RAMBO 2008

Brian Tyler s’attaque à son tour à l’un des plus beaux scores de Jerry Goldsmith !

Après l’annonce de la sortie officielle de ‘Rambo’, quatrième du nom, il nous tardait enfin de découvrir le travail du nouveau compositeur sur ce film très attendu.

20 ans après le dernier score de Jerry Goldsmith sur la trilogie des ‘Rambo’, c’est au tour du très populaire Brian Tyler d’assurer l’écriture de la partition du quatrième opus dirigé cette fois-ci par le grand « Sly » en personne. Il faut dire que la tâche ne fut guère facile pour le jeune musicien, car il fallait non seulement succéder à l’un des plus impressionnants travail réalisé par Jerry Goldsmith mais tenter également de le surpasser (pari tenu pour une tâche quasiment impossible) ! En revanche, le film s'annonce réellement impressionnant !

A l’occasion d’une première écoute de la « Suite from Rambo » entendue sur le blog « My Space » de Brian Tyler, on perçoit avant tout la très nette intention du jeune musicien de rendre un flamboyant hommage au travail du regretté maestro californien.



Hormis un beau travail de style et une somptueuse reprise du thème de Rambo, souhaitons pour Brian Tyler que l’ensemble du score de ‘Rambo’ soit aussi évocateur et efficace que ne le furent ceux de Jerry Goldsmith sur les trois films précédents. Rappelons que les derniers scores du jeune Tyler pour ‘Aliens vs. Predator Requiem’ et ‘War’, malgré leur indéniable puissance, n'étaient pas toujours à la hauteur....

Rappelons également la déception du score de Marco Beltrami sur le remake de ‘The Omen’, qui était somme toute inévitable !

A suivre...

Revue à venir après la vision du film…

Rétrospective score JG 0002

Immersion dans un score rare du maestro…

En 1988, Jerry Goldsmith venait de terminer la musique de ‘Rambo III’, tandis que son score pour le film ‘Alien Nation’ venait d’être rejeté par la production. Ce fut une époque au cours de laquelle le compositeur, extrêmement productif, avait à peine le temps de poser ses valises. Comme à son habitude, cette période d’expérimentation permis à Jerry Goldsmith de faire évoluer son style en créant une batterie incroyable de sons et d’effets électroniques en totale symbiose avec l’orchestre. Certains de ses effets synthétiques deviendront même des sonorités incontournables du compositeur. Le score électronique de ‘Criminal Law’ est en ce sens un point de départ majeur dans cette période d’expérimentation qui marquera un nouveau tournant dans la filmographie du maestro. La partition de ‘Criminal Law’ sera très sévèrement critiquée à sa sortie mais demeurera pourtant un vecteur capital de renouveau dans le style du musicien savant. En découleront une série de scores tous plus ou moins créatifs et inventifs, voire pour certains particulièrement techniques et sophistiqués. Se succéderont ainsi ‘Rent-a-Cop’, ‘Rambo III’, ‘Warlock’, ‘Alien Nation’ et ‘Leviathan’.

Ces scores marqueront une période durant laquelle Jerry Goldsmith travaillera avec des orchestres différents aux quatre coins du monde. Pour ‘Warlock’ par exemple, le compositeur collaborera avec le Melbourne Symphony Orchestra. Pour ‘Leviathan’, le maestro enregistrera le score à Rome avec l’orchestre du Santa Cecilia di Roma (orchestre fétiche d’Ennio Morricone) et travaillera sur ‘Rent-a-Cop’ et ‘Rambo III’ avec le Hungarian State Symphony Orchestra. Il travaillera ensuite individuellement sur ‘Criminal Law’ et ‘Alien Nation’ dans son studio de Los Angeles.

La Musique que composa Jerry Goldsmith pour le film ‘Leviathan’ de George P. Cosmatos marquera l’aboutissement de cette période créative électronico-orchestrale du compositeur. En effet, Goldsmith retrouvera pour ce film l’orchestre de la Santa Cecilia di Roma, avec lequel il avait déjà travaillé pour un autre film du même réalisateur, ‘The Cassandra Crossing’ (1976). Ce fut également pour Goldsmith l’occasion d’écrire une musique « aquatique » avec tous les effets musicaux qui en découlent. Rappelons au passage que la mer a toujours été un grand sujet d’inspiration pour les compositeurs de musiques de film. John Williams avait donné la mesure avec ‘Jaws’ 1 et 2, Georges Delerue, pour le film de Mike Nichols "The day of the dolphin" avait créé une musique somptueuse comportant des nappes sonores mystérieuses reflétant merveilleusement bien le milieu marin incluant l'Anthologique "Nocturne", le célèbre ballet de dauphins dans la piscine demeurant à ce jour l'un des plus beaux thèmes écrit pour ce genre de film. John Barry de son côté avait composé l’inquiétant ballet de ‘The Deep’ et Alan Silvestri, le claustrophobique et angélique ‘The Abyss’.

Jerry Goldsmith avait déjà illustré avec brio l’idée de la mer dans ‘Islands in the Stream’, ainsi que dans les séquences d’ouverture et de conclusion du film ‘The Reincarnation of Peter Proud’ pour lequel le maestro avait écrit une musique au caractère inquiétant et dissonant, reflétant merveilleusement le milieu sous-marin.

‘Leviathan’ permis au compositeur d’approfondir un certain nombre d’effets électroniques et orchestraux très codifiés, créant ainsi une atmosphère sonore « sous marine » spectaculaire et impressionnante. Ce sera pour Jerry Goldsmith l’aboutissement d’une période de mutation et d’évolution musicale. Malheureusement, le score remarquable du maestro ne sauvera pas le film voué dès le départ à l’échec.

Redécouvrons ensemble ce score oublié de Jerry Goldsmith.

Loin de la partition avant-gardiste géniale d'Alien, le score de ‘Leviathan’ – que le film de George P. Cosmatos tente d’imiter en vain - constitue l'exemple même d'un score de Jerry Goldsmith riche et pourtant méconnu et encore trop sous-estimé. ‘Leviathan’ demeure pourtant un score thriller/action très solide et réellement prenant dans lequel le compositeur semble s'être montré assez inspiré même si la musique est loin d’être un chef-d'œuvre. En concentrant son habituelle écriture orchestre/synthétiseur (très présents ici, une fois de plus), le maestro a su créer une ambiance musicale parfaite pour le film, basé autour de trois thèmes et d'une atmosphère suspense/action du plus bel effet.

Avec 'Underwater Camp', Goldsmith propose une lente et belle entrée en la matière. A l'aide de samples du synthé imitant les sons des dauphins, Goldsmith crée une atmosphère mystérieuse et envoûtante dans ce générique de début avec l'orchestre et les textures synthétiques évoquant les profondeurs sous-marines, et ce au fur et à mesure que la caméra descend le long d'une paroi rocheuse. 'Underwater Camp' est particulièrement intéressant dans son exploration de textures électroniques liées au monde aquatique, des sonorités que l'on retrouvera tout au long du score. Le compositeur confère même à cette ouverture du film un côté entêtant voire un brin hypnotisant à cette véritable plongée sous-marine mystérieuse et de toute beauté, très nettement soutenue par un ostinato rythmique de synthétiseur entêtant et par une série de sons aquatiques de toute beauté. A noter que Goldsmith reprend ici certaines sonorités de ses précédents scores pour 'Criminal Law' et ‘Rambo III’, une influence incontestable concernant les sonorités électroniques de sa partition pour ‘Leviathan’. On retrouve ainsi ces sons en écho que l'on entend par exemple dans des pièces telles que 'It's Growing' ou 'The Body Within'. Alors que la caméra arrive à la base sous-marine de forage minier de la Tri Oceanic, Goldsmith fait une allusion à son thème principal, mélodie majestueuse qui reviendra dans 'Escape Bubbles' et 'A Lot Better'. L'action commence alors bien avant que le monstre n’entre dans la base sous-marine. Dans 'Decompression', un des miniers commence à s'asphyxier dans sa combinaison, victime d’un dysfonctionnement. A l'aide d'une excitante rythmique orchestrale/électronique qui se met progressivement en place (avec un jeu de stéréo alternant gauche/droite sur les synthétiseurs), le compositeur aborde dès le début du film le registre de l'action en évoquant le danger de DeJesus menacé d'asphyxie dans sa combinaison et qui doit rentrer d'urgence à la base.

Les réels problèmes pour l'équipage de la base sous-marine commencent avec 'Discovery' alors Sixpack (Daniel Stern) s'introduit dans l'épave d'un bateau russe après avoir mystérieusement disparu. Jerry Goldsmith installe une ambiance mystérieuse, toujours soutenue par ces sons synthétiques évoquant à la fois l'ambiance aquatique et le mystère lié à la soudaine disparition de Sixpack, qui ressort finalement de l'épave avec un petit coffre. 'Discovery' permet très clairement à Goldsmith de faire comprendre à l'auditeur/spectateur que les conséquences de l’inconscience de Sixpack s’avéreront extrêmement mortelles pour l’ensemble l'équipage. Si 'Situation Under Control' nous offre une nouvelle brève allusion au thème principal, 'One of Us' nous permet d'entendre le deuxième thème qui ne sera utilisé qu’à seulement deux reprises dans le film et que Jerry Goldsmith semble avoir pris plaisir à écrire. Thème intime et doux à la fois, cette sorte de 'Love Theme' évoque l'amitié entre Beck et Willie qui vont devoir se serrer les coudes durant leur lutte cauchemardesque contre la monstrueuse créature aquatique qui sème la terreur dans la station sous-marine. Utilisant un piano électrique avec des cordes chaleureuses et une harpe, ‘One of Us’ apporte une petite touche d’émotion et de tendresse très agréable, nous permettant de respirer un bon coup avant de repartir pour l'enfer. On appréciera ainsi cette petite touche poétique inattendue que Goldsmith a apporté et dont la charmante intervention s’avère être plus qu’appréciable au sein d'un score somme toute très sombre.

Le reste du score de ‘Leviathan’ s'enfonce petit à petit dans un climat de tension et de suspense de plus en plus intense, jusqu'à ce que les morts s'accumulent et que l'action commence vraiment. Ainsi donc, le sinistre 'The Body Within' accompagne la scène où DeJesus se fait attaquer par une sorte de serpent marin. Terrifiant, le morceau est renforcé par des sonorités effrayantes du synthétiseur (toujours influencé par les expérimentations sonores de Goldsmith sur 'Criminal Law') ainsi qu'un orchestre traduisant clairement l'horreur de la situation (cuivres graves en avant et cordes aiguës). Le compositeur évoque avec sa musique une certaine inéluctabilité des problèmes auxquels l'équipage va devoir face après que Sixpack et Bowman aient bu tout les deux un verre de vodka contenant une substance expérimentale mortelle. Dans 'It's Growing', Goldsmith évoque la présence menaçante du monstre qui se déplace dans la base et qui grossit au fur et à mesure qu'il se nourrit de sang humain (à noter une utilisation constante de certaines couleurs instrumentales particulières, notamment la harpe et les hautbois). Les samples de synthétiseur utilisés par Goldsmith demeurent macabres et effrayants à la fois. Ils traduisent non seulement le danger mais aussi la menace que représente la présence dérangeante de cette créature sanguinaire.

Dans 'Can We Fix It', on peut enfin entendre le troisième thème, le motif du monstre, un thème rythmique très excitant et entêtant, utilisé dans les meilleurs passages d'action du score de ‘Leviathan’. Confié aux cordes avec une rythmique électronique, le thème du monstre souligne clairement le danger représenté par la menace de l’immonde créature aquatique. Superbe passage d'action, 'Can We Fix It' souligne la fuite de l'équipage qui va tenter d'échapper au monstre et de fuir hors de la base avant qu'il ne soit trop tard. Fidèle à son écriture action/thriller habituelle, le compositeur se montre toujours très à l'aise dans ces passages qui vont prendre une proportion de plus en plus excitante et massive au fur et à mesure que l'on va se rapprocher du final. L'action monte encore un cran au dessus dans le très prenant 'Too Hot' qui réutilise le thème du monstre devenant de plus en plus pressant et effrayant. La terreur évoquée par la créature laisse ici place à l'action. Les trois survivants doivent maintenant fuir. Rythmique en perpétuel mouvement, basse rythmique du synthétiseur, contrepoints agités entre les cordes et les cuivres, 'Too Hot' plonge le spectateur dans un sentiment de danger et d'action devenant de plus en plus prenant.

Le travail de développement du thème du monstre demeure ici très intéressant. Mais la forme la plus intéressante du dit thème n'arrive en fait que dans l'incroyable 'Escape Bubbles', véritable tour de force orchestral qui permet à Jerry Goldsmith d'évoquer la confrontation finale entre Beck et la dernière créature qui a réussit à fuir la base avant l’explosion. Les trois survivants remontent enfin à la surface où un hélicoptère vient les chercher. Réutilisant les sons de dauphins de 'Underwater Camp' et de 'Situation Under Control', Goldsmith évoque la tension de la remontée jusqu'à ce que la résolution se fasse enfin entendre avec le retour du thème principal exposé cette fois ci dans sa forme intégrale, un thème cuivré enjoué et héroïque. Le thème apporte un véritable sentiment de soulagement après l'enfer vécu à l'intérieur de cette base. Mais bien entendu, ce n'est que provisoire : avec tout le savoir faire de Jerry Goldsmith, la musique suggère le fait que tout n'est pas encore gagné. Avec des coups de percussions violents, le morceau semble prendre une tournure plus menaçante jusqu'à ce que l'hélicoptère arrive. L'aventure semble toucher à sa fin tandis que les cordes commencent à prendre une tournure plus majestueuse jusqu'à ce qu'un son synthétique bref mais inquiétant annonce que le monstre vient de surgir brusquement de l’océan et qu'il ne va pas les laisser partir si facilement.

Excitante, cette section finale de ‘Escape Bubbles’ qui oscille ainsi entre action et aventure trouve son apogée dans l'ultime retour du thème du monstre, Goldsmith évoquant l'urgence de la situation en accélérant ce thème pour lui offrir un tempo beaucoup plus rapide. Avec sa ligne de basse synthétique et son caractère extrêmement entêtant et menaçant, ce thème devient de plus en plus puissant tout en faisant monter la tension au cours de cette courte mais intense confrontation finale. Goldsmith frappe très fort (notons l'effet stéréophonique de la rythmique synthétique passant de gauche à droite sur les enceintes – effet de spatialisation sonore déjà entendu dans ‘Decompression’) et nous prouve une fois de plus son talent pour composer des parties d'action excitantes, complexes et diablement intenses. Le superbe 'Escape Bubbles' aboutit finalement à une coda triomphante avec le retour du thème principal affichant une ultime note d'héroïsme pour la conclusion de cette histoire, un véritable soulagement que le compositeur nous fait déguster avec un thème cuivré très entraînant. C'est le superbe 'A Lot Better' qui sert de brillante conclusion au score de ‘Leviathan’, le compositeur s'étant ici amusé à réutiliser ses deux thèmes principaux dans ce très bon morceau conclusif. A noter ici l’absence totale de synthétiseur dans cette pièce. On comprend finalement que les sonorités électroniques étaient uniquement liées dans le film à la présence de la créature. Si le thème principal héroïque est utilisé en première partie du générique de fin, le Love Theme de 'One of Us' revient magnifié aux cordes au milieu du morceau, apportant une petite touche de lyrisme inattendue avant que la pièce ne revienne une dernière fois avec son superbe thème principal héroïque et triomphant.

Vous l'aurez donc compris, ‘Leviathan’ est un excellent score d'action/suspense ménageant ses grands moments en préparant progressivement l'ambiance et l'atmosphère du film de George P. Cosmatos. Si le mystère et le suspense dominent la première partie du score, avec des orchestrations tendues et des sonorités électroniques intrigantes et troublantes à la fois (le compositeur californien ayant parfaitement cerné 'la couleur' du film à travers ses claviers), c'est la terreur et l'action qui vont ensuite prendre le dessus lors de la deuxième partie du score, et ce jusqu'à l'apogée finale triomphante. On appréciera le fait que Jerry Goldsmith se soit amusé à écrire deux thèmes très mélodiques pour son score, l'un héroïque, l'autre plutôt nostalgique et touchant. Ces deux thèmes apportent un plus indéniable à sa partition et rappellent une fois encore le goût inébranlable du compositeur pour ses mélodies indissociables des films qu’il met en musique. Intense et bien plus riche qu’elle n’y paraît, la partition de ‘Leviathan’ fait partie de ce que Jerry Goldsmith a fait de mieux dans ce domaine durant les années 80.