Une pièce maîtresse !
mardi 15 juin 2010 > General
En 1978, le maestro Jerry Goldsmith écrivit un score remarquable pour le film de Peter Hyams, « Capricorn One », une composition originale et particulièrement complexe, en parfaite adéquation avec l’atmosphère tendu du film de Peter Hyams, et dont on retient plus souvent les deux excellents thèmes principaux. Goldsmith, qui avait toujours le don de se surpasser sur chaque projet (et ce quelle que soit son envergure), nous prouva encore une fois qu’un genre musical/cinématographique (ici, le domaine de l’action et du suspense) n’est jamais acquis et qu’il faut souvent se remettre en question en démarrant un nouveau projet musical. Comme beaucoup d’autres scores exemplaires du musicien californien, « Capricorn One » marqua à coup de fer rouge son fabuleux palmarès de scores réussis de la fin des « seventies ». Frôlant la perfection dans les passages de suspense et redoutablement efficace dans l’action - épaulé d’un thème principal fracassant de finesse et de justesse - « Capricorn One » reste une partition gigantesque, forte, belle, somptueuse, sans être pour autant le chef-d’œuvre absolu du maestro. Mais le plus important, c’est surtout qu’il s’agit avant tout d’une parfaite antichambre musicale aux monumentales partitions de « Alien » et « Star Trek The Motion Picture » qui allaient suivre l’année suivante.

Même si « Capricorn One » ressemble plus à un polar qu’à un film de fiction par-delà son contexte, il en va de même pour « Outland », autre thriller policier réalisé par Peter Hyams quatre ans plus tard en 1981. Sans déroger à la règle et sans prendre de risques inutiles car comme le dit le vieil adage, « on ne change pas une équipe qui gagne » - Hyams engagea à nouveau le musicien Jerry Goldsmith pour écrire la partition musicale de son nouveau film, un choix qui fit rapidement l’unanimité, le public connaissant les talents « renouvelables » et la grande inventivité du compositeur. La science-fiction et le suspense : deux genres qu’affectionne particulièrement le maestro, et, cerise sur le gâteau, le magistral Sean Connery dans le rôle principal, campant le décapant et charismatique sheriff O’Neil dans ce remake futuriste du « Train sifflera trois fois » de Fred Zinnemann, sans aucun doute l’un des meilleurs rôles de l’acteur anglais (ex-James Bond) dans sa filmographie 80’s.

Goldsmith aborda musicalement le film de manière intelligente en utilisant une thématique pour une fois assez minimaliste mais néanmoins présente, invitant le spectateur au cœur du suspense et de la menace anticipée et inexorable. Plus envoûtante que sur « Alien », l’ouverture de Goldsmith combine à merveille musique orchestrale et effets sonores synthétiques réalisés pour les messages électroniques informatifs lors du générique. En quelques notes, le ton est donné, et le maestro introduit en toute logique quelques notes du thème principal qui sera développé tout au long du superbe film de Hyams.
Pour Jerry Goldsmith, c’est le temps de la revanche, la mésaventure d'« Alien » et de son score partiellement rejeté est encore trop fraîche dans la tête du maestro. Le score de « Outland » ne sera certes pas aussi avant-gardiste que celui de « Alien » mais aura permit néanmoins au célèbre musicien de travailler sur des effets musicaux saisissants et inédits. Fidèle à ses rythmes scandés et ses ruptures de tons bien placés, Goldsmith aménage une trame symphonique stupéfiante combinant ainsi avec grande aisance, nappes sonores et silence. Rappelons d’ailleurs que Jerry Goldsmith était l’un des rares compositeurs de musique de film à avoir su profiter autant du silence au-delà de son incroyable générosité musicale. Inutile de tourner autour du pot, le score de « Outland » est une pure merveille et cette nouvelle édition 2CD que nous offre Lukas Kendall par le biais de son label Film Score Monthly va enfin nous permettre de redécouvrir cette monumentale œuvre du maestro Jerry Goldsmith.

Quelques temps après la sortie du film en 1981, le public attendit avec grande impatience la disponibilité du disque produit à l’époque par la Warner mais qui ne contenait qu’à peine 30 minutes du score de Goldsmith. Dès la première écoute, ce fut assez foudroyant, une approche similaire à celle d'« Alien » et « Capricorn One », pour l’atonalité brumeuse et l’utilisation d’un langage orchestral avant-gardiste, le tout enrobé d’un suspense envoûtant omniprésent et des climats musicaux extrêmement violents et soutenus.
La trame musicale d' « Outland » reste assez identique à celle de « Capricorn One », à l’exception de l’exposition du thème dès la séquence d’ouverture, qui s’avère être tout autant mémorable malgré tout. La partie musicale attribuée au suspense est à tirer au couteau et la fameuse scène de poursuite, « Hot Water » (scène d’anthologie pure), reste indiscutablement la musique d’action la plus complexe et la plus excitante que Goldsmith ait composé au cours de toute sa carrière, avec la séquence « The Hijacking » de « Air Force One », « Fire Dragon » de « The 13th Warrior » ou bien encore « End of a Dream » de « Total Recall ». Le morceau, très inspiré des rythmes enragés, syncopés et modernes du « Sacre du Printemps » de Stravinsky (influence majeure dans le score de « Outland »), repose sur un thème initial décapant évoluant sur plusieurs paliers d’écriture combinant développements rapides et ruptures de tons brutales. N’ayons pas peur des mots : « Hot Water » est bel et bien une œuvre dans l’œuvre !

En 1981, le travail considérable de Jerry Goldsmith fit encore mouche. Son insatiable appétit pour le travail produisait en lui l’envie de faire toujours plus, de faire mieux et autrement. Tel fut le crédo de ce merveilleux musicien repoussant constamment les limites du genre. A l’époque de « Outland », le génie du maestro ne provoquait pas d’inquiétude. L’appréhension n’existait pas, le public béophile piétinait d’impatience avant de découvrir ses nouvelles œuvres et la surprise était toujours de taille ! Quelques temps après avoir enregistré la musique de « Outland », Jerry Goldsmith entamait une nouvelle grande composition pour un film de Ted Kotcheff : « First Blood »…
« Outland » reste parmi les plus beaux souvenirs musicaux de Jerry Goldsmith, une œuvre pleine, généreuse, libre de pensée, à la fois classique et moderne (mélangeant influences de Stravinsky et Debussy). Ingénieuse, cérébrale, captivante, sombre, violente et saisissante, cette musique, comme beaucoup d’autres, demeure stupéfiante de perfection et respire la personnalité et la sensibilité de son auteur.
Mille bravos au maestro Jerry Goldsmith, qui a toujours su nous faire aimer sa musique !


