Fimucité Festival Tenerife 3 : bilan

Le 24 Juillet Un événement marqué dans un premier temps par une Master class (le 24 juillet).

Le 25 juillet Concert « 30ème anniversaire » consacrée à la série des films de la saga ALIEN avec une suite impressionnante du grand chef-d‘œuvre de Jerry Goldsmith dirigée par Diego Navarro, incluant « Main Title », « The Landing », « Breakaway », « The Droid », « The Door » et « End Title ». Ce fut ensuite au tour du compositeur Mark Snow de diriger le Tenerife Symphony Orchestra and Chorus en hommage au grand maître incontesté de la musique de film - Joel McNeely étant momentanément indisposé, pour des soucis de santé assez graves.

Diverses personnalités étaient présentes ce soir-là, avec notamment Robert Townson de Varèse Sarabande qui partagea brièvement ses quelques souvenirs de grands moments passés en compagnie du musicien californien. Un Fimucité Award© fut remis à l’épouse du compositeur, Carol Goldsmith, en reconnaissance d’une carrière unique et magistrale. De sa voix fine et douce, elle remercia l’audience, l’organisation et surtout Mark Snow pour la qualité de sa direction d’orchestre et de son interprétation d’œuvres complexes du maestro Jerry Goldsmith.

Pour le concert, le programme fut principalement axé sur les musiques de films de science-fiction/fantastique, des œuvres très représentatives et complexes du grand Jerry Goldsmith.

Un grand moment de musique pendant lequel la flamme et la magie du maestro Goldsmith furent bel et bien là !

Jerry Goldsmith+Ida Lupino... Un cocktail créatif bien sympa !

En 1966, le maestro Jerry Goldsmith créé la surprise en répondant positivement à la demande de la réalisatrice Ida Lupino en écrivant la musique de la sympathique comédie « The Trouble With Angels », un score surprenant, rafraîchissant et délirant, annonçant déjà le style du Goldsmith des films de Joe Dante. Question contenu, la galette récemment éditée par Harkit Records ne fait que reprendre le contenu de l’album sorti « clandestinement » il y a quelques années chez Tsunami Records. Musicalement parlant, c’est un pur régal, tout simplement !

Nous reviendrons prochainement sur une analyse plus complète de ce merveilleux score de Jerry Goldsmith et du film délirant d'Ida Lupino. A suivre...

Renaissance !

Quel bonheur et quelle bonne idée d’avoir édité une version complète d'un des scores les plus critiqués du maestro Jerry Goldsmith des années 80, « Rent-a-Cop ». L'échec du film de Jerry London au box office ne contribua guère à promouvoir le score partiellement édité par Intrada, un CD conçu trop rapidement, et qui, comme pour beaucoup d’autres albums à cette époque, s’avérait être incomplet, ne retransmettant pas vraiment l’intégralité de l’architecture musicale échafaudée par un compositeur toujours plus inventif que jamais. « Rent-a-Cop » est un score d’action robuste et complexe comme seul Goldsmith savait les faire avec des effets musicaux est des techniques de composition très représentatives de cette période pendant laquelle le maestro travaillait avec de très bons orchestres hongrois, une partition mal perçue par les critiques de musique de films et trop vite jetée au placard.

Avec cette nouvelle édition CD complète, Intrada met tout le monde d'accord et redonne une certaine âme à cette redoutable musique synthético-orchestrale, une période très fructueuse pour Jerry Goldsmith, qui fut malheureusement aussi marquée par les rejets de plusieurs de ses scores tels que « Gladiator » ou le grandiose « Alien Nation », dont certains sont aujourd’hui appréciés à leur juste valeur grâce à de bonnes édition CD.

Pour tous ceux qui n'ont pas aimé le film de Jerry London, le score de « Rent-a-Cop » s'apprécie seul et surtout au casque... les effets stéréophoniques électroniques sont particulièrement saisissants, comme toujours chez Goldsmith ! N’oublions pas non plus toute la dimension « romantique » kitsch voulue par le compositeur sur ce film, avec un Love Theme très années 80 qui rappelle beaucoup certaines musiques de sagas télévisées de l’époque (« Dynasty » par exemple) : un pur régal pour les fans du genre !

Merci Douglass Fake et Intrada !

Écoutez...

Emotion musicale garantie !

Le maestro Jerry Goldsmith s’est spécialisé depuis le début des années 60 dans les musiques de western, qu’il s’agisse de films tels que « Black Patch » (1957), « Face of a Fugitive » (1959), « Lonely Are the Brave » (1962), « Rio Conchos » (1964), « Stagecoach » (1966), « Hour of the Gun » (1967), « Bandolero ! » (1968), « 100 Rifles » (1969), « The Ballad of Cable Hogue » (1970), « Rio Lobo » (1970) ou le téléfilm « The Red Pony » (1973). Pour « One Little Indian », Jerry Goldsmith fait appel à son inventivité habituelle et son sens aigu de l’instrumentation - épaulé par son fidèle complice de toujours, Arthur Morton. Le maestro nous livre ainsi une partition symphonique soutenue par deux thèmes mémorables, un thème d’aventure typiquement western associé dans le film à Clint Keyes, et un thème plus nostalgique et intime associé à Mark, et à son amitié avec le déserteur. Dès l’ouverture du film (« Escort the Prisoner »), Goldsmith déploie avec imagination tout son attirail instrumental habituel : percussions sud-américaines diverses (guiro, maracas, etc.) incluant quelques percussions mélodiques (xylophone, marimba, etc.), guitare électrique très 70’s, accordéon, orchestre symphonique habituel, etc. Le thème principal est très vite annoncé aux cuivres lorsqu’on voit Keyes sur le dos d’un cheval, capturé par deux militaires. Le guiro accompagne ici le thème par un rythme soutenu et très énergique à l’écran, avec quelques timbales et des orchestrations toujours très soignées et inventives, typique des partitions western du Goldsmith des années 60/70. La partie finale de « Escort the Prisoner » nous permet enfin d’entendre le second thème, le thème de Mark, associé ici aux indiens capturés par les militaires et ramenés au fort au début du film. Quand aux militaires eux-mêmes, leur présence est très clairement suggérée à l’écran par quelques roulements de caisse claire et de timbales.

Dès lors, Jerry Goldsmith pose les bases de sa partition et développe ses deux thèmes tout au long du film, variant les ambiances à loisir. Dans « He’s White », le thème de Mark revient dans une version plus lente et quelque peu mélancolique, alors que le jeune garçon est arraché à ses parents indiens et confié à un révérend. Les cordes, les vents, la harpe et la guitare apportent ici un lyrisme plus mélancolique suggérant les sentiments du jeune enfant. On retrouve ce thème dans une version plus optimiste et nostalgique avec « Thirsty Boy », lorsque Mark s’enfuit et traverse le désert. Goldsmith apporte une certaine beauté à son thème à l’aide d’une instrumentation extrêmement étoffée, encore une fois (trompette, guitare, cordes, cuivres, percussions légères diverses). Comme dans ses précédentes partitions western, le compositeur met particulièrement l’accent ici sur les sonorités « americana » à l’aide d’une instrumentation très inventive et typique de sa période « seventies ». L’arrivée des chameaux de Keyes permet au compositeur d’utiliser avec brio un sitar avec quelques percussions ethniques/exotiques du plus bel effet, évoquant les origines ‘orientales’ des deux animaux. Ces sonorités seront associées tout au long du film aux deux chameaux des héros, Rosebud et Thirsty. Goldsmith va même jusqu’à glisser quelques petites touches d’humour dans des passages plus comiques d’esprit évoquant l’espièglerie et la malice des chameaux, qu’il s’agisse de la partie finale de « Thirsty Boy » ou de l’excellent « Camel Trouble », dans lequel le maestro semble s’être bien amusé, caricaturant les musiques orientales à grand renfort de sitar, percussions ethniques et utilisation très inventive et assez complexe des instruments à vent, d’un petit orgue de barbarie et des cordes. Jerry Goldsmith n’oublie pas qu’il compose la musique d’une production Disney et lorgne même par moment du côté des traditionnelles musiques mickey-mousing/cartoon, avec un « Camel Trouble » décidément très inventif et particulièrement amusant et sautillant. Même chose pour « Thorny Landing » et ses traits orchestraux énergiques et survoltés assez irrésistibles (sans oublier un motif de clarinette final à connotation orientale vaguement inspiré du « Lawrence of Arabia » de Maurice Jarre, rappelant vaguement un passage du « Prince en Bois » de Bartók), motif repris aussi au début du morceau « Saddle Sore »). A ce sujet, on appréciera la reprise du thème indien dans « Saddle Sore » joué cette fois-ci par l’orgue de barbarie sur fond de sitar et de percussions arabisantes.

« Outwit the Posse » permet au maestro de reprendre le thème du petit indien dans une très belle version pour guitare et cordes du plus bel effet. Puis, très vite, la musique devient plus sombre et rythmée, évoquant l’idée de la traque et des poursuivants lancés aux trousses des deux héros. Ici aussi, Goldsmith se montre très inventif dans les passages d’action, utilisant des percussions diverses incluant un piano dans un style « thriller » très années 70. Le guiro et les claves sont aussi présents pour renforcer le rythme du morceau, qui se conclut de façon plus menaçante avec les soldats du sergent Raines - clairement suggérés dans la musique de Goldsmith comme les grands méchants du film. Inversement, toute la partie centrale du film permet au compositeur de développer des ambiances plus intimes et apaisées comme « New Friend », « What He Needs » et « No Choice », alors que Keyes rencontre Doris et lui demande de s’occuper du petit Mark. Les sonorités orientales du chameau reviennent dans « End of the Line » aboutissant à un morceau d’action incontournable, « Hot Fire », illustrant la bataille près du feu de camp vers la fin du film. Goldsmith utilise ici des orchestrations complexes (trombones et trompettes en sourdine, etc.) avec ses traditionnels rythmes syncopés très élaborés. Les percussions militaires reviennent dans « Necktie Party » pour la scène de la pendaison de Keyes débouchant sur un nouveau morceau d’action extrêmement énergique, « Go After Him ! » pour la poursuite finale. Enfin, « A Free Man » ramène le calme dans la partition avec une ultime reprise des principaux thèmes du score de façon plus nostalgique et apaisée.

Vous l’aurez donc compris, Jerry Goldsmith signe pour « One Little Indian » une très belle partition de qualité, fraîche, légère, rythmée et inventive, une musique qui s’inscrit très clairement dans la continuité des précédentes partitions western du maestro des années 60/70. En ce sens, Jerry Goldsmith n’innove guère sur « One Little Indian » et surfe sur des formules musicales déjà mises en place dans ses précédents westerns, mais la fraîcheur mélodique et les grandes qualités de ce score rendent l’opus du maestro particulièrement irrésistible et savoureux, autant dans le film que sur l’album publié par Intrada, qui nous permet enfin d’apprécier l’intégralité du travail de Jerry Goldsmith pour la toute première fois sur CD (le score n’avait jamais été édité en disque auparavant !). La plus grande réussite de Jerry Goldsmith sur « One Little Indian » reste sans aucun doute le fait que le maestro a su ne pas céder à la facilité des productions musicales Disney en conservant un style musical à la fois accessible et complexe, avec des morceaux d'action agressifs et des orchestrations savantes et très sophistiquées. La musique de « One Little Indian » apporte donc un charme et une énergie incontestable au film de Bernard McEveety, et ce même si l’ensemble paraît somme toute assez prévisible et sans surprise. Néanmoins, force est de constater que le maestro était plus que jamais à l’aise dans le registre des musiques de western dans les années 70, un genre qui lui permit d’innover dans ses trouvailles instrumentales. Voilà donc un score orchestral somme toute très sympathique, une partition que les aficionados de Jerry Goldsmith devraient se procurer rapidement !

Analyse musicale conçue par Quentin Billard

"Cain'n hundred" ...Les grands débuts du maestro !

« Cain’s Hundred », l’édition CD de la musique de Jerry Goldsmith.

Bel effort pour le label FilmScore Monthly de Lukas Kendall, qui continue d’éditer en CD des séries télévisées concernant les œuvres musicales de début du maestro Jerry Goldsmith. Cette édition de quelques épisodes de la série « Cain’s Hundred » (1961) mettant en scène le "détective" Nick Cain interprété par Peter Mark Richman, s’avère être très intéressante musicalement parlant et permet en même temps de clarifier certains points restés « obscurs » quand au travail du jeune Goldsmith sur cette série TV. D’après différentes rumeurs, le musicien fut souvent crédité pour avoir écrit quelques épisodes mais il fut par la même occasion très difficile de savoir si le maestro avait réellement écrit le thème de cette série rarissime. Il faut dire que les filmographies de Goldsmith furent depuis des années de véritables gruyères et surtout dans la partie consacrée à la télévision. Nous savons aujourd’hui avec certitude que le nom de Jerrald Goldsmith, jeune compositeur en vogue à cette époque, était lié à un grand nombre de séries télévisées pour la période allant de 1955 jusqu’à 1966. Il lui arrivait le plus souvent de composer un thème par-ci ou un thème par-là voire d’être crédité à d’autres moments sur un épisode particulier d’une série pour laquelle il n’avait pas écrit le thème.

Nos filmographies présentes sur le site ne sont pas complètes, il existe encore des séries TV pour lesquelles Jerry Goldsmith fut crédité à la musique et qui ne sont pas répertoriées dans nos listings. Il paraît effectivement très difficile, même encore aujourd’hui, d’être totalement exhaustif sur cette partie souvent méconnue de la filmographie du maestro californien, bien que nous mettions constamment tout en œuvre pour tenter de clarifier tout cela le plus possible.

Avec cette édition CD de « Cain’s Hundred », FilmScore Monthly confirme ce que nous savions déjà : Jerry Goldsmith écrivit bel et bien un des thèmes de cette série ainsi que des variantes orchestrales écrites pour quelques épisodes. Nous retrouvons ici un jeune Jerrald Goldsmith encore en quête de style, expérimentant déjà un certain nombre d’effets instrumentaux et de techniques musicales confirmant déjà les grands talents d’un jeune compositeur innovant et très créatif pour l’époque. Certains thèmes annoncent déjà l’arrivée de grands scores tels que « The Detective » ou « Studs Lonigan ». D’autres nous rappellent quelques grandes lignes mélodiques tout droit issues de la série « Twilight Zone » avec le motif principal du thème de Nick Cain qui n’est pas sans rappeler la superbe mélodie du segment « The Big Tall Wish » qui fait partie des grands moments musicaux des débuts du maestro pour la célèbre série de Rod Serling. Voici donc une édition intéressante pour tous les fans, car découvrir des œuvres inédites et rarissimes des débuts du maestro Goldsmith est toujours un énorme plaisir, un Jerry Goldsmith tellement prolifique et inventif.



Bravo Lukas Kendall !