Quelques "notes" de Magie
vendredi 5 septembre 2008 > General
C'est en 1982, année musicale énorme pour le maestro Jerry Goldsmith, que débute l'écriture de la musique du chef-d'oeuvre de Don Bluth, THE SECRET OF NIMH ("Brisby et le secret de Nimh"), œuvre ô combien importante dans la carrière du maestro qui correspond à une première insertion musicale dans le monde du dessin animé. Avec ce film d'animation de haute facture, Don Bluth, ancien dessinateur talentueux de chez Disney prouvait, en collaboration avec Gary Goldman, qu'il y avait encore moyen d'apporter à l'image dessinée en mouvement, plus de fluidité, d'effet de colorisation et de magie comme peu d'animateurs l'avaient fait auparavant. En faisant appel au musicien le plus inventif et innovateur de l'époque, les concepteurs du film ne pouvaient que faire mouche et assurer par dessus tout la cerise sur le gâteau.

Au delà des procédés et des techniques d'animation qui l'intéressait fortement, c'est avant tout par goût de l’émotion que le compositeur se laissa séduire par cette merveilleuse histoire de souris.
Grandiose, subtile, magique, féroce, évocative, autant de qualificatifs pour ce joyau de la musique de film radieuse et intelligente à travers laquelle le maestro Goldsmith, à la manière d'un Prokofiev, codifiera les faits, les gestes et les mimiques de ces petites souris de Nimh.
A l'opposé de la trame classique d'un grand dessin animé, Jerry Goldsmith optimisera la musique sur un maximum d'images afin de renforcer l'histoire et d'explorer les expressions et les émotions là où aucun metteur en scène n'est capable d’aller.
Au delà de la puissance de l'oeuvre, le point culminant de la partition restera sans aucun doute la manière dont le compositeur californien traita musicalement les scènes d'action pures. Goldsmith ré introduira avec une créativité intense ses techniques de composition similaires à celles qu’il utilisait dans ses films traditionnels, offrant ainsi à chaque scène d'action une dimension grandiose et inhabituelle.
Tel fut le challenge de Jerry Goldsmith.

« Les scènes sont, comme le veut la tradition, bien plus courtes sur un film animé que sur un film « live ». Par conséquent, elles nécessitent une plus grande unité musicale. J’ai donc décidé d’écrire cette musique comme s’il s’agissait d’un film « live », pensant ainsi que cela permettrait de renforcer la continuité et de maintenir un sentiment de « réalité ». La première projection du film avec la bande son « synchronisée » m’a convaincu de la justesse de cette approche. Le fait que tous les éléments soient crées artistiquement apportent un effet grandiose au film ; dialogue, couleurs, action et musique semblent se mélanger étroitement, apportant un impact dramatique et émotionnel incommensurable au film. »
Jerry Goldsmith
Le maestro reviendra quelques années plus tard vers le dessin animé pour la firme Disney avec le très somptueux MULAN, qui demeure à ce jour un des plus grands moments dans la carrière du compositeur. THE SECRET OF NIMH restera néanmoins une expérience unique dans la carrière du musicien avec un style constamment en évolution, qui atteindra son apogée quelques années plus tard avec le chef-d’oeuvre de Ridley Scott, LEGEND…magie oblige!
En cette fin d'année 1982, Jerry Goldsmith n'eut pas le temps de poser sa plume...il enchaîna successivement sur les scores de POLTERGEIST, THE CHALLENGE et FIRST BLOOD de Ted Kotcheff, une oeuvre musicale encore unique et originale en son genre !
Introduction et Création Artistique : Pascal Dupont
Traduction et analyse musicale : Quentin Billard
Toute LA LUMIÈRE sur la splendide partition de Jerry Goldsmith
En 1982, Jerry Goldsmith avait déjà une splendide carrière derrière lui. Après les chefs-d’œuvre des années 60/70, 'Planet of The Apes', 'Patton', 'Papillon', 'Chinatown', 'The Omen', 'Star Trek: The Motion Picture' et 'Alien', Goldsmith entra dans les années 80 avec quelques grandes oeuvres qui ont laissé une trace indélébile dans sa carrière, comme c'est le cas pour l'inoubliable 'Poltergeist' et 'First Blood', deux BO composées la même année que 'The Secret of Nimh'. Ce dernier demeure le premier film d'animation que Goldsmith mit en musique en 1982. Il faudra attendre 1998 avec 'Mulan' de Disney pour voir le compositeur travailler à nouveau sur un film d’animation. 'The Secret of Nimh' est indiscutablement une BO exemplaire dans son domaine, d’abord parce que Jerry Goldsmith a su éviter les clichés faciles du mickeymousing pour en faire une oeuvre personnelle, complexe et surtout étonnamment sombre étant donné le contexte du film.
La partition de 'The Secret of Nimh' est entièrement symphonique, avec à la clé une brillante interprétation du National Philharmonic Orchestra of London, l’orchestre favori du compositeur. Le thème principal de la partition évoque clairement le personnage de Mme Brisby qui va tout mettre en œuvre pour sauver sa maison menacée par le tracteur de la ferme du coin. Seule ombre au tableau, son fils Thimotée est malade et ne peut pas être déplacé. Ainsi, et comme l'exprime la très belle chanson clé du film, 'Flying Dream' (deux interprétations, une de Sally Stevens, l'autre de son parolier Paul Williams), le thème principal évoque la tendresse et l'amour maternel de Mme. Brisby pour son fils, avec un côté tendre, émerveillé, voire par moment féerique, le thème rappelant d’ailleurs par moment celui de 'Legend' (1985), exposé dès l’apparition du titre dans le 'Main Title'. Goldsmith ouvre le film d'une manière un peu fantastique, utilisant des choeurs pour affirmer un climat mystérieux baignant dans une écriture orchestrale fluide et aérienne dans la lignée de Claude Debussy (l’influence du compositeur français étant ici particulièrement flagrante dans les harmonies et les orchestrations du morceau). Le morceau accompagne les plans où l'on entend Nicodémus parler du défunt mari de Mme Brisby, Jonathan, en ouverture du film. Le thème principal, accompagné d'un petit motif de 4 notes, évoque aussi la chaleur familiale lors des plans où l'on aperçoit la maison de la famille Brisby.
Le reste de la partition de ‘The Secret of Nimh’ oscille entre action/aventure et passages plus sombres, comme pour la séquence de la maison du Grand Hibou. La musique de Goldsmith affiche une certaine noirceur dans ces passages du film, dont l'utilisation d’un langage plus atonal ne peut que rappeler certaines de ses oeuvres fantastiques telles que 'Alien' ou 'Poltergeist', sans pour autant posséder le moindre contenu horrifique, bien évidemment. Jerry Goldsmith a donc su éviter le piège de la facilité de certaines musiques de dessin animé enfantines pour élaborer a contrario une oeuvre mure et adulte qui aurait aussi bien pu appartenir à un film dramatique joué par de vrais acteurs. Bien sûr, on retrouve par moment un certain humour proche de ses musiques de comédie, comme c'est le cas pour les passages avec le corbeau facétieux, le grand ami de Mme Brisby, séquences dans lesquelles Goldsmith a l'air de particulièrement s'amuser (n'oublions que le compositeur à la queue de cheval était réputé pour son grand sens de l’humour!), bien avant de partir dans l'action et la noirceur de certains morceaux.

En affirmant un ton bien plus sombre que ce que l'on entend habituellement à l'époque dans les musiques de dessin animé, Jerry Goldsmith accentue le film de façon plus intense et dramatique tout en lui offrant une atmosphère musicale étonnamment dense et complexe. Les producteurs ont aussi tenus à éviter à leur tout certains clichés du genre puisqu’il n'y a qu'une seule chanson dans tout le film et que, à l'inverse de certaines productions Disney, la chanson n'est pas un numéro musical qui rentre dans l'action et l'interrompt pour se mettre en valeur. Elle se contente simplement d'accompagner discrètement la scène qu'elle représente, celle où Mme Brisby est au pied du lit de son fils malade qu'elle est en train de soigner. La reprise de la chanson par Paul Williams ne se retrouve ensuite qu'au générique de fin du film. Jerry Goldsmith a donc eu une marge suffisante pour pouvoir travailler et développer l’ensemble de sa musique tout au long du film. Plongé dans l'aventure, le score de Goldsmith se veut plutôt menaçant, massif, tendu, comme c'est le cas pour les scènes d'action telle que l'attaque du chat dragon au début, ou la lutte finale à l'épée. Goldsmith illustre aussi toute la facette fantastique de l'histoire avec la présence de choeurs (comme dans 'Legend') qui soulignent le climat fantastique de certains grands moments du film, et plus particulièrement celui de la pierre rouge vers la fin du film. Le thème principal revient à plusieurs reprises dans les moments plus apaisés et permet ainsi d'asseoir la thématique de la partition de ‘The Secret of Nimh’.
Que peut-on ajouter de plus si ce n'est qu'une fois encore, on ne pourra qu'apprécier le travail qu'a fournit Jerry Goldsmith sur cet excellent dessin animé du duo Don Bluth/Gary Goldman. Le thème principal nous colle instantanément à la peau et ne peut que nous toucher et nous émerveiller, à l'image de la très belle chanson 'Flying Dreams'. Une grande réussite incontournable dans la carrière exemplaire du maestro.
Visitez impérativement le site de Sally Stevens qui interpréta d'une voix délicate la chanson du thème "Flying dreams".
