The Wind and the Lion - le chef-d'oeuvre du maestro enfin dans son intégralité !

Réclamée depuis de nombreuses années, cette réédition de ‘The Wind & The Lion’ nous présente enfin le chef-d’œuvre de Jerry Goldsmith dans une édition intégrale, avec un son entièrement remasterisé à partir de l’enregistrement original en studio réalisé en 1975. A l’origine, Intrada édita le score en format CD en 1989, après une première version LP sorti en chez Arista Records à l’époque du film. La sélection musicale de 38 minutes permettait d’offrir une synthèse courte mais néanmoins suffisamment évocatrice de l’immensité de l’œuvre symphonique composée par Jerry Goldsmith pour la fresque épique et historique de John Milius, avec Sean Connery et Candice Bergen dans les rôles principaux. Seule ombre au tableau : le son n’était pas de très grande qualité et il manquait plus de la moitié de la musique écrite par le maestro.

Récemment, Douglass Fake fut contacté par Lukas Kendall de chez Film Score Monthly pour mettre au point ensemble une nouvelle édition de ‘The Wind & The Lion’, à partir de masters stéréo récemment découvert dans les archives de la Warner Bros. Le master présentait non seulement la partition de Goldsmith dans son intégralité, mais aussi toutes les pièces de ‘source music’ et les morceaux percussifs écrits en amont du film. A cela s’ajoute quelques différences d’interprétation par rapport au LP d’origine, et qui permettent enfin aujourd’hui d’apprécier pleinement le chef-d’œuvre de Goldsmith dans sa version originale et complète.

On retrouve donc sur ce double album toute l’émotion et la puissance épique de cette puissante partition symphonique aux envolées guerrières inoubliables. Le thème principal du ‘Main Title’ et son appel de cuivres guerrier résonne de façon toujours aussi puissante, sans oublier l’immortelle mélodie de ‘El Raisuli’, thème ample et majestueux associé au personnage de Sean Connery dans le film. Evidemment, on retrouve aussi les grands morceaux d’action anthologiques tels que l’inoubliable ‘Raisuli Attack’, sans aucun doute l’un des sommets de la musique d’action du Jerry Goldsmith des années 70, avec ses trompettes extrêmement virtuoses et son très impressionnant pupitre de percussions, passage qui sera repris dans le non moins anthologique ‘A Bid of Freedom - Something of Value’ (saluons au passage la très spectaculaire interprétation du Graunke Symphony Orchestra !), sans oublier l’apport indispensable dans le reste de la partition des instruments ‘orientaux’ tels que le bouzouki, la mandoline et même un clavecin.

Cette nouvelle édition nous permet de découvrir des morceaux importants qui manquaient autrefois à l’appel, des pièces telles que ‘Mr. President’, ‘The Riff/The Well’ avec ses sonorités orientales et son utilisation très intéressante d’une machine à vent (Goldsmith réemploiera cet instrument dans des scores tels que ‘Star Trek The Motion Picture’ et ‘Alien’), ‘Mercy’ avec ses développements thématiques puissants, ou bien encore le sombre ‘The Blue People’ ou ‘Seat of the Sultan’ avec ses mélodies orientales qui rappellent beaucoup certaines partitions péplum du Golden Age des années 50/60 (auquel la partition de Jerry Goldsmith semble rendre un hommage vibrant). Le Love Theme résonne de façon ample et poignante dans le magnifique ‘Times Remembered’, très belle pièce que l’on aurait là aussi aimé entendre sur la première édition de 1989 (qui contenait néanmoins la très belle version au lyrisme flamboyant de ‘I Remember - Love Theme from The Wind & The Lion’, sans aucun doute l’un des plus beaux thèmes romantiques écrit par Jerry Goldsmith dans sa filmographie des années 70). A noter la présence d’un morceau partiellement rejeté dans le film, ‘Demands’, qui se concentre essentiellement sur un très intéressant travail de percussions soutenu par des clusters de flûtes/piccolos stridents.

Le deuxième CD nous présente l’enregistrement d’origine du LP de 1989 avec, en guise de bonus, l’intégralité de la source music enregistrée pour les besoins du film et arrangée par Alexander Courage. Au final, cette nouvelle édition complète de ‘The Wind & The Lion’ s’avère être un album indispensable pour tout fan de Jerry Goldsmith et pour tout ceux qui souhaiteraient redécouvrir le chef-d’œuvre du maestro dans son intégralité, plus épique, complexe et grandiose que jamais. Incontournable donc !

The Satan Bug

Partition sérielle avant-gardiste redoutable du maestro Jerry Goldsmith, enfin en CD !!!

‘The Satan Bug’ fait assurément partie des partitions avant-gardistes/expérimentales les plus réussies de la filmographie « sixties » de Jerry Goldsmith. Composée en 1965 pour le thriller de science-fiction de John Sturges mettant en scène George Maharis, Richard Basehart, Anne Francis et Dana Andrews face à la menace d’un virus expérimental qui menace de contaminer le pays entier, la musique de Goldsmith est un pur modèle d’expérimentation et de recherche musicale. Tombée dans l’oubli en même temps que le film de John Sturges (qui a été un échec au box-office dès sa sortie en salle en 1965), la partition atonale sombre de ‘The Satan Bug’ demeure pourtant une œuvre recherchée et passionnante, qui allie toutes les expérimentations musicales que mène le jeune Jerry Goldsmith à cette époque depuis ses partitions avant-gardistes pour certains segments de la série ‘Twilight Zone’ ou pour le film ‘Freud’ (1962). On retrouve dans ‘The Satan Bug’ des éléments musicaux hérités plus particulièrement de ‘Freud’, avec une utilisation assez similaire d’éléments sériels (série de 12 sons) et une orchestration très riche, incluant en plus d’un pupitre de cordes utilisant uniquement violoncelles et contrebasses (pas de violons ni d’altos ici) une pléiade de percussions en tout genre (vibraphone, piano, cymbales, tambours, cloches, woodblocks, xylophone, marimba, timbales, temple blocks, percussions sud américaines incluant guiro, vibraslap, etc.), sans oublier l’apport indispensable ici des synthétiseurs (le Hammond Solovox et le Novachord), ‘The Satan Bug’ permettant à Goldsmith d’approfondir la partie électronique qu’il avait déjà mis en place de façon plus timide dans ‘Freud’.

Les cuivres du ‘Main Title’ annoncent dès les premières secondes la série de 12 sons par-dessus laquelle va se greffer par la suite une mélodie syncopée de xylophones qui n’est pas sans rappeler Bartok, le tout sur fond d’accompagnement percussif très inventif. Les synthétiseurs apparaissent progressivement et se fondent à merveille à l’orchestre, rappelant à quel point Jerry Goldsmith a toujours été très attiré par l’électronique, et ce dès ses débuts. La seconde partie du ‘Main Title’ dévoile un motif secondaire souvent confié à des bois et qui se caractérise par ses notes accélérées et descendantes assez typiques du maestro, synonymes ici de menace et de danger. Dès lors, le maestro met en place les principaux éléments musicaux de ‘The Satan Bug’ et développe chacun de ces éléments dès les morceaux suivants. On retrouve ainsi ce climat sombre et obscur du ‘Main Title’ dans ‘Tired Doctor’ avec ses sonorités électroniques étranges et son instrumentation feutrée (flûte, cuivres avec sourdine, etc.). ‘The Bottle Snatcher’ met en place un motif électronique menaçant de 5 notes par-dessus lequel Goldsmith va nous proposer toute une série de développements rythmiques extrêmement astucieux et maîtrisés, ménageant la tension et le suspense avec brio.

Le motif du danger revient dans ‘The Deal’ avec une instrumentation plus boisée, Goldsmith développant par la suite ce motif de façon plus intense avec le motif menaçant de 5 notes toujours confiée aux synthétiseurs et développé par des percussions dans ‘The Telegram/The Killers at Home’, où le suspense reste omniprésent, tout comme dans ‘His Master’s Voice/The Phone Call’ dans lequel le motif de 5 notes, répété inlassablement par les synthétiseurs par-dessus une mélodie sombre de clarinette basse, semble carrément tourner ici à l’obsession. ‘The Box’ dévoile quand à lui une utilisation plus inventive des percussions et suggère le danger de façon plus intense. L’action explose enfin dans ‘The Getaway’, tour de force orchestral de plus de 6 minutes particulièrement intense et frénétique, qui annonce clairement le style moderne des scores d’action du Goldsmith des années 80/90, avec ses rythmes syncopés déchaînés, ses percussions entêtantes et ses développements thématiques obsédants (à noter ici la façon dont le motif descendant et le motif de 5 notes se croisent tout au long du morceau). On retrouve clairement ici l’influence de Stravinsky avec une écriture rythmique syncopée clairement héritée du ‘Sacre du Printemps’, tandis que la série de 12 sons du ‘Main Title’ revient afin de renforcer la tension de l’un des morceaux incontournables de la partition de ‘The Satan Bug’.

‘Instant Death’ prolonge ce climat d’action frénétique avec un nouveau morceau agressif et dissonant aux rythmes complexes (à noter la qualité de l’écriture contrapuntique de Goldsmith et la façon dont il joue avec ses différents instruments afin de créer des textures sonores sombres et inquiétantes), ambiance développée dans les brutaux ‘The Hitchhiker’, ‘End of the Line’ et ‘Road Block’, morceau d’action d’une modernité étonnante, qui annonce par moment le style du futur ‘Total Recall’ (1990). L’aventure touche à sa fin dans ‘The Hidden Bottle/Bail Out/End Title’, où Goldsmith reprend une dernière fois les principaux motifs de sa partition (incluant la série de 12 sons) pour une coda sombre, rythmée et dissonante.

Saluons pour finir l’excellente initiative du label FSM de Lukas Kendall qui nous propose aujourd’hui une édition CD de ce score très rare et méconnu de Jerry Goldsmith. Hélas, seul 40% du score a été retrouvé dans un master de qualité, le reste ayant été perdu. La portion restante du score de ‘The Satan Bug’ (principalement les morceaux d’action) a été retrouvée sur une copie avec FX enregistrée à l’époque pour une piste isolée de la sortie Laserdisc du film de John Sturges en 1996. Le CD de ‘The Satan Bug’ alterne ainsi entre les pistes du master et celles du Laserdisc avec quelques FX. Néanmoins, Kendall et toute son équipe se sont arrangés pour nous proposer une qualité d’écoute somme toute très confortable pour une édition de ce genre, rendant cet album totalement indispensable pour tous les fans du maestro et ceux qui désirent découvrir cette œuvre sérielle et atonale d’une très grande richesse.

Rappel d'édition : The Burbs complete score

The Burbs : Édition de Luxe Varese Sarabande

Redécouvrez enfin l'un des scores les plus inspirés de la collaboration Jerry Goldsmith/Joe Dante. L'éditeur, qui fut en 1989 à l'origine de la première édition avec son Varese Club, nous permet enfin de redécouvrir toute la "magie" de cette partition délirante pour un film qui ne l'est pas moins. Voilà donc un album totalement indispensable, qui rappellera à tous à quel point la collaboration symbiotique entre Goldsmith et Dante fut véritablement explosive et créative à souhait! Merci, Varèse Sarabande...

Un nouveau souffle à la musique du film "ALIEN"

NOUVEAUTÉ CD

Douglass Fake et son équipe offrent une nouvelle dimension au chef-d'œuvre de Jerry Goldsmith.

Dans l'espace, vous n'entendrez que la musique de Jerry Goldsmith...

Pour créer la partition du film de Ridley Scott, le maestro californien a fait appel à son orchestre favori, le National Philharmonic Orchestra placé sous la direction de Lionel Newman. Habitué aux partitions virtuoses du compositeur, l’orchestre nous livre ici une performance incroyable dans un score avant-gardiste épousant les contours de la musique savante du 20ème siècle, celle des bruitistes de « l’école » de Ligeti et Penderecki, celle des rythmes saccadés et des collages harmoniques de Stravinsky et Bartok voire même d’une touche d’impressionnisme français à la Debussy, bref, autant d’influences que l’on ressent à l’écoute de cette partition monumentale. Le score s’articule autour de deux axes majeurs : d’une part l’évocation d’un vide spatial quasi romantique, à travers un thème principal majestueux au contour mélodique ample et robuste, qui ferait presque penser par moment à une autre partition monumentale de Jerry Goldsmith écrite à la même époque, un certain ‘Star Trek The Motion Picture’ (autre film de science-fiction, nettement moins sombre), puis un second axe nettement plus sombre et froid, chargé de sentiments aussi divers que l’angoisse, la terreur, le doute, l’isolement, la claustrophobie, l’égarement, des passagers pris dans un piège infernal dont ils ne peuvent échapper.

Pour en lire plus...

Retrospective score JG0001

FOR WOMEN...





En 1987, la musique de « RAMBO II » marque un tournant décisif dans la carrière du compositeur Jerry Goldsmith. Avec cette partition, le maestro apporte un véritable renouveau dans son style et crée des effets musicaux qui marqueront bon nombre de partitions. De cela découlera toute une série de scores qui feront de Jerry Goldsmith le compositeur par excellence pour les musiques de film d’action. Les années 90 seront également très importantes dans la vie du Maestro. Le film « TOTAL RECALL » constituera une deuxième étape importante dans la carrière du compositeur. Jerry Goldsmith avouera avoir écrit pour cette partition un nombre incalculable de notes. Ce fut pour lui l’un des plus grands travaux jamais réalisé pour un film. Il confira également s’être surpassé et impressionné lui-même en écrivant ce score. Après cela, Jerry Goldsmith décidera de tourner la page des films d’action afin de se tourner vers des films plus humains et plus intimistes. Divers projets se présentèrent au compositeur mais hélas, la plupart étaient des films d’action.

Jerry Goldsmith patienta ainsi jusqu’au jour où quelqu’un lui présenta le script de « THE RUSSIA HOUSE ». Le film lui offrit ainsi l’opportunité d’écrire un score très romantique sur fond de jazz, travaillant en étroite collaboration avec le soliste de renom Branford Marsalis au saxophone alto.

Très sensibilisé par son retour aux partitions lyriques, Jerry Goldsmith marquera donc l’année 1990 avec la somptueuse partition pour « THE RUSSIA HOUSE », et réussira même à détrôner « ISLAND IN THE STREAM » qui était restée pendant longtemps sa partition favorite. Continuant sur sa lancée, le maestro multipliera les choix plus « humains » et intimes dans ses projets, et enchaînera rapidement avec l’adaptation du roman de Betty Mahmoody « NOT WITHOUT MY DAUGHTER » (Jamais sans ma fille), réalisé par Brian Gilbert. Malgré une interprétation sans faille de l’excellente Sally Field, le film ne remporta pas un grand succès et son échec occultera en partie la somptueuse musique de Jerry Goldsmith. Interprétée avec un orchestre restreint, la musique combine comme à son habitude orchestre et synthétiseurs, créant ainsi un score riche plein de finesse et de tendresse, teinté de touches ethniques et de quelques dissonances.

Le compositeur enchaînera ensuite sur « SLEEPING WITH THE ENEMY » de Joseph Ruben et le très oublié « LOVE FIELD » de Jonathan Kaplan avec encore une fois la délicieuse Michelle Pfeiffer. Pour ce film, le compositeur rencontra malheureusement quelques soucis avec la production. Le montage de la musique fut partiellement tronqué en post-production et ne permettra pas de découvrir, lors de la vision du film, la totalité du superbe score du maestro californien.

C’est avec « MEDICINE MAN » de John McTiernan que Jerry Goldsmith trouvera le meilleur chemin de l’expression lyrique. Pour ce film, le maestro composera l’une des plus belles ouvertures de sa carrière, débordant de vie et de joie, atteignant par moment des points culminants de beauté musicale, une mélodie haute en couleur dans laquelle le compositeur combinera indiscutablement le meilleur de l’orchestre et de l’électronique. En 1992, le maestro fera la musique de « FOREVER YOUNG », le deuxième film avec Steve Miner pour lequel il écrira un générique mémorable et très lyrique, qu’il reprendra assez souvent lors de ses concerts.

Jerry Goldsmith nous livrera finalement l’un de ses derniers grands scores lyriques avec le très surprenant « POWDER ». Le film de Victor Salva permettra ainsi au musicien de réaliser une partition symphonique poignante d’une rare intensité, dotée d’un lyrisme exceptionnel. Même si le film reçoit des critiques assez mitigées, il aura au moins permis à Jerry Goldsmith de démontrer encore une fois toute l’étendue de son savoir-faire « lyrique » avec une émotion intacte et autant de perfection que dans ses compositions pour les films d’action.

En 1993, Jerry Goldsmith sera ovationné à de multiples reprises lors des sessions d’enregistrement du film « RUDY » de David Anspaugh. Ce sera l’objet d’une nouvelle reconnaissance amplement méritée pour un score intime et poignant, débordant d’émotion et de lyrisme. Cette même année, le maestro débuta l'écriture de la musique du film de Martha Coolidge "Angie". Oeuvre également intimiste pour laquelle Jerry Goldsmith renouera avec un instrument typiquement Français : l'Accordéon. Pour ce drame, interprété avec brio par Geena Davis, le musicien a écrit une musique simple, touchante et sincère, basée autour d'un unique thème principal, le thème d'Angie, qui sera omniprésent tout au long du film. On y retrouve le style orchestral habituel du compositeur, proche ici du lyrisme poétique de ‘Rudy’. "Angie" fait bel et bien partie de cette catégorie de films sur lesquels Goldsmith eu l’occasion de travailler à l’époque, lui qui n’avait pas composé depuis très longtemps pour ce type de film.

Cette période des années 90 fut ainsi pour Jerry Goldsmith une totale remise en question et une énorme prise de risque quand au choix de ses films. Le maestro savait que cette prise de risque plairait à certains et en rebuteraient d’autres. Mais il resta néanmoins inflexible sur ses choix de films. La presse de la musique et la critique de film sera hélas « trop brutale » et maladroite concernant les oeuvres lyriques du maestro, allant même jusqu'à remettre en question la créativité et le génie même du compositeur. 1992 sera d’ailleurs pour Goldsmith une année noire avec deux scores rejetés coup sur coup pour les films « GLADIATOR » et « THE PUBLIC EYE ». Jerry Goldsmith reviendra par la suite avec des partitions d’action pure et dure pour lesquelles il restera constamment sollicité.

Jerry Goldsmith est probablement l’un des rares compositeurs hollywoodien à avoir pris de tels risques dans sa carrière. Redéfinir toujours et toujours son sens de la création et ne jamais se reposer sur ses acquis ; remettre constamment son style en question sans avoir peur du lendemain : tel était le credo du grand Jerry Goldsmith !

Pour reprendre les mots exacts de Franklin J. Schaffner : « Avec Jerry Goldsmith, musicalement, vous obtiendrez toujours l’inattendu le plus total ! ».

Redécouvrons et parcourons ensemble l’un de ces scores que le maestro définissait comme « plus humain » :

« NOT WITHOUT MY DAUGTHER ».

Jerry Goldsmith compose cette partition dramatique la même année que 'Sleeping With The Enemy', en 1991. Petite année donc pour le compositeur qui peut enfin souffler, après une année précédente exceptionnelle (1990) durant laquelle le maestro nous a livré trois partitions somptueuses : ‘Total Recall’, ‘Gremlins 2’ et ‘The Russia House’. Le score de 'Not Without My Daughter' nous permet de retrouver un Goldsmith traditionnel dans le mélange de ses sempiternels synthétiseurs avec la partie orchestrale interprété comme d’habitude par le National Philharmonic Orchestra à Londres. Structuré autour de deux thèmes, le score de 'Not Without My Daughter' illustre très clairement le combat de Betty Mahmoody (Sally Field) pour tenter de quitter avec sa fille ce pays devenu cauchemardesque pour elles, face à un mari fanatique religieux et tyrannique. Le film s'ouvre sur un thème principal plutôt dramatique, confié au synthétiseur avec l'orchestre et la batterie synthétique (marque de fabrique du compositeur à la fin des années 80/début 90) qui sera très présente tout au long du score, surtout dans les moments les plus sombres (un peu comme dans le score de 'Link', ‘Gremlins 2’ ou ‘Rent-A-Cop’ dans un tout autre registre). La partie orchestrale délaisse les cuivres pour permettre au compositeur de se concentrer autour des cordes, parfois intimes comme dans le générique de début du film ('The Lake') ou parfois plus sombres.

'The Lake' nous permet d'entendre après le thème principal avec synthétiseur et percussions dramatiques le deuxième thème de la partition de ‘Not Without My Daughter’, celui qui évoque la famille de Betty dans ses jours heureux aux Etats-Unis. Avec un piano et des cordes quasiment romantiques (plus quelques bois), le joli thème paisible de la famille de Betty évoque le calme avant la tempête, un bref instant de bonheur avant que Moody (Alfred Molina) ne décide de partir pour l'Iran, à Téhéran. Puis, très vite, la partition devient nettement plus sombre et nous fait alors comprendre que la situation a évoluée dangereusement. La musique de Goldsmith illustre donc cette captivité forcée pour Betty et sa fille en suggérant le caractère tragique de sa condition et de sa quête difficile pour quitter le pays et retourner aux Etats-Unis. La batterie synthétique est toujours très présente pour renforcer le caractère sombre de l'histoire tandis que le compositeur met particulièrement l'accent sur les synthétiseurs typiquement « eighties » un peu kitsch, avec des parties orchestrales parfois plus minces et nuancées par rapport aux nombreuses textures électroniques du score de Goldsmith. Dans la première partie du film, le thème de la famille a tendance à revenir de temps à autres sous des variantes camouflés, afin de suggérer la relation encore normale entre Betty et Moody ainsi qu'avec sa fille, la mélodie étant très clairement liée au personnage de Betty Mahmoody tout au long du film.

Bien que le film se passe en majeure partie en Iran, Jerry Goldsmith a décidé de n'utiliser que les sonorités occidentales de sa musique puisqu'après tout, l'héroïne du film est américaine. La musique se place alors selon son point de vue (n’oublions pas que le film de Brian Gilbert est adapté du propre livre de Betty Mahmoody). Le thème dramatique réapparaît lorsque Betty monte en voiture pour téléphoner et expliquer sa situation dans ce pays. Thème dramatique mais pourtant déterminé, la dite mélodie (qui réapparaît entièrement au synthétiseur kitsch dans la scène en question) évoque très clairement le combat de Betty pour fuir cet enfer et retourner dans son pays d'origine. Sombre de bout en bout, la musique illustre aussi les moments difficiles que Betty doit vivre auprès de son mari violent qui lui impose sa condition. On découvre ensuite une dernière partie plus optimiste pour les séquences de l’évasion de Betty et sa fille, traversant le désert pour atteindre la frontière et revenir aux Etats-Unis. Ces séquences permettent alors au compositeur d'utiliser quelques éléments plus exotiques comme l'emploi discret de petits tambours ethniques ou l'utilisation d'un motif aux accents arabisants évoquant le monde du désert. La musique demeure ici aussi assez sombre au cours de ces séquences, utilisant continuellement les synthétiseurs incorporés à l'orchestre pour créer une certaine tension, comme si la musique voulait nous faire comprendre que Betty n'est pas encore tirée d'affaire. Après un voyage somme toute particulièrement périlleux, l'héroïne et sa fille se retrouvent finalement dans leur pays d’origine. Jerry Goldsmith réutilise alors le thème principal exposé ici de manière triomphante, traduisant une véritable sensation de libération et de paix retrouvée avec le piano et les cordes romantiques, une coda heureuse, idéale pour conclure cette partition en beauté.

'Not Without My Daughter' fait partie de ces scores méconnus du compositeur californien, une de ces partitions que l'on enterre souvent trop vite et qui ne méritent souvent pas un tel traitement. Evidemment, 'Not Without My Daughter' n'est pas un très grand score de Jerry Goldsmith et encore moins un score extrêmement mémorable. Mais aussi anecdotique que ce soit cette partition, 'Not Without My Daughter' a au moins le mérite d'illustrer parfaitement l'histoire tragique de Betty Mahmoody dans le film de Brian Gilbert, tout en nous rappelant une fois encore à quel point le compositeur sait toujours trouver le ton juste pour tous les films qu'il met en musique. Jerry Goldsmith a particulièrement mis l'accent ici sur les synthétiseurs « eighties », peut être même parfois un peu trop par rapport aux images, mais avec toujours une très grande dextérité - n'oublions pas que le compositeur est passé maître depuis longtemps dans l'art de manipuler ses textures synthétiques au sein des parties orchestrales. Score mineur certe, dans la carrière de Jerry Goldsmith, 'Not Without My Daughter' n'en demeure pas moins réussi et mériterait malgré tout d'être reconsidéré, à l'instar d'autres partitions peu connues du compositeur comme ‘Criminal Law’, 'Rent-A-Cop’ ou le remarquable 'Love Field' par exemple.