POWDER...un score comme on en fait plus !

Début 1995, le jeune metteur en scène californien Victor Salva, soutenu par la Hollywood Pictures/Cinergi Pictures Entertainment et la Caravan Pictures, met en chantier son nouveau long métrage, POWDER.

Talentueux et passionné de cinéma depuis son enfance, Salva écrivit lui même le scénario de POWDER et proposa aux producteurs de Walt Disney un script original et audacieux. A la fois inquiétante et poétique, d’un premier abord, POWDER fut une production étonnante, un peu hors norme. Salva bénéficia alors pour son film d’un budget honorable qui lui permit de réunir un beau panel d’acteurs de grande renommée à l’époque tels que Jeff Goldblum (Donald Ripley), Mary Steenburgen (Jessie Caldwell), Lance Henriksen (Sheriff Barnum), et surtout le très talentueux Sean Patrick Flanery qui donna au personnage de Jeremy une densité physique étonnante ! Sorti fin 1995, le film ne reçut pas l’accueil espéré. Passé à la moulinette, il fut sévèrement critiqué et fit de l’ombre au jeune metteur en scène. Cependant, POWDER demeure encore aujourd’hui une œuvre à part entière et unique, possédant de grandes qualités artistiques.

Le deuxième atout majeur du film est sans aucun doute la superbe partition écrite par le maestro Jerry Goldsmith. Intense, d’une grande beauté, le score de POWDER déborde de magie et de lyrisme. Depuis THE RUSSIA HOUSE (1990), le musicien qui souhaitait rester en marge des films d’action, travailla essentiellement sur des films à dimension plus humaine. Avec MEDICINE MAN et RUDY, Jerry Goldsmith s’imposa comme un grand compositeur lyrique et romantique comme l’ont toujours été des musiciens de référence tels que Georges Delerue ou John Barry. Le score de POWDER doit avant tout sa notoriété grâce au magnifique et inoubliable thème principal qui a acquis une certaine renommée auprès des fans du compositeur. On retrouve bien entendu ici les traditionnels mélanges orchestre/synthétiseur que le maestro affectionne tant, le synthétiseur prenant ici tout son sens par rapport au caractère magique et fantastique du film de Victor Salva (un jeune garçon albinos doté de pouvoirs paranormaux). Avec des scores comme THE SAND PEBBLES, QB 7 ou PAPILLON, le musicien avait pris l’habitude de parsemer de lyrisme ses scores d’action les plus intensifs.

Lyriquement parlant, POWDER figure indiscutablement comme le summum de la vie musicale du maestro Goldsmith.

Victor Salva, lui, réalisa un rêve de cinéaste : travailler avec « la légende de la musique de film ».

Affiche revisitée par Pascal Dupont D'après les images du film.

2008©The Musical law

Analyse d'un superbe score...

Jerry Goldsmith a signé pour 'Powder' l'une des plus belles partitions qu'il ait écrit au cours des années 90. Le score de 'Powder' doit sa notoriété grâce au magnifique et inoubliable thème principal qui a acquis une certaine renommée auprès des fans du compositeur, et qui a même été récemment adapté en chanson ('No One Like You') par la soprano pop Sarah Brightman dans son album intitulé 'Timeless/Time To Say Goodbye'. On retrouve bien sur ici les traditionnels mélanges orchestre/synthétiseur que le maestro affectionne tant, le synthétiseur prenant ici tout son sens par rapport au caractère magique et fantastique du film (un jeune garçon albinos doté de pouvoirs paranormaux).

Le thème est exposé dans le superbe 'Theme from Powder' où Jerry Goldsmith dévoile sa structure en deux parties, avec tout d'abord, une introduction reposant sur un paisible motif de quatre notes de vents soutenues par un mystérieux nuages de sonorités électroniques new-age (évoquant les pouvoirs de Powder), puis une seconde partie avec la célèbre mélodie poignante exposée d'abord par un hautbois sur fond de cordes chaleureuses très vite rejointes par un piano (la mélodie évoquant à son tour l'humanité et la sensibilité du personnage principal), et qui se conclura sur une poignante envolée orchestrale. C'est la beauté de cette mélodie qui captive ici toutes nos pensées et notre attention, pour peu que l'on soit réceptif à ce style de mélodie intime, lyrique et émouvante.

L'atmosphère semble s'assombrir très vite avec le début de 'Spoon Trick & The Trestle' pour la scène où Powder montre aux autres élèves son tour de magie avec les fourchettes. Le mystère de la scène liée aux étranges pouvoirs de Jeremy est suggéré ici par le biais de sonorités électroniques bizarres et un bref sursaut orchestral atonal et inquiétant, illustrant bien évidemment ici l'inquiétude que suscite un tel phénomène paranormal (les fourchettes se retrouvent mystérieusement collées les unes aux autres) et qui évoquent aussi la peur que ressentent les autres à l'égard d'un individu foncièrement différent d'eux. La seconde partie du morceau, plus intime, nous permet de retrouver une très belle variante du thème joué par une flûte alors que le professeur de physique (interprété par Jeff Goldblum) commence à se lier d'amitié avec Jeremy, d'où une nouvelle évocation de la grande sensibilité intérieure du personnage principal.

'Nightmare In The Forest' rompt radicalement avec l'atmosphère intimiste et émouvante du score de ‘Powder’ en amorçant un style orchestral plus atonal, chaotique et terrifiant, dans la lignée des grandes partitions thriller du compositeur californien. Après une première introduction d'un thème de flûtes accompagnés par des pizzicati de cordes que l'on retrouvera à deux reprises (un peu plus tard à la fin de 'Wanna See A Trick?' - y compris pour la scène où Powder se rend au lycée), la musique s'assombrit très vite pour la scène où Jeremy fait ressentir au chasseur l'agonie de l'animal qu'il vient d'abattre. La scène est alors illustrée dans un véritable chaos orchestral rappelant brièvement par moment la noirceur orchestrale et atonale de partitions comme 'Alien' ou 'Outland'. Les cuivres (dont une partie avec sourdine), les percussions agressives et les cordes stridentes et dissonantes s’unissent pour créer ici un fort sentiment de trouble, nous faisant clairement ressentir le bouleversement intérieur de l'homme lorsque ce dernier ressent profondément la souffrance de l'animal en train d’agoniser. On ressent donc ici un véritable climat horrifique glacial qui, bien qu'il paraisse assez inhabituel dans une production Disney, demeure tout à fait approprié aux images de la scène en question, preuve de l'immense savoir-faire d'un compositeur qui a toujours su apporter un petit plus aux films qu'il met en musique.

De l’intimité, il en est justement question dans le magnifique et poétique 'First Kiss' pour la scène du premier baiser entre Powder et Lindsey. On appréciera dans l'introduction du morceau l'utilisation de ces sons électroniques new age qui créent ici une véritable ambiance onirique et apaisante, lié à la fascination de Lindsey pour la sensibilité et la magie de Jeremy/Powder et ses sentiments naissants. Si le morceau est d’abord traversé par une brève mélancolie suggérée par un hautbois, le motif de quatre notes revient ensuite aux synthétiseurs et laisse la place à un piano chaleureux et une nouvelle reprise émouvante du thème principal joué par une flûte extrêmement délicate pour la scène du baiser.

Si 'First Kiss' nous fait ressentir toute la poésie et la magie de cette poignante histoire de tolérance, 'Steven and The Snow' (long morceau de plus de huit minutes) monte d'un cran en illustrant l'une des plus belles scènes du film, lorsque Powder aide la femme mourante du shérif à prononcer ses derniers mots à son mari, avant que ce dernier finisse par se réconcilier avec son fils avec lequel il s'était autrefois disputé. On appréciera ici le côté très doux et feutré de ‘Steven and The Snow’, soutenu par un très bel alliage de sonorités électroniques new age avec tapis de cordes et vents chaleureux. Le thème réapparaît ici au détour de brèves variations instrumentales très réussies, baignant dans une atmosphère d'une infime douceur particulièrement émouvante dans cette séquence clé du film. Le morceau se conclut sur une superbe envolée orchestrale du thème principal.

Mais la poésie du film et de la musique contraste aussi violemment avec le caractère plus dramatique et brutal de certains passages de la partition comme le très sombre 'Freakshow' qui accompagne la scène où John et ses amis maltraitent Powder dans la boue, à la sortie du gymnase. La scène est introduite dans un véritable crescendo de cuivres agressifs, de cordes dissonantes et de percussions brutales. Jerry Goldsmith installe ici une ambiance sombre avec ces synthétiseurs plus inquiétants et mystérieux et ces cordes sombres au sein d'une atmosphère à la fois agressive et quasi funèbre, illustrant bien évidemment la haine de John à l'égard de Powder tout en suggérant avec un certain premier degré la méchanceté et la bêtise humaine (‘Freakshow’ demeurant sans aucun doute le morceau le plus sombre et le plus impressionnant de toute la partition de ‘Powder’ !).

La musique de ‘Powder’ se conclut finalement sur le superbe et incontournable 'Everywhere', lorsque le jeune héros choisit de disparaître à travers les éclairs d'un orage plutôt que de rester dans un monde où personne n’est à même de le comprendre véritablement. Après une série de développement du thème, Jerry Goldsmith entame ici un long crescendo orchestral aboutissant à un final majestueux et grandiose où le thème principal est repris une dernière fois de manière somptueuse et quasi triomphante, une formidable coda qui met fin à l'une des plus belles partitions du Jerry Goldsmith des années 90. 'Powder' est en définitive une merveille de lyrisme et de poésie, un petit bijou à découvrir absolument en même temps que le très beau film de Victor Salva!

Intro : Pascal Dupont et Quentin Billard

Création graphique : Pascal Dupont

Analyse musicale : Quentin Billard