TENERIFF / Fimuciné 3 > Auditorium de Teneriff

Concert exceptionnel donné en hommage au maestro Jerry Goldsmith pour son 80ème anniversaire.



Le samedi 25 juillet, le très talentueux compositeur Joel McNeely, accompagné du Tenerife Film Orchestra, interprétera différentes oeuvres du maestro Jerry Goldsmith. De « Star Trek First Contact », « Capricorn One », « Planet of the Apes » en passant par « Poltergeist », « Gremlins » et d'autres oeuvres plus récentes comme « The Sum of all Fears », McNeely survolera, le temps d'un concert hommage, quelques grandes oeuvres nous rappelant l'extraordinaire carrière monumentale du très regretté musicien californien. Cet événement sera coproduit et présenté par Robert Townson du label Varèse Sarabande. Joel McNeely terminera le concert avec une suite de « The Omen », la partition qui permit au maestro de remporter son "unique" oscar !

La même journée, quelques heures avant, un autre concert sera donné pour les 30 ans du chef d'oeuvre de Ridley Scott « Alien ». Le concert débutera sur l'une des oeuvres la plus complexe que Jerry Goldsmith ait crée. « A Biomechanical Symphony » est le nom donné à ce concert événement. D’autres partitions de la saga « Alien » seront également au programme de l'orchestre du Tenerife et dirigées par le directeur du festival Diego Navarro.

D'autres compositeurs seront présent pour l’occasion : Jan AP Kaczmarek (« Finding Neverland »), Mark Snow (« X-Files ») et Clint Mansell (« The Fountain »).

Cet événement qui marquera la clôture de ce festival, s'annonce d'ores et déjà riche en musique ! accès au site

Nouveau CD Club Varèse Sarabande

un souffle musical précoce chez Jerry Goldsmith !




Quelle idée géniale de la part du label Varèse Sarabande...

un CD officiel et un son entièrement restauré pour ce très beau score de Jerry Goldsmith composé en 1962. Pour beaucoup d'inconditionnels, « Lonely Are The Brave » (Seuls sont les indomptés) contient l’un des plus beaux thèmes qu'ait composé le maestro au tout début de sa carrière. Le jeune Jerrald Goldsmith ne décevra pas ses commanditaires pour ce superbe film culte, faisant la fierté du compositeur Alfred Newman qui influença les producteurs d'Universal dans leur choix du jeune et déjà talentueux musicien californien sur ce western moderne réalisé par David Miller. Comme pour beaucoup de films à ses débuts, Goldsmith hérite d'un scénario nouveau et moderne, qui, comme pour un certain nombre de scores tels que « Freud » ou la « Planet of the Apes », l'encourage à prendre des risques. A film nouveau, musique nouvelle qui ouvrira bon nombre de portes à toute une génération de compositeurs à venir. On se rend compte très rapidement que "la nostalgie" est une force majeure chez le musicien : l'utilisation de la trompette solo en est la preuve intuitive. Le thème avant-gardiste de « Lonely Are The Brave » est une sorte de cousin lointain de celui que le maestro composera des années plus tard pour le film non moins superbe de Ted Kotcheff, « First Blood », qui sera lui même inspiré du film de David Miller et de Kirk Douglas.

Il ne faudra que quelques notes pour que ce superbe thème devienne un premier classique du compositeur. Ancré au fond de votre mémoire, vous le siffloterai sans savoir de quel film il provient et ne vous lâchera plus d’une semelle ! L'ensemble de la partition est grandiose, un coup de maître comme Goldsmith savait le faire si souvent.

Un grand merci à Robert Townson et toute son équipe...

Revenons en quelques ligne au coeur de cette partition unique du grand Jerry Goldsmith.

Jerry Goldsmith composait avec « Lonely Are The Brave » une de ses premières grandes partitions pour le cinéma à une époque où il n’était pas très connu et qu'il venait à peine de rentrer dans le monde du cinéma après avoir écrit pour la radio et la télévision dans les années 50. Le score de « Lonely Are The Brave » nous montre déjà les grandes qualités d'écriture du compositeur qui manie à merveille les éléments musicaux traditionnels des musiques de western, puisque le maestro utilise entre autre une guitare, un harmonica et un tambourin avec l'orchestre symphonique traditionnel agrémenté de quelques percussions. Articulé autour d’un unique thème principal, le score se développe autour de deux axes musicaux très distincts: une partie de style western avec une série de variations autour du thème principal lié au héros du film, Jack Burns – interprété par Kirk Douglas - et une partie plus sombre qui évoque la traque entre Jack et les policiers (et dans laquelle Goldsmith se montre très inventif dans ses orchestrations et ses différents effets instrumentaux, typiques de sa musique symphonique des années 60). Pour être plus précis, un aspect étonnant du score de Goldsmith reste l'absence quasi totale d'éléments musicaux pouvant être rattachés à l'époque moderne dans laquelle se déroule l'histoire : la musique est vue uniquement du point de vue de Jack Burns. Après quelques notes de guitare dans l'introduction du film annonçant brièvement le thème principal, le « Main Title » intervient pour développer ce thème très mélodique et facilement mémorisable, entendu ici à la trompette - instrument illustrant à merveille l’idée du héros solitaire, tout comme le fera Goldsmith 20 ans plus tard dans son inoubliable « Main Title » pour « First Blood ». Il s’agit de l'un des premiers grands thèmes du compositeur qui prolongera son travail sur le genre du western avec des films tels que « Rio Conchos » (1964), « Stagecoach » (1966), « Hour of The Gun » (1967), « Bandolero! » (1968) et bien d’autres encore. Goldsmith fait intervenir l'orchestre avec des cordes mélodiques, un tambourin, un harmonica et une guitare omniprésente, le tout enveloppé dans un style mélodique qui illustre très clairement le caractère solitaire de ce dernier cow-boy issu d'une époque révolue. Goldsmith a sut parfaitement cerner l’âme solitaire du personnage en écrivant cette grande mélodie qui marque immédiatement l'esprit même après la première écoute - on sent d’ailleurs à quel point le compositeur a apprécié ce thème puisqu'il le développera très souvent tout au long du film et du score.

Un morceau attire tout de suite notre attention dans le film : celui de la bagarre dans le bar au début du film. Première pièce de style action du score, cette séquence de rixe violente permet à Goldsmith d'utiliser une écriture orchestrale brutale et sèche nous démontrant toute sa maîtrise de l'orchestre et ce même s'il est encore très jeune à l'époque (il n'a que 33 ans lorsqu'il compose le score de « Lonely Are The Brave » !). Le morceau apporte une certaine violence à cette scène superbement filmée que Goldsmith illustre comme une sorte de match de boxe en plusieurs rounds (notons l'utilisation remarquable des différentes percussions). Le reste du score s'attachera dans un premier temps à développer le thème de Jack agrémenté de quelques passages plus calmes ou des moments plus intimes (scène où Jack fait ses adieux à Paul en s'évadant de prison), soutenu par une écriture de cordes/vents plus minimaliste. Mais c'est au cours de la deuxième partie du film que la musique deviendra nettement plus sombre et tendue. On y découvrira même quelques petites touches d'humour avec en particulier ce petit passage mexicain/hispanisant enjoué lorsque Jack sort du bar avec les policiers ou lorsque Goldsmith utilise ce motif de vents avec trompettes en sourdine pour illustrer la flemmardise du shérif et de son conjoint qui ont l'air de s'ennuyer fermement dans leur commissariat où il ne se passe pas grand chose. Enfin, c'est la longue chasse à l’homme finale dans les montagnes qui apporte une touche nettement plus sombre au score de « Lonely Are The Brave ».

On pouvait déjà entendre une partie plus sombre durant la scène où Jack se fait démolir par Gutierrez (George Kennedy), l'un des sous-fifres du shérif. Mais cette longue séquence de traque dans les montagnes permet à Jerry Goldsmith de maintenir la tension en illustrant constamment le danger qui plane sur notre héros, toujours accompagné de son fidèle cheval qui ne le quitte jamais. On retrouve ici des orchestrations plus soutenues et inventives avec la présence du thème principal qui subira maintes variations (parfois à la guitare, aux cuivres, aux cordes ou à l'harmonica), illustrant la progression du personnage tout au long de l'histoire. La facette action sombre de ces grandes parties du score annonce déjà le style de futures partitions telles que « The Sand Pebbles » ou « Rio Lobo » (score qui rappelle beaucoup le style de « Lonely Are The Brave », surtout dans l'utilisation des instruments typiques des musiques de western). Finalement, le thème de Jack revient dans une forme plus héroïque alors que ce dernier arrive à semer ses poursuivants vers la fin du film sur son cheval, ultime reprise confiée ici à l'orchestre avec des cuivres plus majestueux, évocation finale de la chevauchée du héros en quête de liberté.

« Lonely Are The Brave » demeure au final une partition de référence dans la carrière de Jerry Goldsmith, car on sent déjà poindre ici une certaine maturité d'écriture étonnante pour son époque, avec un goût raffiné et sûr pour l'écriture orchestrale - sans omettre de mentionner l’utilisation remarquable des solistes. En se basant sur un unique thème fédérateur, Goldsmith arrive à capter dans sa musique l’essence même du western de David Miller, une musique à la fois héroïque et dramatique pour l'aventure crépusculaire d'un cow-boy en perdition, qui tente de survivre dans un monde qui n’est plus le sien et qui le rejette totalement. Première grande partition western du compositeur (après l’oublié « Black Patch » en 1957) et première grande oeuvre qui contribuera à la popularité de Jerry Goldsmith au cinéma en 1962 (avec le magnifique score pour « Freud » de John Huston), « Lonely Are The Brave » est une petite réussite que l’on pourra enfin apprécier dans son intégralité grâce à la récente édition salutaire de Varèse Sarabande, une oeuvre incontournable pour tous ceux qui s'intéressent aux débuts assez grandioses du compositeur dans le cinéma américain !

un score a consommer sans modération !

Première Victoire pour Douglass Fake.

Il y a quelques années, le créateur du label Intrada était interviewé par les membres de Soundtrack Magasine, la fameuse revue de Luc Van de Ven.

Doug Fake s’était exprimé à propos de la partition musicale du film « In Harm’s Way » (Première victoire) d’Otto Preminger, expliquant ainsi qu’il s’agissait de l’un des tous premiers 33 tours de Jerry Golsmith qu’il acheta à l’époque, et que ce score demeurait l’une de ses partitions préférées des œuvres de jeunesse du musicien.

Nous comprenons mieux maintenant cet élan pour cette ultime réédition CD. Question contenu, rien de plus ni de moins, il s’agit plutôt d’un cadeau offert à tous les fans du maestro (pour ceux qui ne possèdent pas encore ce CD). UN INCONTOURNABLE !

Bravo Monsieur Fake ! INTRADA

Pour Jerry Goldsmith, ‘In Harm’s Way’ représenté sa seule et unique participation à la musique d'un film d'Otto Preminger (à noter que le compositeur fait une brève apparition en pianiste vers le début du film). Si le score de 'In Harm's Way' ne paie pas de mine à première vue (il y a assez peu de musique durant les quelques 165 minutes de métrage), la partition surprend par son impressionnante variété de style et la qualité de ses thèmes. Ainsi, 'Liz in Harm's Way', le premier élément du score qui apparaît au début du film, s'apparente à une pièce jazzy évoquant les frivolités de Liz (Barbara Bouchet), la femme d'Eddington (Kirk Douglas) qui passe la nuit avec un major de l'Air Corps au bord d'une plage. Le jazz de type big-band (la musique de cette époque) est ici associé à l'insouciance de la femme, une idée que l'on retrouve aussi dans le non moins jazzy 'Night on The Beach' pour la scène de séduction sur la plage au début du film. On découvre aussi d'autres moments plus surprenants de par leur légèreté comme 'Hawaii Mood' et ses rythmes tropicaux de marimba, décrivant de manière très typée la musique locale hawaïenne pour une scène festive à Honolulu, une idée que l'on retrouve dans 'Native Quarter' lorsque Eddington accueille les infirmières sur un ton très festif. Mais ces moments de légèreté et d'insouciance contrastent alors violemment dans le film avec la partie plus sombre et dramatique du score, comme 'Positive Identification' (scène où Eddington se rend à la morgue et voit le cadavre de sa femme) et ses cordes plaintives. On regrettera néanmoins que la partie plus dramatique soit nettement moins inspirée que la partie action/martiale du score.

Le score possède deux thèmes majeurs, le premier étant le très joli 'Love Theme' associé à Torrey et Maggie, le second étant le 'Battle Theme', thème de bataille particulièrement entraînant et martial qui sera aussi associé au capitaine Rockwell Torrey (John Wayne). A ce sujet, la première apparition du thème dans le film ('The Rock') se fait lors de la scène où Torrey emmène ses troupes vers les îles du pacifique, avec un rythme martial entraînant et une importante section de cuivres héroïques. Superbe thème guerrier entraînant, le 'Battle Theme' prend ici une connotation plus positive, plus déterminée avant le début des combats. Il évoque non seulement la détermination de Torrey et de ses troupes mais aussi l'espoir d'une future première victoire après la déroute de l'attaque surprise sur Pearl Harbor. C'est toute la partie action du score qui attire particulièrement notre attention dans le film. Ainsi, 'One-Way Ticket' et son atmosphère plus pesante lorsque Eddington se lance seul contre les troupes japonaises dans un véritable raid-suicide en solo est un solide exemple du style action flamboyant de Goldsmith dans les années 60/70. 'Attack' est quand à lui le morceau d'action majeur du score, avec ses rythmes martiaux martelés et entraînants, ses cuivres guerriers et ses orchestrations cuivrées typiques du compositeur (les orchestrations étant déjà assurées à l'époque par Arthur Morton). Aucun doute possible, Goldsmith annonce déjà ici le style du fameux 'The Sand Pebbles' et du futur 'MacArthur', autre film de guerre que le maestro composera vers la fin des années 70. Le thème guerrier de trompette de 'The Rock' subit ici une multitude de variations alors que les navires américains se rapprochent des troupes japonaises pour l'ultime bataille navale, le morceau alternant entre rythmes martiaux frénétiques dans un style action du plus bel effet (on sent déjà le style des futures grandes partitions d'action de Jerry Goldsmith!) et passages plus menaçants évoquant le rapprochement des navires japonais.

C'est d'ailleurs toute la section consacrée à l'arrivée des navires japonais qui attire notre attention avec son matériel 'suspense' utilisant une instrumentation inventive comme ces effets électroniques lointains, ces cuivres dans le grave ou ces glissendi de marimba plutôt étonnants et synonymes de menace. L'effet à l'écran demeure très réussi, le maestro en profitant pour nous prouver dès 1965 qu'il était déjà un maître des musiques d'action et des instrumentations inventives qui culmineront en 1968 avec son véritable tour de force orchestral, 'Planet of The Apes'. On regrettera le fait que ces passages d'action/suspense soient absents de l'enregistrement japonais de ce score qui omet ainsi beaucoup de grands moments de la partition de 'In Harm's Way'

En dehors de ces parties d'action qui évoquent les combats féroces auxquels se livrent les américains et les japonais, la partition fait aussi appel au sympathique 'Love Theme' de Maggie et Rockwell, écrit pour piano, cordes et vents, tout à fait typique des grands thèmes romantiques que composait Goldsmith dans les années 60/70. Ce thème apporte néanmoins un relief émotionnel au score, qui, comme annoncé précédemment, alterne les ambiances d'une manière éclectique tout à fait étonnante pour un film de guerre de ce genre - la trame dramatique et humaine du film étant ainsi pleinement représentée par le score de Goldsmith. A noter que le film se conclut sur un 'First Victory' particulièrement sombre, car, même si le film finit sur la victoire des américains, l'amiral Torrey est l'un des rares survivants de l'attaque finale qui lui a coûté ses jambes. C'est sur cette note amère que le compositeur a décidé de finir le film, utilisant un orchestre sombre et agité (cuivres et cordes à l'appui) alors que l'on aperçoit au cours du générique de fin des plans d'une mer déchaînée représentant métaphoriquement le chaos de la guerre.

Le score d' ‘In Harm’s Way’ nous prouve déjà que le maestro était un musicien talentueux et inspiré malgré le fait qu'il débutait encore dans le milieu hollywoodien à cette époque. Loin d'être complètement datée, cette sympathique partition orchestrale évoque déjà le style futur des scores d'action qu'écrira Goldsmith par la suite, un score qui, sans être un premier grand chef-d'oeuvre du compositeur, pose déjà les bases d'un style musical personnel qui aboutira pleinement dans les années 70 lorsque le compositeur aura à son actif quelques premiers grands chef-d'oeuvres tels que 'Planet of The Apes', 'Alien', 'Patton', 'The Omen' ou 'Papillon'. Voilà en tout cas un score prometteur et éclectique qui en dit déjà long sur le talent du maestro californien!

Merci Intrada pour cette belle réédition. Un coup de cœur pour Douglass Fake qui aime beaucoup cette partition ! Nous le partageons avec lui.