Nous en avions rêvé, Intrada Records l’a fait ! Quelle frustration de ne pas avoir pu profiter plus tôt d’une édition discographique digne de ce nom pour « The Boys from Brazil » (1978), l’un des grands chef-d’œuvres du maestro Jerry Goldsmith. Douglass Fake et toute son équipe viennent de sortir ainsi un double CD consacré à l’intégrale de la partition du film de Franklin J. Schaffner, une version complète réclamée depuis de nombreuses années.

Écoutez les extraits.

Comme pour le récent « Baby : Secret of the Lost Legend », le boîtier de l’album est très soigné, pressage très bon, design respecté, un livret dense, et avant tout plus de 50 minutes de musique restaurée. La musique de « The Boys from Brazil », comme nous le signalions déjà dans une de nos toutes dernières rétrospectives, demeure haute en couleurs et fonctionne en parfaite alchimie avec les images du film, une alchimie dont seul Jerry Goldsmith possédait le secret.

Encore un grand bravo à Douglass Fake et Intrada : après « Baby », il fallait réellement s’occuper de ce score unique en son genre. Un bien bel hommage à deux grands hommes disparus !




Franklin J Schaffner/Jerry Goldsmith Une collaboration sans faille !

1978 fut une année très riche et productive pour le maestro Jerry Goldsmith. Après avoir terminé les partitions de « Magic », « Coma », « The Swarm », et « Capricorn One », le compositeur retrouvait enfin son grand ami et complice, le metteur en scène Franklin J. Schaffner pour un nouveau film : « The Boys from Brazil ».

Un an s’était écoulé depuis « Islands in the Stream ». Jerry Goldsmith n’avait pas eu le temps de poser ses valises qu’il reprenait déjà le chemin des studios hollywoodiens pour un sujet qui n’était pas des moindres et qui le touchait tout particulièrement : la traque de Josef Menguele, le fameux bourreau du camp d’extermination d’Auschwitz. Pour ce nouveau défi, le musicien ne dérogea pas à la règle : qualité, inventivité et brio étaient ainsi au rendez-vous !

Jerry Goldsmith, qui était alors au meilleur de sa forme, fut particulièrement attiré par un sujet comme il les appréciait, tout en demi-teinte, le film de Schaffner n’étant ni de l’histoire pure, ni de la science-fiction, ni de l’aventure; il est, en définitive, les trois à la fois. La partition du maestro s’en ressent particulièrement par sa grande variété de couleurs, la présence d’une valse obsédante et menaçante d’une sobriété mélodique étonnante, compensée par la richesse d’une orchestration alternant passages violents ou lyriques selon les moments. Ne nous y trompons pas, nous sommes bel et bien en présence d’une œuvre musicale fortement inspirée, traversée de glissements harmoniques et autres superpositions de sonorités chromatiques qui rappellent, avec une certaine virtuosité, la signature du grand maître.

Il y a des mesures poignantes, des envolées lyriques et d’autres plus tendues. La partition de « The Boys from Brazil » demeure riche, étudiée dans ses moindres détails, variée, fruit d’une collaboration artistique exemplaire entre deux grands hommes du cinéma : l’un derrière la caméra, l’autre derrière son pupitre. Signalons au passage la façon assez unique dont Goldsmith connote discrètement sa musique, qu’elle soit d’inspiration sud-américaine ou germanique, utilisant quelques notes de trompettes en contrepoint.

Voici donc une partition d’exception qui comblera tous les inconditionnels du maître californien, dont le style vigoureux imprègne chaque mesure, qu’il s’agisse de composition ou de direction d’orchestre. C’est ainsi que, film après film, Jerry Goldsmith confirmait ce que nous savions déjà à son sujet : qu’il était de ceux qui ne déçoivent jamais mais qui savaient toujours nous étonner. Avec son mélange unique de genres musicaux, « The Boys from Brazil » restera pour toujours un tournant important dans la carrière du compositeur, comme le fut la musique pour la gigantesque mini série « QB VII » en 1974. En définitive, Jerry Goldsmith possédait un seul credo : ne jamais vivre sur ses acquis !

« Lorsque vous faites appel à un compositeur comme Jerry Goldsmith, il faut vous attendre à l’inattendu le plus total ! » Franklin J. Schaffner, 1982

« J’aime ce genre de films, et c’est encore plus merveilleux lorsque c’est avec Hank à la mise en scène. J’ai fait « QB VII », « Masada » et « The Boys from Brazil ». Je ne refuserais jamais de faire la musique d’un film qui traite du génocide juif. C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur. » Jerry Goldsmith, 1985

Pour finir, nous dédicaçons cette revue à monsieur Bertrand Borie, célèbre critique français de musique de films et grand admirateur de l’œuvre de Jerry Goldsmith.

…à la mémoire des 6 000 000 d’âmes disparues au cours de cette période tragique de notre Histoire…

© Droits réservés - Attention, cette affiche n'existe pas officiellement ! C'est un travail graphique exclusivement réalisé avec grand respect par nos soins à partir d'images du film, et dont l’unique but est d'illustrer au mieux notre article et de valoriser par la même occasion l'oeuvre de Jerry Goldsmith.

Analyse...

Jerry Goldsmith retrouve une fois encore son grand complice Franklin J. Schaffner avec qui il signa certains de ses plus grands chefs d'oeuvres tels que 'Planet of The Apes', 'Patton', 'Papillon' ou 'Islands in The Stream' (sans oublier le fait que sa première collaboration avec le réalisateur remonte déjà à 'The Stripper' en 1963). Pour 'The Boys from Brazil' (Ces enfants qui venaient du Brésil), Goldsmith nous livre une très solide partition thriller au suspense tout aussi soutenu que dans le film, l'attraction principale du score restant indiscutablement la fameuse grande valse que le compositeur a écrit pour le long-métrage de Schaffner et qui fait office de thème principal de la partition.

La valse de 'The Boys from Brazil' fait partie des grandes mélodies écrites par le compositeur dans les années 70, années propices à l’imagination du maestro et qui lui ont permis d'accoucher de certains de ses plus grands chefs d'oeuvre. Entièrement symphonique, le score de ‘The Boys from Brazil’ retranscrit l’atmosphère de cette sombre intrigue fasciste au cœur du film en entretenant un suspense assez pesant largement véhiculé à travers le motif rythmique de cuivres menaçants liés au Dr. Josef Mengele (Gregory Peck) et son sinistre complot. Ce motif intervient dès la première scène du film et sera présent jusqu'au bout après avoir subit toute une série de développements.

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Quand à la fameuse valse faisant office de thème principal, elle est introduite dans l'assez brève ouverture du film et pose d’emblée l'esprit typiquement 'germanique' du score: effectivement, Jerry Goldsmith rend ici un brillant hommage au style des célèbres valses de Johann Strauss en créant cette grande danse tout à fait dans l'esprit des valses viennoises du 19ème siècle. Le thème se construit autour d’orchestrations brillantes, incluant cors, trompettes et cordes flottantes, reposant sur des harmonies à la fois simples et élégantes même si la deuxième partie de la valse s'emballe très nettement et fait intervenir le motif rythmique menaçant de Mengele, on pense alors au style plus torturé et sombre de la fameuse 'Valse' de Maurice Ravel, bien qu'ici le morceau de Goldsmith possède une consonance plus germanique d'esprit. D'autre part, ce choix d'une valse de type viennois à la Johann Strauss paraît plus qu'évident étant donné le contexte du film: même si Goldsmith associe cette valse au personnage d’Ezra Lieberman (Laurence Olivier) le personnage est originaire de Vienne et on entend ainsi la valse intervenir dans la scène du début où Lieberman descend d'un bus, scène qui permet d'introduire ce personnage principal on ne peut que penser au style à la fois ludique et cérémonieux de ces grandes valses viennoises qui nous rapprochent alors ici des nazis ce n'est d’ailleurs pas pour rien si l'on voit dans une scène du film des nazis danser au son du célèbre 'Beau Danube Bleu' de Johann Strauss. Cette mélodie possède un côté fasciste et ambigu (d’où une seconde partie plus sombre), ambiguïté qui instaure finalement une grande richesse d'idées dans cette excellente pièce.

Quoiqu'il en soit, il est évident que la valse principale est l'atout incontestable de la partition de ‘The Boys from Brazil’, qui démontre une fois encore toute l’étendue du talent du compositeur qui recherche continuellement le ton juste pour les films qu'il met en musique, surtout dans les films de Schaffner qui l'ont toujours particulièrement inspiré, en particulier lorsqu'il s'agit de se lancer de véritables défis artistiques/musicaux comme ce fut le cas sur l'inoubliable 'Planet of The Apes' ou sur 'Patton'. Le score de ‘The Boys from Brazil’ est somme toute assez conventionnel au regard des précédents chef-d’œuvres que nous a offert Jerry Goldsmith sur les anciens films de Schaffner, mais ses qualités sont bien présentes et indissociables des images du film.

La première scène du film évoque l'arrivée des nazis espionnés par Barry Kohler (Steve Guttenberg), scène introduisant le motif rythmique de cuivres menaçant liés aux nazis. Le reste du score développe à travers des orchestrations toujours très riches et tendues le style suspense/thriller du score, traversé par quelques brèves allusions au thème principal qui perd de plus en plus son importance au fur et à mesure que l’histoire du film progresse. On pourrait d’ailleurs ajouter que c'est le motif de Mengele qui finit par prendre le dessus dans le film, ce motif assez pesant devenant très vite omniprésent dans la plupart des morceaux sombres du score. Ce sont les cordes qui font véhiculer la tension à travers les quelques moments de suspense du score ou dans les passages d’action plus conventionnels (scène de l'affrontement final avec les chiens par exemple, Goldsmith faisant preuve une fois de plus d'un grand talent d'écriture lorsqu'il s'agit de faire éclater l'action), les cuivres étant plus souvent liés à l'aspect dangereux représenté par Mengele et sa horde de nazis, associés aux trombones et aux tubas. On pourrait d’ailleurs faire le rapprochement entre ce motif et le style rythmique d'un autre grand score thriller de l'époque, 'Capricorn One'. Il est vrai que Jerry Goldsmith renoue quelque part ici avec le style suspense de son score pour le film de Peter Hyams datant de 1977.

C'est tout de même la première scène d'introduction du film qui permet au thème de Mengele de se développer dans sa version intégrale avant de subir toute une série de développements (après tout, le personnage lui même change au court du film puisqu'il doit se résoudre ainsi à accomplir lui même sa tâche tout seul). Le thème est posé dès le début sous la forme d'une marche pesante et menaçante (une troupe de soldats défilent à l'écran dans la scène au Paraguay), l'illustration parfaite des nazis machiavéliques. Le reste du score de ‘The Boys from Brazil’ décrit donc la double traque du film, celle de Josef Mengele qui part à la recherche des personnes qu'il doit faire assassiner, et celle de Ezra Lieberman qui va tout faire pour stopper l'ancien tortionnaire nazi du camp de concentration d’Auschwitz.