
Première Victoire pour Douglass Fake.
Il y a quelques années, le créateur du label Intrada était interviewé par les membres de Soundtrack Magasine, la fameuse revue de Luc Van de Ven.
Doug Fake s’était exprimé à propos de la partition musicale du film « In Harm’s Way » (Première victoire) d’Otto Preminger, expliquant ainsi qu’il s’agissait de l’un des tous premiers 33 tours de Jerry Golsmith qu’il acheta à l’époque, et que ce score demeurait l’une de ses partitions préférées des œuvres de jeunesse du musicien.
Nous comprenons mieux maintenant cet élan pour cette ultime réédition CD. Question contenu, rien de plus ni de moins, il s’agit plutôt d’un cadeau offert à tous les fans du maestro (pour ceux qui ne possèdent pas encore ce CD).
UN INCONTOURNABLE !
Bravo Monsieur Fake ! INTRADA
Pour Jerry Goldsmith, ‘In Harm’s Way’ représenté sa seule et unique participation à la musique d'un film d'Otto Preminger (à noter que le compositeur fait une brève apparition en pianiste vers le début du film). Si le score de 'In Harm's Way' ne paie pas de mine à première vue (il y a assez peu de musique durant les quelques 165 minutes de métrage), la partition surprend par son impressionnante variété de style et la qualité de ses thèmes. Ainsi, 'Liz in Harm's Way', le premier élément du score qui apparaît au début du film, s'apparente à une pièce jazzy évoquant les frivolités de Liz (Barbara Bouchet), la femme d'Eddington (Kirk Douglas) qui passe la nuit avec un major de l'Air Corps au bord d'une plage. Le jazz de type big-band (la musique de cette époque) est ici associé à l'insouciance de la femme, une idée que l'on retrouve aussi dans le non moins jazzy 'Night on The Beach' pour la scène de séduction sur la plage au début du film. On découvre aussi d'autres moments plus surprenants de par leur légèreté comme 'Hawaii Mood' et ses rythmes tropicaux de marimba, décrivant de manière très typée la musique locale hawaïenne pour une scène festive à Honolulu, une idée que l'on retrouve dans 'Native Quarter' lorsque Eddington accueille les infirmières sur un ton très festif. Mais ces moments de légèreté et d'insouciance contrastent alors violemment dans le film avec la partie plus sombre et dramatique du score, comme 'Positive Identification' (scène où Eddington se rend à la morgue et voit le cadavre de sa femme) et ses cordes plaintives. On regrettera néanmoins que la partie plus dramatique soit nettement moins inspirée que la partie action/martiale du score.
Le score possède deux thèmes majeurs, le premier étant le très joli 'Love Theme' associé à Torrey et Maggie, le second étant le 'Battle Theme', thème de bataille particulièrement entraînant et martial qui sera aussi associé au capitaine Rockwell Torrey (John Wayne). A ce sujet, la première apparition du thème dans le film ('The Rock') se fait lors de la scène où Torrey emmène ses troupes vers les îles du pacifique, avec un rythme martial entraînant et une importante section de cuivres héroïques. Superbe thème guerrier entraînant, le 'Battle Theme' prend ici une connotation plus positive, plus déterminée avant le début des combats. Il évoque non seulement la détermination de Torrey et de ses troupes mais aussi l'espoir d'une future première victoire après la déroute de l'attaque surprise sur Pearl Harbor. C'est toute la partie action du score qui attire particulièrement notre attention dans le film. Ainsi, 'One-Way Ticket' et son atmosphère plus pesante lorsque Eddington se lance seul contre les troupes japonaises dans un véritable raid-suicide en solo est un solide exemple du style action flamboyant de Goldsmith dans les années 60/70. 'Attack' est quand à lui le morceau d'action majeur du score, avec ses rythmes martiaux martelés et entraînants, ses cuivres guerriers et ses orchestrations cuivrées typiques du compositeur (les orchestrations étant déjà assurées à l'époque par Arthur Morton). Aucun doute possible, Goldsmith annonce déjà ici le style du fameux 'The Sand Pebbles' et du futur 'MacArthur', autre film de guerre que le maestro composera vers la fin des années 70. Le thème guerrier de trompette de 'The Rock' subit ici une multitude de variations alors que les navires américains se rapprochent des troupes japonaises pour l'ultime bataille navale, le morceau alternant entre rythmes martiaux frénétiques dans un style action du plus bel effet (on sent déjà le style des futures grandes partitions d'action de Jerry Goldsmith!) et passages plus menaçants évoquant le rapprochement des navires japonais.
C'est d'ailleurs toute la section consacrée à l'arrivée des navires japonais qui attire notre attention avec son matériel 'suspense' utilisant une instrumentation inventive comme ces effets électroniques lointains, ces cuivres dans le grave ou ces glissendi de marimba plutôt étonnants et synonymes de menace. L'effet à l'écran demeure très réussi, le maestro en profitant pour nous prouver dès 1965 qu'il était déjà un maître des musiques d'action et des instrumentations inventives qui culmineront en 1968 avec son véritable tour de force orchestral, 'Planet of The Apes'. On regrettera le fait que ces passages d'action/suspense soient absents de l'enregistrement japonais de ce score qui omet ainsi beaucoup de grands moments de la partition de 'In Harm's Way'
En dehors de ces parties d'action qui évoquent les combats féroces auxquels se livrent les américains et les japonais, la partition fait aussi appel au sympathique 'Love Theme' de Maggie et Rockwell, écrit pour piano, cordes et vents, tout à fait typique des grands thèmes romantiques que composait Goldsmith dans les années 60/70. Ce thème apporte néanmoins un relief émotionnel au score, qui, comme annoncé précédemment, alterne les ambiances d'une manière éclectique tout à fait étonnante pour un film de guerre de ce genre - la trame dramatique et humaine du film étant ainsi pleinement représentée par le score de Goldsmith. A noter que le film se conclut sur un 'First Victory' particulièrement sombre, car, même si le film finit sur la victoire des américains, l'amiral Torrey est l'un des rares survivants de l'attaque finale qui lui a coûté ses jambes. C'est sur cette note amère que le compositeur a décidé de finir le film, utilisant un orchestre sombre et agité (cuivres et cordes à l'appui) alors que l'on aperçoit au cours du générique de fin des plans d'une mer déchaînée représentant métaphoriquement le chaos de la guerre.
Le score d' ‘In Harm’s Way’ nous prouve déjà que le maestro était un musicien talentueux et inspiré malgré le fait qu'il débutait encore dans le milieu hollywoodien à cette époque. Loin d'être complètement datée, cette sympathique partition orchestrale évoque déjà le style futur des scores d'action qu'écrira Goldsmith par la suite, un score qui, sans être un premier grand chef-d'oeuvre du compositeur, pose déjà les bases d'un style musical personnel qui aboutira pleinement dans les années 70 lorsque le compositeur aura à son actif quelques premiers grands chef-d'oeuvres tels que 'Planet of The Apes', 'Alien', 'Patton', 'The Omen' ou 'Papillon'. Voilà en tout cas un score prometteur et éclectique qui en dit déjà long sur le talent du maestro californien!
Merci Intrada pour cette belle réédition.
Un coup de cœur pour Douglass Fake qui aime beaucoup cette partition !
Nous le partageons avec lui.