THE WIND AND THE LION
Jerry Goldsmith était le choix idéal pour le film d’aventure épique de John Milius. En 1975, le compositeur entamait alors un tournant dans sa carrière, ayant déjà composé quelques grands chefs-d'oeuvre tels que 'Freud', 'Planet of The Apes', 'Patton', 'Papillon', 'The Sand Pebbles', etc. Pour 'The Wind and The Lion', le maestro californien nous offre un grand moment de musique de film avec une grande partition symphonique épique et entraînante, teintée d'aventure, d'action, de noblesse et d'héroïsme, une musique toute à l'image du somptueux film d’aventure de John Milius!
La partition s'articule autour de deux grands thèmes, véritables piliers de l'ensemble du score. Le 'Main Title' annonce lors de la traditionnelle ouverture du film les deux grands thèmes de la musique. Le premier est un motif de 8 notes répétées autour d'un intervalle de quintes, une sorte de motif guerrier confié à une large section de cuivres : cors/trombones/trompettes. Le motif guerrier est associé à Raisuli (Sean Connery) et sa troupe de guerriers berbères (il annonce déjà le futur thème des Klingons dans 'Star Trek'). Dominé par des percussions diverses qui ouvrent la pièce avec puissance, l'ouverture prend une tournure plus épique avec l'arrivée du deuxième thème, mélodie plus ample, noble et majestueuse associée à Raisuli et à sa romance impossible avec Mrs. Pedecaris (Candice Bergen). Les cordes et les trompettes donnent une tournure plus noble et puissante à ce qui reste l'un des plus grands thèmes du Jerry Goldsmith des années 70. Avec cet excellent 'Main Title' qui nous renvoie aux ouvertures grandioses des grandes fresques épiques hollywoodiennes de Newman, Korngold, Steiner ou Rozsa, on est clairement en droit de s'attendre à quelque chose de fort et puissant par la suite, et le score tient pleinement ses promesses!
Avec 'I Remember (Love Theme)', Goldsmith nous dévoile un nouveau thème plus lyrique, qui se partage entre des cordes amples, quelques parties de violoncelle et une trompette majestueuse (sans aucun doute l'un des plus beaux 'Love Theme' que le compositeur ait écrit au cours des années 70!). Dans 'I Remember', la musique de Goldsmith nous renvoie à la beauté des paysages désertiques et à la noblesse du personnage de Raisuli. Etrangement, le 'Love Theme' n'est pas vraiment un thème d'amour, puisque, en dehors d'un seul plan vers la fin, il n'est nullement question d'amour dans le film entre El Raisuli et Mrs. Pedecaris. 'I Remember' décrit plutôt les valeurs et la grandeur d’âme du personnage de Sean Connery qui devient une sorte de modèle paternel pour les enfants de Mrs. Pedecaris.
Après cette petite pause lyrique, 'The Horsemen' nous permet de rentrer dans le vif du sujet, avec un premier morceau d'action dans lequel Goldsmith développe un premier déchaînement orchestral de qualité. C'est le soin apporté au pupitre des percussions qui attirera plus particulièrement ici notre attention. On retrouve, tout au long du film, des instruments à percussion tels que timbales, bongos, tambours, cymbales, triangles, tambourins, etc. Dans 'The Horsemen', qui s'ouvre au son du thème guerrier aux trompettes, le maestro décrit avec fureur l'attaque des cavaliers de Raisuli au début du film, avec une grande fureur orchestrale tout à fait caractéristique de la partition de 'The Wind and The Lion'.
On relèvera ici l'importance accordée aux cuivres, avec un excellent contrepoint entre les cordes et les vents (flûtes et piccolos principalement) - à noter que c'est le regretté Arthur Morton qui signe une fois de plus les orchestrations de la musique de Jerry Goldsmith. Vous l'aurez compris, l'atout majeur de la partition de 'The Wind and The Lion' réside bel et bien dans ses orchestrations étoffées et très complexes, dans la lignée des grandes partitions orchestrales du Goldsmith des années 70.
L'atmosphère se veut plus contemplative dans 'True Feelings' (très belle reprise du thème romantique par la flûte avec une harpe et quelques cordes) tandis que 'The Raisuli' évoque le personnage de Sean Connery avec quelques sonorités arabisantes et un excellent contrepoint de cordes, vents et cuivres, sur des rythmes qui annoncent très clairement les futures partitions de 'The Mummy' et 'The 13th Warrior'. Goldsmith évoque la grandeur et la noblesse d'âme de Raisuli à travers ces pièces aux rythmes et aux orchestrations complexes.
Mais c'est avec le superbe 'Raisuli Attacks' que la partition de ‘The Wind and the Lion’ atteint un sommet, 'Raisuli Attacks' étant devenu au fil des années l'un des morceaux d’action emblématiques de Jerry Goldsmith, un classique de la musique d'action du compositeur, au même titre que le récent et anthologique 'Fire Dragon' de 'The 13th Warrior' ou que ‘The Hijacking’ de ‘Air Force One’ (à noter que ‘Raisuli Attacks’ est d’ailleurs souvent cité comme l’un des morceaux préférés de la plupart des fans de Jerry Goldsmith). Le thème guerrier est énoncé aux cors puis aux trompettes, avant de se lancer dans une sorte de bacchanale frénétique et enragée.
Avec cette première introduction guerrière, Goldsmith accompagne avec fureur l'excellente séquence où Raisuli sauve Mrs. Pedecaris des griffes des pilleurs nomades lors d'un affrontement parfaitement mémorable (on sent déjà ici le brio des scènes de combat de 'Conan The Barbarian', autre grand classique de John Milius). Le rythme s'emballe et s’élance au son de traits de cordes frénétiques, typique des rythmiques syncopées du compositeur, héritées du langage musical de Stravinsky et de Bartok - mais aussi de la musique marocaine, puisque, pour l'occasion, le compositeur s'est intéressé au rythme si particulier et codifié de cette musique et nous en propose quelques aperçus dans cette brillante partition symphonique. 'Raisuli Attacks' est aussi particulièrement réputé pour ses fameux traits de trompettes d'une virtuosité épatante (il faut applaudir ici l'interprétation remarquable des musiciens de l’orchestre!), privilégiant des contours mélodiques aux sonorités orientales, le tout enveloppée dans une véritable furie orchestrale complètement maîtrisée.
Féroce, brutal, guerrier, épique, majestueux, tel sembleraient être les mots qui serviraient à décrire ce grand moment de musique de film que représente l’inoubliable grand morceau de bravoure qu’est 'Raisuli Attacks'. Comme à son habitude, Goldsmith possède un réel talent pour développer ses thèmes, et c'est ce qu'il nous propose à la fin de ce morceau anthologique en juxtaposant le thème majestueux de Raisuli (qui possède ici un côté quasi chevaleresque, énoncé aux cors sur fond de rythmique frénétique de tambourins) et le magnifique 'Love Theme' transcendé par des cordes amples et quelques bois chaleureux. A noter que le motif guerrier de quintes revient une dernière fois pour conclure cette superbe séquence de combat sur une touche épique et musclée, annonciatrice des futures grandes partitions d'action de Jerry Goldsmith dans les années 80 et 90.
'Lord of The Riff' développe le thème de Raisuli et du motif guerrier (sur une rythmique de marche guerrière) entrecoupé d'une jolie reprise du 'Love Theme' par une flûte fragile et douce à la fois, et avec 'The Tent', Goldsmith teinte sa musique de sonorités marocaines - évoquant l'univers arabisant du film - et c'est dans 'The Palace' (évocation du palais du Pacha) que l'on retrouve un nouveau rythme de marche brutal et entêtant, lors d'une excellente reprise du thème de Raisuli dans une variante pompeuse et belliqueuse.
Après un 'The Legend' plus mystérieux, 'Morning Camp' s'ouvre de manière fort étrange avec un nouveau rappel du thème guerrier par un piccolo soutenu par une percussion métallique dont la sonorité fait penser à un mix entre un triangle et le son d'un tube métallique. Les bongos entament alors un petit rythme sur fond de guitare et de hautbois arabisants, précédant une nouvelle variation du thème de Raisuli pour une séquence avec le noble 'héros' berbère. A noter qu'il s'agit ici de l'un des meilleurs passages ethniques du score de 'The Wind and The Lion'.
Après un 'The Letter' plus serein (qui développe le thème guerrier sous une forme plus lente et nuancée), 'Something of Value' conclut la partition avec brio, reprenant les rythmes et la férocité de 'Raisuli Attacks' pour la confrontation finale contre les soldats allemands, à la fin du film. On retrouve cette écriture syncopée des cuivres et des cordes sur fond de percussions endiablées pour une ultime séquence de bataille frénétique et brutale à souhait. Il s'agit ici d'un brillant récapitulatif des principales idées de la partition de Jerry Goldsmith, allant ici des percussions ethniques/tribales avec rythmes complexes et cuivres enragés, jusqu'aux reprises du thème guerrier, du thème majestueux/épique de Raisuli et du magnifique 'Love Theme' pour Raisuli et Pedecaris.
Certes, 'The Wind and The Lion' ne fait pas dans la dentelle. Il s'agit ici d'un score d'action/aventure épique à souhait, dans la plus pure tradition du genre. Jerry Goldsmith nous prouve une fois encore qu'il est décidément un grand maître de la musique de film américaine et nous propose avec 'The Wind and The Lion' un véritable classique qui rivalise sans problème avec les grandes musiques du 'Golden Age' hollywoodien. Un souffle épique traverse la partition de bout en bout avec ces rythmes complexes et ces orchestrations riches et étoffées, le pupitre des percussions étant exploité ici de manière intense et fort inventive.
Maître de son langage musical, Jerry Goldsmith démontre une fois encore toute l’étendue de son talent, l'écriture orchestrale de ses passages d'action frôlant par moment la perfection ('Raisuli Attacks' est véritablement inoubliable, immortalisé à tout jamais dans l'univers des grandes musiques de film hollywoodiennes). Avec des thèmes forts et de très grandes qualités d'écriture, 'The Wind and The Lion' est un véritable petit bijou de la musique de film, qui accompagne le film de John Milius de manière puissante et soutenue, un véritable complément émotionnel majeur à cette grande fresque épique et politique de John Milius. En bref, un petit chef-d'oeuvre de Jerry Goldsmith à connaître absolument!











