BAJO FUEGO ! UN "big" score signé Jerry Goldmsith

Très chers visiteurs et fervents lecteurs de nos rétrospectives, depuis la création de notre site, nous avons réalisé un certains nombres d’articles concernant les scores les plus rares ou les plus méconnus du maestro Jerry Goldsmith.

Jerry Goldsmith écrivit un nombre importants de grands scores, mais également des musiques dites péjorativement « petites » ou mineures, qui furent souvent particulièrement malmenées par la presse et la critique musicale, les jugeant très souvent « creuses » pour utiliser leurs propres termes. Parmi ces scores, on pourra ainsi citer « Psycho II », « Criminal Law », « Rent-a-Cop », « Mr. Baseball », « Executive Decision », « Warlock », « Deep Rising » ou bien encore « Chain Reaction », qui fut pourtant une musique chère au compositeur. Le musicien fut psychologiquement très touché par la critique qui s’acharna plus particulièrement sur ce score. Parallèlement à sa structure semi moderne et ses rythmiques synthétiques, Jerry Goldsmith a voulu transmettre un message fort dans cette musique basée sur l’action, gravitant autour d’un très beau thème nostalgique associé dans le film au héros campé par Keanu Reeves.

Forts de leur poste occupé à l’époque, certains critiques déclarèrent carrément que le score de « Chain Reaction » était très proche de celui de « The Fugitive » de James Newton Howard (score qui fut lui-même pourtant déjà très inspiré du « Rambo » de Jerry Goldsmith !). Que dire au sujet de ces critiques peu scrupuleux qui, pour la plupart, ne connaissaient même pas la filmographie complète des compositeurs qu’ils critiquaient, omettant ainsi de faire allusion à leur propre culture musicale/cinématographique quasi inexistante pour certains. Malgré leur insouciance, ces gens là ont su faire beaucoup de tort dans ce domaine et ont réussi à ébranler psychologiquement le maestro Goldsmith au sujet de son métier. Entre la critique saignante et les productions américaines de plus en plus exigeantes, le maestro n’est pas ressorti indemne de tout cela : il fut très touché et particulièrement aigri par le système tout en travaillant pour un métier qu’il aimait par dessus tout et pour lequel il avait consacré toute sa vie, sans relâche, laissant de côté les passages très difficiles que le destin réserve inéluctablement à chacun de nous.

Tous ces « petits » scores laissés sur le banc de touche sont considérés de nos jours comme des références de « fonctionnalité » et de récurrences musicales pour la nouvelles génération.

Dans une de nos prochaines rétrospectives, nous reviendrons sur un autre score très critiqué de Jerry Goldsmith : « Deep Rising » (Un cri dans l’océan).

Photo/montage The musical law ©Droits réservés 2009 Création réalisé exclusivement pour cet article.

Pour notre nouvelle rétrospective, nous vous proposons de revisiter ensemble l’un des plus beaux scores de Jerry Goldsmith : « Under Fire ».

Rétrospective de Pascal Dupont et Quentin Billard.

Comme nous aimons souvent le rappeler, Jerry Goldsmith était un compositeur qui posait rapidement ses valises ou bien souvent, ne les posaient pas du tout. Ce fut le cas en 1984 lorsqu’il travailla pour Steven Spielberg avec « Twilight Zone : The Movie » et enchaîna dans la foulée avec le superbe film de Roger Spotiswoode, « Under Fire ».

Il était rare que le maestro n’arrive pas à briller ni à s’imposer dans ses musiques. Avec « Twilight Zone : The Movie », Jerry Goldsmith revint ainsi dans une « dimension » qu’il connaissait bien puisque c’est lui qui, en 1961, avait créé les plus belles lignes musicales pour la célèbre série TV du même nom créée par Rod Serling. Le score de « Twilight Zone » demeure à ce jour, avec celui de « Poltergeist », l’une des plus belles pages musicales écrites par le maestro Goldsmith dans le domaine du « fantastique ».

Goldsmith eut à peine le temps de se reposer qu’il lui fallait déjà s’atteler à l’écriture du score d’un film produit par Orion Pictures et Lions Gate Films sous l’égide de la Warner : « Under Fire ». Le film, qui s’avéra être de très bonne facture, intéressa plus particulièrement le compositeur.

Photo/montage The musical law ©Droits réservés 2009 Création réalisé exclusivement pour cet article.

« Under Fire » est une histoire d’amour, de politique et d’aventure se déroulant au Nicaragua en 1976 lors du renversement du régime Somoza, un sujet particulièrement séduisant pour le musicien, étant donné la situation géographique du film et le style ethnique à mette en place, sans oublier l’omniprésence de l’action tout au long du film, le tout valorisé par la performance exceptionnelle d’acteurs comme Nick Nolte et Gene Hackman. Dès sa sortie nationale, le film reçu un étonnant accueil enthousiaste et fut rapidement reconnu comme le meilleur film de reporters photographes jamais réalisé. Il fut ainsi récompensé à sa juste valeur. La critique était unanime à ce sujet et la musique de Jerry Goldsmith fut citée comme l’une des plus grandes jamais écrites dans ce domaine.

Le style musical latino-américain était un territoire déjà conquis par le maestro Goldsmith lorsqu’il commença à écrire sa partition. « Caboblanco », « High Velocity » et surtout « Breakout » permirent au musicien de pousser ses recherches stylistiques ethniques à son apogée, sans parler du score de « 100 Rifles » qui reste lui aussi un modèle d’efficacité du genre. La production d’Under Fire agit cette fois-ci avec intelligence en associant à ce film un compositeur de métier rodé, misant ainsi sur la réussite du projet.

Spotiswoode/ Nolte/ Goldsmith… un cocktail explosif !

Le film de Roger Spotiswoode bénéficia ainsi d’un score monumental écrit par un maestro à la créativité infatigable. Du grand art, tout simplement !

Jerry Goldsmith échafaude intelligemment son score sur les mêmes schémas que « The Chairman » de Jack Lee Thomson en 1969 mais avec cette fois-ci une guitare, dans son motif central soutenu par une vague rythmique ethnique d’une grande efficacité. Jerry Goldsmith transcende une fois de plus l’art dramatique par une expression musicale donnant clairement la sensation d’une claque en pleine figure.

Comme beaucoup de score du maestro, « Under Fire » résonne comme une musique familière mais toujours inédite. Partition splendide qui figure aujourd’hui au panthéon des grandes musiques de films, « Under Fire » est un suprême mélange de genres alliant à une sensibilité nuancée des tonalités d’une épopée brillante et fort dramatique à la fois, un score qui de part sa richesse de tons et son côté séduisant ne se démodera jamais.

Informations :

Jerry Goldsmith enregistra en 1984 la musique de « Under Fire » lors de sessions exclusivement prévues pour l’enregistrement du disque. Comme pour la bande son de « Damien : Omen II » ou « Wild Rovers » par exemple, la bande son de « Under Fire » n’est donc pas la même que celle entendue sur le Vinyl édité par la Warner à l’époque. Le superbe thème de « Bajo Fuego » qui ouvre brillamment l’album ne figure donc pas dans le film. Cette pièce initialement prévue pour les salles de concert s’est retrouvée en ouverture à la place des premiers thèmes musicaux du film, une pièce remarquable définissant à merveille le « génie » du maestro qui a toujours su exploiter le potentiel musical des solistes et des chanteurs avec qui il a collaboré, et plus particulièrement ici le soliste Pat Metheny, qui exécuta ainsi une performance tout bonnement splendide pour cette musique ! Le score du film est donc différent du disque et une édition complète serait donc plus que bienvenue afin de permettre aux auditeurs de redécouvrir l’intégralité de la partition d’Under Fire telle que le compositeur l’a souhaitée pour le film lui-même. Certaines séquences d’action ne figurent même pas sur l’album et des sections rythmiques entières sont totalement différentes sur CD, les sections électroniques intervenant elles aussi à différent moments.

Il y aurait tout un travail colossal de montage et de restauration à faire sur la musique de ce film, un travail d’orfèvre qui serait digne du label Intrada, à qui nous devons déjà quelques éditions salutaires telles que “Alien”, “Baby” ou bien encore “The Boys from Brazil”! Il faudrait donc qu’un label de renom se décide une bonne fois pour toute à rééditer ce chef-d’œuvre de la musique de film, car une véritable édition CD de la musique complète de « Under Fire » se fait toujours attendre…

Observation :

Comme pour beaucoup de scores inventifs du Goldsmith des années 70-80, la musique de « Under Fire » est un véritable modèle du genre réputé pour son action soutenue, ses nombreux passages ethniques Latino-américains, son atmosphère et sa grande diversité, un style souvent repris et détourné, qui inspira par la suite un grand nombre de jeunes compositeurs, ceux de Media Ventures notamment. Jerry Goldsmith possédait ainsi ce don de transcender chaque œuvre dite « sérieuse » en grand moment de bonheur. Par-delà l’action et le contenu dramatique du film, sa musique est vivante voire dansante par moment, un score que l’on a envie d’écouter tous les jours.

Bravo et encore merci, Jerry Goldsmith !

Pour tous les nouveaux amateurs de musiques de film qui ne connaissent pas ce score, laissez donc vous envahir par les émotions de cette grande partition, une musique qui vous emplira de bonheur, c’est sûr !

Photo/montage The musical law ©Droits réservés 2009 Création réalisé exclusivement pour cet article.

En plein coeur de la musique !

'Under Fire' est de loin la partition de Jerry Goldsmith la plus populaire des années 80. Impossible de rester insensible face aux inoubliables solos du guitariste Pat Metheny pour qui le compositeur a écrit dans son score quelques parties magnifiques de guitare acoustique. Impossible aussi de ne rien ressentir face au thème principal ('Rafael's Theme'), thème entraînant qui grandit de plus en plus dans le film pour devenir particulièrement prenant par la suite. Partition qui fleure bon les sonorités musicales de l'Amérique Centrale, 'Under Fire' permet au compositeur d'approfondir d'importantes touches ethniques, choisissant ici d'ajouter à son orchestre habituel des couleurs hispanisantes notamment à travers l'utilisation de la guitare de Pat Metheny mais aussi par le biais d'un tambourin et d'une flûte de pan (utilisé de manière rythmique, surtout lors du thème principal), sans oublier la touche habituelle du compositeur: l'utilisation très nette de ses synthétiseurs habituels, très présents tout au long du score de ‘Under Fire’. Si la musique met un peu de temps à se faire entendre dans le film (hormis la très brève première minute de musique du générique de début), c'est après la première demie heure du film que Jerry Goldsmith développe pleinement sa partition, retranscrivant à merveille les décors et les lieux du film, l'Amérique Centrale, le Nicaragua.

Le score s'axe ici autour de deux thèmes majeurs, un thème principal associé au personnage du révolutionnaire Rafael et un 'Love Theme' nostalgique et assez dramatique étant donné la situation difficile dans laquelle le couple Price/Claire se retrouve confronté dans ce pays meurtri par la guerre civile. Avec une progression étonnamment précise, le thème principal ne cesse de prendre de plus en plus d’ampleur pour devenir véritablement intense durant la scène où l'avion balance des prospectus de la photo bidon de Price faisant croire que le commandant Rafael est vivant malgré l'annonce de sa mort par le président Samoza. Le thème se distingue par l'utilisation de ces sons clairs de synthétiseur très présent dès le début du score, soutenu par un rythme de tambourin et une partie plus rythmique de flûte de pan. Le thème évoque le contexte révolutionnaire de l'histoire (ce n'est pas pour rien qu'il devient particulièrement prenant dans la scène de l'avion qui largue les prospectus en faveur de Rafael) tout en restituant très clairement la facette hispanisante/latino du score. Le thème d'Under Fire fait partie des grandes mélodies « eighties » du compositeur. Il est d’ailleurs assez amusant de constater à quel point ce thème peut paraître quelconque au premier abord, alors qu’il finit par devenir véritablement prenant et indispensable au fur et à mesure de son évolution dans le film. Quand au thème secondaire, il s'agit d’une mélodie romantique où interviennent une fois encore les synthétiseurs, la guitare et les cordes, sous un angle plus nostalgique et poignant, un très beau 'Love Theme' qui possède l'avantage de ne pas sonner mielleux ou naïf. Grâce à ces deux éléments thématiques, Jerry Goldsmith développe pleinement le climat émotionnel du score de ‘Under Fire’, l'émotion étant de toute évidence au rendez-vous dans cette grande partition d'aventure.

Photo/montage The musical law ©Droits réservés 2009 Création réalisé exclusivement pour cet article.

C'est le fameux 'Bajo Fuego' qui a assuré à lui tout seul le grand succès de cette partition incontournable de Jerry Goldsmith. Composé pour une version spéciale pour l'album de ‘Under Fire’, cet excellent thème de guitare apparaît dans le film pour la scène où Price se fait poursuivre par les soldats alors qu'il a pris des photos de l'exécution de son ami Alex. Pat Metheny expose fièrement ici ses talents de guitariste (dans une version un peu 'live') tandis que les cordes reprennent ce thème d'aventure assez rythmé soutenu par des orchestrations de cordes assez intéressantes (on retrouve ici aussi les rythmiques syncopées typiques du compositeur). L’utilisation parfois assez appuyée de la partie électronique, contribue grandement à créer une couleur particulière au score. Le 'Love Theme' apparaît à quelques reprises pour décrire la relation amoureuse entre Price et Claire, avec toujours ce côté vaguement dramatique nous rappelant que l'un d'entre eux peut se faire abattre à tout moment par les militaires. Goldsmith nous propose une ultime version romantique de ce thème dans une très belle envolée de cordes lyriques au début de 'Nicaragua', passage bizarrement non utilisé dans le film d'ailleurs, Jerry Goldsmith ne conservant que la superbe reprise du thème principal pour le générique de fin.

Les quelques parties d'action interviennent surtout vers la fin du film, tandis que le compositeur nous réserve un bref moment de triomphe pour la chute de Samoza à la fin du film, sans oublier un passage paisible très hispanique d'esprit durant la scène où Price et Claire se retrouvent dans le camp des rebelles. Le score possède aussi quelques moments dramatiques et sombres, comme par exemple dans la scène où Price découvre les cadavres des rebelles qu'il a livrés involontairement à l'ennemi à cause de ses photos (utilisation des cordes résignées dans ce passage).

Considéré généralement comme l’une des partitions maîtresses du Jerry Goldsmith des années 80, 'Under Fire' a de quoi en satisfaire plus d’un, grâce à l'impact émotionnel que le score du compositeur crée dans le film, mais aussi par sa très grande qualité d'écriture irréprochable (les parties de guitare sont vraiment excellentes, de même que le 'Love Theme' possède un côté mélodique très raffiné). Avec de grands morceaux comme 'Bajo Fuego' ou 'Nicaragua', 'Under Fire' est un hit incontournable du compositeur. 'Avec de grandes oeuvres telles que 'Gremlins', 'Twilight Zone: The Movie', 'Legend', 'The Burbs' ou bien encore 'Poltergeist' et 'First Blood', Under Fire est partition de référence du Jerry Goldsmith des années 80, un score très populaire pour un film qui semble avoir particulièrement inspiré le maestro.

Rétrospective de Pascal Dupont et analyse musicale de Quentin Billard.

©Droits réservés The Musical law. ( site non commercial ) L'affichette de la nomination de Jerry Goldsmith n'est pas l'originale, elle a été refaite sur la base "exemple" d'un document réel, uniquement pour agrémenter visuellement la rétrospective. Les photos montages sont tirées du documentaire de La RTBF "Cinemagic" cinemusic. Avec leur aimable autorisation.

Dans notre article, nous avons volontairement repris quelques citations du très regretté critique de musique de film Bertrand Borie. Under Fire était un de ses score favori. Nous lui rendons hommage à cette occasion.

Fidèles lecteurs, que la musique du maestro Goldsmith soit toujours avec vous !

Sebastian en CD

L'année 1968 fut un millésime exceptionnel pour le maestro Jerry Goldsmith, lorsqu'il composa le redoutable score de « Planet of the Apes » qui fit l’effet d’une véritable bombe musicale dans le milieu du cinéma U.S. et qui fit de lui LE compositeur indispensable pour le grand Hollywood. En cette année 1968, le compositeur navigua ainsi entre science-fiction, western (« Bandolero »), polar (« The Detective ») et film d'espionnage avec le long-métrage méconnu de David Green, « Sebastian » (Les filles du code secret), le tout avec une créativité déconcertante à chaque fois.

« Sebastian » est un score frais, dynamique et très éclectique, articulé autour d'un thème principal rock très sympa et une atmosphère de suspense jazzy très élaboré, avec le morceau « The Trip » particulièrement inspiré, et qui n'est pas sans nous rappeler quelques sonorités toutes droites tirées de « Planet of the Apes » en passant par « The Decoders » de Jean-Sébastien Bach (arrangé par le maestro lui-même pour l’occasion), une mixture Goldsmith/musique baroque du meilleur effet. (A noter qu’il s’agit d’un style un peu particulier que l'on retrouvera en 1971 dans l'excellent « Brotherhood of the Bells » de Paul Wendkos). Jerry Goldsmith écrivit donc ce score avec un orchestre symphonique restreint auquel il a associé une formation jazz traditionnelle. Comme vous pourrez certainement le constater en écoutant « Sebastian », Jerry Goldsmith apporte un souffle particulier à ce petit score parfaitement mis en valeur par l'éditeur Harkit Records, une édition mystérieuse certes, puisqu’on pensait d’abord à Intrada ou FilmScore Monthly ! Quoi qu'il en soit et malgré la suspicion entourant la légitimité de cet enregistrement, le cd existe bien aujourd'hui et ravira les inconditionnels du très regretté maestro. Nous, on adhère à 100% !