Adieu maestro !
Par Cal, jeudi 2 avril 2009 à 23:34 :: General :: #75 :: rss

Jeudi 2 avril 2009, Une pensée profonde pour Fong, son épouse et toute la famille de Maurice Jarre en cette difficile journée marquée par les obsèques du Maestro à Los Angeles.
Il n’en composera plus malheureusement mais sa musique résonnera toujours au fond de nous. Maurice Alexis Jarre, compositeur, icône de toute une génération de musiciens qui a voué sa vie au service du cinéma international. France, Italie, Angleterre, Japon… mais ce fut avant tout l’Amérique qui le récompensa et reconnut ses talents de compositeur avec un premier film à grand spectacle produit par Sam Spiegel : "Lauwrence Of Arabia" de Sir David Lean.
Dès ce jour les deux hommes ne se quitteront plus enchaînant autant de films et de musiques mémorables pour lesquelles Maurice sera également récompensé. Est-il encore nécessaire de présenter Maurice Jarre et son immense talent de musicien de film. Reconnu dans le monde entier, il est avec Miklos Rozsa et Michel Legrand, « le compositeur » le plus récompensé au Monde.
Maurice Jarre a toujours eu le don de captiver musicalement et ce, avec 3 ou 4 musiciens autant qu’avec 80 ou 100 . Compositeur économique à ses débuts, il employait aussi peu d’instruments que possible. Pour lui, chaque chose, chaque lieu, et même l’objet le plus banal possible pouvait être matérialisé par un instrument, un son. A l’extrême et, exceptionnellement, il savait défouler un orchestre de plus de 100 musiciens afin de donner le souffle et l’impression d’une fresque monumentale.
De l’histoire intimiste à l’épopée guerrière, Maurice Jarre était à l’aise dans tous les genres que ce soit au cinéma comme à la télévision. Trop peu sollicité pour le petit écran, il laisse derrière lui une musique inoubliable pour la série « SHOGUN » mais également d’autres titres moins connus comme « Vendredi ou la vie Sauvage » de Gérard Vergez pour laquelle Maurice composa une très belle mélodie. Amoureux des instruments rares et des sons nouveaux, le musicien nous a fait redécouvrir le monde les yeux fermés par ses expériences souvent symphoniques mais également synthétiques. Ouvert à toutes formes d’expressions musicales, Maurice Jarre savait séduire par un lyrisme à fleur de peau et à d’autres moments rendre sa musique très difficile d’accès.
Toujours juste musicalement, Maurice Jarre savait exactement ce qu’il fallait pour un film. Toutes ses récompenses internationales et ses 3 oscars à Hollywood en sont la preuve. Sans œuvrer dans ce sens, beaucoup de ses thèmes se transformèrent en « tubes » comme il le disait : « La chanson de Lara », « Paris se met en colère », le thème lyrique du film « la nuit des généraux » fut interprété à plusieurs reprises par la chanteuse Mireille Mathieu. Des thèmes marquants composés uniquement dans le cadre dramatique d’un film, appropriés par des paroliers et des chanteurs de renommée mondiale mais également popularisé par un public friand de ses mélodies inoubliables.
Au-delà d’une passion sans limite pour la musique, Maurice Jarre était un homme qui aimait la vie, la nature, les animaux, le silence et surtout la compagnie de son épouse, Fong qu’il avait rencontré lors du tournage de « L’année de tous les dangers » qu’il aimait par dessus tout.
Afin de rendre Hommage à ce grand monsieur, nous avons choisi de citer quelques notes trouvées au dos de l’album « Fold out » de « Paris Brûle-t'il ? » qui caractérise bien le talent et la folie du musicien prêt-à-tout pour obtenir un effet, un rendu, une vibration… toute l’émotion de « L’ homme à la musique ».
« Grâce à douze pianos, j’ai obtenu un son à l’intérieur du son, un battement retenu et étouffé symbolisant le martèlement des pas dans les rues, ainsi le thème allemand qui est inquiétant, étrange et mystérieux. Pour évoquer la résistance, j’ai choisi un seul rythme, très simple, donné par la caisse claire, précise Maurice Jarre, pour que très vite le spectateur se familiarise avec le thème et sache qu’il représente la force cachée de la résistance.
J’ai été très fier que René Clément ait pensé à moi pour écrire la musique de ce film. Je sentais bien le sujet et ai compris immédiatement que se serait un travail énorme mais exaltant. A la libération de Paris, j’avais 14 ans. Ce fut une période de crainte constante. Tous ceux qui avaient entre 13 et 30 ans étaient menacés. Je me rappelle très bien la peur affreuse que nous avions de l’occupant, mais aussi un très grand espoir que soulevait l’idée de la libération. Les deux dernières années furent les plus difficiles. Nous avions constamment faim. Je revois encore mon père qui, à l’aide d’un pèse-lettres, pesait à chaque repas les morceaux de pain qu’il nous distribuait. C’était atroce ! Nous devions continuellement nous cacher. Que ce soit dans le métro ou dans la rue, le danger nous guettait partout et nous vivions dans la terreur perpétuelle d’être pris par l’occupant et envoyés en Allemagne pour le service obligatoire. Ce fut le sort de beaucoup de mes amis et c’est à eux et à tous ceux qui sont morts pour que Paris soit aujourd’hui une ville libre que je dédie cette musique ». Maurice Jarre 1966
Adieu maestro, reposes en paix, ta musique est avec nous.
Toute l'équipe du Site Français consacré à Jerry Goldsmith adresse ses plus sincères condoléances à Fong , ses enfants, ses amis...
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