High Velocity
On a parfois du mal à comprendre comment Jerry Goldsmith choisi ses projets. 'High Velocity' (Haute tension) est encore un de ces navets qui ne rend absolument pas hommage à l'immense talent du compositeur californien. Néanmoins, en tant que grand professionnel de la musique de film, Goldsmith a écrit un score très satisfaisant pour un film qui ne l'est pas vraiment. Le score de 'High Velocity' s'inscrit dans la lignée de 'Breakout' (1975), une partition d'action aux accents hispaniques avec des orchestrations tout à fait similaires. A noter que la musique a été en réalité composée en 1974, le film n’étant finalement sorti que quatre ans plus tard, en 1977. Le maestro californien utilise donc toutes les ressources de l'orchestre en mettant en avant quelques sonorités tropicales couleur locale: guitare hispanique, trompette style 'mariachi', marimba, petites percussions exotiques, etc. on retrouve l'inventivité orchestrale typique du Goldsmith des années 70. 'Welcome To The Philippines' introduit le ton exotique du score avec quelques solos de guitare qui ne sont pas sans rappeler 'Breakout' ou le futur score qu'écrira Goldsmith pour 'Under Fire' en 1983 (l’histoire de ‘High Velocity’ se déroule aux Philippines). C'est avec la séquence du sniper au début du film que le score nous fait rentrer dans le côté plus sombre et suspense de la composition de Goldsmith. Le compositeur fait monter la tension durant toute cette première séquence en utilisant différentes sonorités orchestrales comme les trompettes en sourdine, le piano ‘thriller’, les timbales, les petites percussions exotiques, la guitare, le cymbalum hongrois (l’un des principaux instruments solistes du score de ‘High Velocity’), etc. c'est aussi le moment où apparaît le thème principal du score, une mélodie plutôt mystérieuse et mélancolique qui possède un côté très hispanisant d’esprit, surtout lorsqu'il est joué par le cymbalum, les trompettes ou plus tard les cordes. Goldsmith nous propose pour ce début une série de variations intéressantes autour de ce thème principal. Il nous introduit aussi au côté plus action de sa partition avec quelques rythmes parfaitement véhiculés à travers les différents instruments du score.
'Night Flight' est le deuxième gros morceau d'action du score intervenant durant la séquence où Baumgartner (Ben Gazzara) et Watson (Paul Winfield) sont poursuivi par des guérilleros après avoir tenté de pénétrer dans leur Q.G. en pleine nuit. On retrouve ici les sonorités hispaniques avec des trompettes 'mariachi' très énergiques qui rappellent par moment les anciennes partitions western du compositeur (style 'Bandolero!', ‘100 Rifles’ ou 'Rio Lobo'), un très bon morceau d'action qui nous prouve une fois encore à quel point le compositeur fait constamment preuve d’un véritable souci de professionnalisme et d’inventivité, même sur des films qui n’en valent pas vraiment la peine. 'The Mafia Marines' développe lui aussi le côté hispanique de la partition avec une belle reprise du thème principal à la flûte, accompagné par quelques cordes et cuivres et des arpèges de guitare sur des rythmes de castagnettes. La première partie du film se distingue ainsi par ce ton à la fois paisible et hispanique, Jerry Goldsmith n'oubliant pas de ménager la tension dans les moments les plus sombres du film. En revanche, c'est à partir de la séquence sur l'île des guérilleros que la musique prend une tournure nettement plus sombre et moins mélodique. Le thème principal se fait plutôt discret pour laisser la place à une atmosphère de suspense plus glauque.
Goldsmith développe alors une atmosphère d'espionnage plus inquiétante à l'aide de sonorités furtives qui créent une certaine tension à l'écran: le compositeur nous montre que les deux héros sont près du but et qu'ils ne peuvent désormais plus reculer. On trouve ici une excellente écriture plus atonale et avant-gardiste dans le style qui rappelle par moment 'Planet of The Apes' ou ‘The Illustrated Man’. Quelques percussions, le piano, les flûtes, le marimba, le cymbalum, la guitare et les autres instruments participent à cette ambiance de suspense où le silence semble considérablement alourdir la tension qui se dégage de ces morceaux. On notera l'utilisation d'un motif de 8 notes que l'on pourrait considérer comme le thème du suspense, un motif assez peu développé (Goldsmith n'a pas composé beaucoup de score pour ce film, seulement 40 minutes ce qui est assez peu sur les 100 minutes du film) mais que le compositeur reprendra beaucoup plus tard dans son score pour 'Basic Instinct' (1992). La tension ne cesse de monter jusqu'à la séquence de l'attaque finale qui débouche sur un passage particulièrement sombre où Baumgartner devra mettre fin aux souffrances de son compagnon. Cette pièce se caractérise par son écriture de cordes particulièrement dissonante et extrêmement torturée, la partition trouvant alors sa conclusion par le biais d'une dernière reprise du thème principal aux cordes pour le générique de fin (très bref).
'High Velocity' est au final un score d'action/suspense typique du Goldsmith des années 70, teinté de nombreuses touches hispaniques dans la lignée de 'Breakout' ou de certaines partitions westerns de Goldsmith. Sans posséder le génie de certaines musiques du Goldsmith de l’époque, le score de ‘High Velocity’ n'en demeure pas moins de très bonne facture, preuve incontestable que le maestro sait trouver l'inspiration même sur les pires films qu’il met en musique. La récente réédition chez Prometheus Records nous permet enfin de redécouvrir cette petite partition totalement méconnue et tombée dans l'oubli en même temps que le film de Remi Kramer. Un score sympa et sans prétention, à redécouvrir!











