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Twilight’s Last Gleaming

Après le départ du compositeur Frank De Vol (qui avait déjà composé le score de 'Flight of The Phoenix' de Robert Aldrich et qui a aussi écrit beaucoup de musiques pour ses films), qui du se retirer de la production après être tombé malade, c'est finalement Jerry Goldsmith qui a remplacé le compositeur à la dernière minute sur 'Twilight's Last Gleaming' (L’ultimatum des trois mercenaires). Goldsmith a finalement du écrire la musique du film d’Aldrich dans l'urgence (on se souvient qu'il avait déjà affronté le même genre de situation sur le 'Chinatown' de Roman Polanski en 1974) et à l’écoute du résultat final, on ne peut qu'applaudir une fois encore le compositeur qui s'en tire ici de manière fort honorable. Le score de 'Twilight's Last Gleaming' est une partition très sombre partagée entre du suspense glauque et des passages d'action typique du compositeur. L'aspect thématique n'est pas l’élément dominant ici. On pourra néanmoins relever la présence d’un motif ascendant entendu dès le début du score (dans 'Silo 3/The Takeover') ou un thème plus solennel entendu entre autre dans 'The Final Betrayal'. 'Silo 3/The Takeover' nous plonge rapidement dans l'action pour la prise de contrôle du centre de lancement des missiles par les quatre mercenaires terroristes renégats.

Avec des cordes tendues, des trompettes militaires dans l'esprit de 'Patton' (une influence indéniable ici) et des percussions martiales pour l’aspect militaire du film, Goldsmith nous plonge dans l'action dès le début du film au son d'un motif ascendant que l'on pourra même retrouver 20 ans plus tard dans des scores tels que 'Air Force One' ou 'Executive Decision' (le début de 'Silo 3/The Takeover' fait étrangement penser à certains passages d'action de 'The Parachutes' du score de 'Air Force One'). On sent clairement ici le style action que le compositeur développera et amplifiera par la suite dans les années 80, avec les orchestrations habituelles d'Arthur Morton - rappelons le fait que nous sommes à ce moment là en 1977 et que Goldsmith ne nous a pas encore livré certains de ses classiques de l'action que sont 'Rambo II', ‘Air Force One’ ou 'Total Recall'. A noter que le morceau débute avec des sonorités étranges de percussions menaçantes tandis que les quatre mercenaires viennent de s'introduire dans le camp militaire. Ces sonorités de tambour nous laissent prévoir tout le côté sombre et grave de ce qui va arriver et apporte d'emblée une touche de noirceur importante au score de Goldsmith. Dans 'General MacKenzie Arrives', le compositeur évoque le début des opérations visant à tenter de négocier avec les terroristes. C'est là que rentre en scène le général MacKenzie (Richard Widmark) qui doit quitter subitement l'église en pleine messe alors qu'il reçoit un message urgent l'avertissant que quelque chose de grave vient de se produire. Goldsmith installe déjà ici un climat martial mâtiné d'un fort sentiment d'urgence, le tout véhiculé par une importante section de cuivres et l'inévitable attirail de percussions militaires.

C'est le début de l'opération Gold visant alors à envoyer des tanks pour servir de diversion et permettre à un petit commando de s'introduire discrètement dans la base et tenter de neutraliser les terroristes. 'Operation Gold Begins/Watchin & Waiting' résume donc parfaitement l'action avec des trompettes martiales à la 'Patton' et un pupitre de cordes toujours superbement écrit, le tout soutenu par un important pupitre de percussion oscillant entre caisse claire et timbales. L’écriture entre les cordes et les cuivres est ici très réussie, comme d'habitude, Goldsmith instaurant une certaine intensité dans cette scène où les tanks s'avancent vers la base et ce malgré les menaces de plus en plus sérieuses de Dell, à deux doigts de lancer les missiles. La tension devient donc de plus en plus oppressante ici, et elle ne cessera d’aller crescendo tout au long du film pour rappeler l’idée de l’ultimatum, du compte à rebours inexorable. Dans 'He Has Launch Control/Special Forces Arrive', l'ambiance se fait encore plus lourde et pesante avec des timbales lentes et menaçantes et des cuivres très sombres lorsque le général MacKenzie apprend que Dell et ses deux acolytes ont pris le contrôle total du centre de lancement des missiles. Goldsmith rend l'ambiance de plus en plus sombre et pesante et contribue grandement à augmenter l'atmosphère de tension et de suspense qui est omniprésent tout au long du film. Dans 'The Tanks' et 'Gold Team Enters Silo 3' (très proche du style de 'Air Force One', surtout au niveau de l'écriture des cuivres), on retrouve l'ambiance d’action martiale de 'Operation Gold', Goldsmith continuant de faire monter la tension dans la scène des tanks avec un rythme toujours très posé et typique de ses musiques d'action (on se rapproche de plus en plus ici du style de scores années 80 tels que 'Rambo: First Blood Part II'), 'Gold Team Enters Silo 3' illustrant alors la scène où les soldats pénètrent discrètement dans la base. A noter aussi un 'Nuclear Nightmare' particulièrement tendu, bâtie sur un grand crescendo de tension durant la scène où Dell lance le missile, le Président ne sachant alors pas quelle décision prendre.

'Twilight's Last Gleaming', c'est aussi des superbes passages de suspense souvent fort captivants comme c'est le cas par exemple du très sinistre 'The Bubble' durant la séquence où Dell et Willis désamorcent le piège avec le gaz vert. Goldsmith utilise ici des cordes dissonantes dans l'esprit des compositions atonales d'un Ligeti ou d'un Penderecki des années 60 ('The Bubble' rappelle par moment le style de 'De Natura Sonoris' ou 'Fluorescence' de Penderecki), créant un climat sinistre avec une série de sonorités agencées de façon fort inventives dans un morceau atonal glauque et oppressant à souhait. Goldsmith rend cette scène particulièrement intense avec cette musique extrêmement tendue et inquiétante. 'Down The Elevator Shaft/The Gold Bomb' renforce quand à lui tout le suspense de la scène où le commando de l'opération Gold s'est introduit dans la base et descend maintenant en rappel dans la cage d'ascenseur pour aller poser une bombe près de la salle de contrôle du centre où se cachent les trois terroristes. Goldsmith se montre ici aussi particulièrement inventif dans l'utilisation de ses sonorités avec des effets de cordes divers, des effets de flatterzunge des flûtes, des sonorités menaçantes, quelques percussions et même l'utilisation d'un piano thriller dans certains passages à suspense qui annoncent déjà clairement le style thriller du Jerry Goldsmith des années 90 ('The River Wild', 'L.A. Confidential'). Le thème plus solennel utilisé dans 'The Final Betrayal' n'apporte pas grand chose au film et semble parfois surgir de manière un peu importune, pourtant, ce petit thème est bien là pour apporter un peu d'espoir (ou de faux espoir?) entre deux passages de suspense oppressant. Il évoque aussi vers la fin du film le courage du Président qui part se sacrifier pour sauver la cause du pays. Finalement, l'histoire se conclut avec le sombre 'After You, Mr.President/Heading For Home/The President Falls' qui termine le film d'une manière sombre et tragique.

'Twilight's Last Gleaming' n'est certainement pas la meilleure composition du Jerry Goldsmith des années 70 mais demeure malgré tout un bien bel effort de la part d'un compositeur qui nous prouvait déjà en 1977 qu'il était particulièrement à l'aise dans le registre de l'action/suspense. ‘Twilight’s Last Gleaming’ fait partie de cette catégorie de partition qui servira de modèle pour les futurs grands scores d'action du compositeur, dans les années 80 et surtout vers la fin des années 90. La musique apporte son lot de suspense et de tension au film de Robert Aldrich et participe activement à la terrifiante sensation de compte à rebours mortel vers un risque de troisième guerre mondiale que véhicule le film tout le long. Score méconnu du compositeur, 'Twilight's Last Gleaming' est une partition thriller solide et haletante qui reste tout de même assez anecdotique parmi les chef-d'oeuvres du Goldsmith des années 70. Néanmoins, ce petit score méconnu mériterait amplement d'être redécouvert, ne serait ce que pour la puissance et la noirceur qu'il dégage dans le film.

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