel de l’obsédant motif de Kiefer). Dès lors, la chasse est ouverte et l’action sera au rendez-vous du début jusqu’à la fin.

‘Fancy Footwork’ le confirme avec une série de variantes du thème principal sur fond d’élans orchestraux agressifs à base de cuivres, guitares et percussions du plus bel effet. On appréciera au passage le très intimiste et touchant ‘A Sad Story’ lorsque Catherine raconte son ‘histoire triste’ à Pike, à base de vents et de cordes, morceau qui, curieusement, conserve un côté sombre qui ne semble pas nous rassurer quand à l’avenir du personnage dans la suite du film.

L’action se prolonge de nouveau dans ‘The Ambush’ pour la scène où Kiefer et ses hommes tendent une embuscade à Pike, Tyree et ses deux nouveaux amis, Catherine et Kashtok. Après une première partie plutôt sombre et quelconque, le morceau se lance dans un nouveau déchaînement orchestral à base de cordes virtuoses et de cuivres frénétiques (à noter une excellente partie de trompettes frénétiques à partir de 3.37), Goldsmith témoignant ici aussi d’une inventivité déconcertante dans le maniement de ses rythmes et de ses différents instruments, le tout soutenu par des orchestrations de qualité, comme toujours chez le compositeur.

Mais ‘The Ambush’ sert en réalité de préparatif à un autre grand morceau d’action bien plus explosif et enlevé, l’excitant ‘The Wagon’ pour la scène où Pike et Tyree réussissent à se tirer d’une embuscade en volant le chariot de l’un des sbires de Kiefer. Goldsmith amorce le début du morceau d’action avec un rappel du motif rythmique extrait du thème principal, qui sert ici de thème d’action pour accompagner cette cavalcade frénétique, renforcée par des percussions martiales et un excellent dialogue entre cordes agitées et cuivres massifs (à noter la façon dont Goldsmith utilise les sourdines dans les cuivres). Le thème principal réapparaît, soutenu ici par guitares, percussions, xylophones, cuivres et cordes, ‘The Wagon’ représentant le climax de la musique d’action de ‘Take a Hard Ride’.

‘The Big Dive’ s’affirme comme un prolongement logique de ‘The Wagon’ suivi de ‘The Aftermath’ et d’un ‘The Trek’ plus calme à base de guitares et de trompettes mariachi pour évoquer les couleurs musicales du Mexique lorsque Pike et Tyree ont enfin atteint la frontière mexicaine et se mettent en route pour rapporter l’argent à la femme du patron de Pike. La séquence dans les mines est illustrée de façon plus calme même si la tension est toujours présente, alors que Kiefer et son armée recrutée au Mexique se préparent à lancer l’assaut final contre Pike et Tyree, piégés dans les mines. Le motif de Kiefer revient une fois de plus, avant un dernier bref morceau d’action dans le sombre ‘The Last Adversary’, le score se concluant sur un dernier rappel du thème principal dans ‘A Long Walk’, marquant la fin de l’aventure.

‘Take a Hard Ride’ n’est peut-être pas ce que Jerry Goldsmith a fait de mieux dans le domaine de la musique de western mais demeure malgré tout une très solide partition western agréable bien que sans grande originalité particulière. Ceux qui apprécient ses partitions pour ‘Rio Conchos’, ‘Stagecoach’ ou bien encore ‘Rio Lobo’ apprécieront sans aucun doute le score du maestro californien pour ‘Take a Hard Ride’, même si l’on est loin ici du brio et de la virtuosité d’un ‘100 Rifles’ ou de la puissance d’un ‘Hour of the Gun’. Malgré tout, ‘Take a Hard Ride’ prouve une fois encore à quel point Jerry Goldsmith a toujours su donner le meilleur de ce qu’il pouvait offrir au film, et ce quelque soit sa qualité.

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