THE LAST RUN
La partition de Jerry Goldsmith pour ‘The Last Run’ (Les complices de la dernière chance) avoisine les 26 minutes de musique dans le film. Le score de Goldsmith utilise une instrumentation éclectique typique de son style ‘seventies’, incluant un cymbalum hongrois (que le compositeur réutilisera de manière similaire dans ‘High Velocity’), un clavecin, un piano, une batterie, une basse, une guitare électrique très ’70s’ avec l’orchestre symphonique traditionnel (ici, le National Philharmonic Orchestra, l’orchestre fétiche du compositeur).
Le score est traversé de bout en bout par un très joli thème principal exposé dans le ‘Main Title’, thème qui se caractérise par son côté nostalgique évoquant le héros du film interprété par George C. Scott tout en lui conférant un côté ‘vieux héros solitaire’ (cf. ‘Last Run’). Le thème est exposé au cymbalum accompagné par le clavecin et soutenu par une petite rythmique de batterie/basse/guitare pop très ‘seventies’. Evidemment, la musique sonne assez ‘datée’ ici avec son refrain d’ambiance vieille ballade chanson de pop/variété des années 70. On ressent presque ici une certaine influence européenne, la musique évoquant par moment le style pop/orchestral du Ennio Morricone des ‘seventies’, bien qu’on pense aussi par moment à Francis Lai voire Michel Legrand. Le thème principal apporte donc un côté émouvant et nostalgique à l’ouverture du film et est très vite associé dans le film au personnage d’Harry Garmes.
Dans ‘Border Crossing’, Goldsmith évoque la traversée de la frontière sur fond de rythmique/guitare funky avec guitare électrique, clavecin et l’orchestre, mettant en avant une excellente écriture de cordes, vents et cuivres (à noter l’utilisation plus percussive ici des cuivres, accentuant la tension de la scène).
Avec ‘Spanish Coast’, Goldsmith évoque les côtes espagnoles que longe le héros dans le film avec un style hispanisant qu’il apprécie particulièrement et que l’on retrouvera plus tard dans des partitions telles que ‘Caboblanco’ ou ‘Breakout’. Le compositeur met ici l’accent sur les cordes et les vents (avec guitare basse et clavecin) afin d’illustrer de manière plus paisible les décors hispanisants du film. On comprend mieux alors la signification du thème principal lorsque ce dernier revient dans ‘Claudia Says Yes’ (scène où Harry demande à Claudia si elle veut partir vivre avec lui et qu’elle accepte, dans un premier temps).
Le thème, débarrassé ici de sa rythmique pop initiale, se transforme en un véritable ‘Love Theme’ intime, tendre et nostalgie, confié au clavecin avec guitare, cordes et vents. Evidemment, Goldsmith nous réserve aussi quelques bons morceaux d’action comme le sympathique ‘Rickard Escapes’. Le morceau se distingue par sa rythmique de batterie avec la petite formation instrumentale et l’orchestre dominé par les cuivres et les cordes, intensifiant l’action à l’écran sans jamais délaisser un certain aspect mélodique prédominant. ‘Double Cross’ illustre alors la scène où Paul échappe à un guet-apens grâce à l’intervention musclée d’Harry, Goldsmith maintenant ici la tension en alternant action et suspense avec une certaine habileté. On notera ici l’omniprésence des percussions avec cordes, vents, cuivres (à noter l'emploi de pizzicati de cordes, le tout enveloppé dans une certaine inventivité orchestrale typique du Goldsmith « seventies »).
Si l’on passe outre la ballade romantique très kitsch de ‘Yo Te Amo’ pour la scène d’amour entre Paul et Claudia vers le milieu du film, on pourra apprécier la reprise très intime de la mélodie principale dans ‘Claudia’s Stockings’ et surtout l’excitant ‘Trap’ pour la scène du guet-apens final où l’action culmine au son d’un nouveau morceau d’action dominé par les percussions (batterie pop, timbales, xylophones, etc.), les cuivres et les cordes (le morceau est clairement composé dans l’esprit de ‘Escape from Planet of The Apes’), agrémenté d’une ultime reprise du thème principal dans le ‘End Title’ qui conclut le film de manière sobre et émouvante. Pour finir, on notera la traditionnelle chanson finale inspirée du thème principal et interprétée ici par Steve Lawrence qui, manifestement, essaie d’imiter le style de Frank Sinatra.
Au final, bien qu’étant une partition mineure du maestro californien, ‘The Last Run’ n’en demeure pas moins un score agréable et soigné typique du style pop/orchestral du Jerry Goldsmith des années 70, et qui apporte une émotion parfaite au film de Richard Fleischer. Comme souvent hélas, on pourra simplement regretter ce recours trop souvent systématique à une musique ‘à la mode’ qui trahit manifestement l’époque à laquelle la musique a été composée et tend à faire vieillir plus vite la partition du compositeur. Voilà en tout cas un petit score sympathique à réserver aux inconditionnels du compositeur californien!











