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THE OTHER

Jerry Goldsmith avait déjà collaboré auparavant avec Robert Mulligan sur un de ses anciens films, le rarissime 'The Spiral Road' (1962). Pour 'The Other' (L’autre), Goldsmith s'est tourné vers son style lyrique/frissonnant habituel avec des orchestrations de qualité privilégiant les cordes, les vents, le clavecin et la harpe. Le film s'ouvre au son d'un très joli thème interprété par une flûte et une harpe, repris ensuite par des cordes amples.

Le thème principal de 'The Other' est une mélodie simple et nostalgique, dont le charme et la tendresse évoquent bien évidemment l'innocence du jeune Niles, une innocence apparente sur laquelle le compositeur va astucieusement jouer tout au long de son oeuvre pour le film de Mulligan. La combinaison flûte/harpe confère au thème un caractère fragile et doux qui évoque le jeune enfant. A noter que le thème (qui annonce par moment le style du futur thème de Carol-Ann pour 'Poltergeist') prend très vite une certaine importance dans le film, car en plus d'être constamment présent, il est sifflé par le petit Holland (qui le joue aussi parfois sur son harmonica), tel un refrain entêtant qui prend une signification plus négative, plus perverse dans la bouche de l'enfant machiavélique. Voilà la preuve que, plus que jamais, la musique de Goldsmith opère toujours de manière viscérale au plus profond de chaque film qu'il met en musique, du moins lorsqu'il trouve face à lui un réalisateur qui l'inspire et qui lui offre les moyens de s'exprimer pleinement.

Développé tout au long du film, le thème principal enfantin possède un caractère rassurant qui prend une tournure plus majestueuse dans l'excellente scène où Niles voit à travers les yeux d'un corbeau et s'envole dans les airs. Cordes et vents en avant, le morceau adopte une ampleur plus grandiose lorsque, au même moment, des clusters de piano particulièrement inquiétant interviennent de manière répétée par dessus le thème comme pour annoncer que quelque chose de grave est sur le point de se produire (idée renforcée par ces plans soudains sur la fourche cachée dans la paille).

D'abord restreinte et intimiste dans une première partie, la musique commence à devenir plus inquiétante, plus effrayante. La progression horrifique souhaitée par Mulligan dans son histoire est toute aussi lente et sinistre que la progression de la tension dans le score de Goldsmith. C'est après la séquence de la mort tragique du jeune Russell que la musique va commencer à prendre une tournure plus sombre, plus inquiétante. Goldsmith installe un climat plus envoûtant, avec cordes, vents et harpe. C'est d'ailleurs l'utilisation de la harpe qui attire ici notre attention, renforçant le caractère envoûtant et 'fantastique' de la musique dans le film.

Après un détour par une petite pièce asiatique et légère pour la scène avec le magicien dans le cirque, la musique devient plus amère, plus tendue. Le thème se fait moins présent, laissant place, à partir de la scène où la mère tombe dans les escaliers, à une sinistre musique de suspense glaciale. Dès lors, l'accent est mis sur le pupitre des cordes, aux effets dissonants, à la fois sombres et stridents. On retrouve ici le Goldsmith des grandes musiques de thriller pures et dures. Il est assez intéressant de constater à quel point le thème entêtant s'éclipse dans la dernière partie pour laisser place à ce maelström cafardeux et macabre.

Ainsi, la scène où Niles revoit en flash-back la mort de Holland qui tombe dans le puits est accompagnée de manière terrifiante avec d'impressionnants clusters de cordes stridentes jouant sur des effets de glissandi rapides et des masses dissonances crispantes. Ce bref effet orchestral chaotique a pour but d'affirmer le ton horrifique de cette dernière partie du film, car sans l'effet désiré de la musique, il y aurait fort à parier que l'on distinguerait plus difficilement le climat horrifique souhaité par le réalisateur. La tension monte ainsi jusqu'à la dernière partie pour la scène finale de l'incendie de la grange. Cette dernière est accompagnée par des cordes et des vents sombres renforcés par un effet sonore intéressant s'apparentant au frottement lointain d'un gong pour obtenir une sonorité métallique profonde assez saisissante à l'écran. Le film se conclut ainsi sur cette dernière touche de terreur, l'histoire basculant finalement dans l'horreur pure après avoir débutée de manière assez niaise et innocente, le puzzle étant enfin reconstitué.

Au final, sans être un grand chef-d'oeuvre de Jerry Goldsmith, 'The Other' confirme que même sur des projets plus modestes, le compositeur sait toujours donner le meilleur de lui-même et offrir une musique ancrée pleinement dans les profondeurs du film, qui habite véritablement l'histoire et dépasse le simple cadre fonctionnel de ce genre musical, comme toujours chez le maestro californien.

A noter qu'une suite de 22 minutes du score a été publiée à l'époque sur l'album de Varèse Sarabande contenant l'enregistrement de 'The Mephisto Walz' de Goldsmith. Plus récemment, le même label a enregistré des segments du score sur la fameuse compilation 6 CD de 'Jerry Goldsmith At 20th Century Fox'. 'The Other' reste une petite oeuvre envoûtante méconnue du compositeur, et qui mériterait amplement d'être redécouverte, ne serait-ce que pour son thème principal nostalgique et envoûtant qui hante toute la partition du film.

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