Intrada special collection ... dans le mille baby !

le score de "Baby", L'antichambre de "Legend"...

Tourné en 1985, “Baby Secret of the Lost Legend” est une obscure production Disney (et plus précisément Touchstone Pictures), narrant les aventures d’une jeune paléontologue, Susan Loomis (Sean Young) et de son mari George (William Katt) avec une famille de dinosaures en plein cœur de la jungle africaine. Passé l’émotion de cette stupéfiante découverte, Susan découvre que le chef de l’expédition scientifique, le Dr. Eric Kiviat (Patrick McGoohan), n’a qu’une seule idée en tête : capturer le bébé dinosaure et sa famille pour mener des expériences sur les créatures. Susan et George vont alors tout mettre en œuvre pour tenter de secourir le bébé et sa mère, alors que son père a été tué par les hommes de main de Kiviat.

Pour une production Disney, on est bien loin ici du conte familial habituel : la violence est omniprésente, et certaines scènes basculent même dans le sanguinaire pure (mort du papa dinosaure, mort du méchant à la fin du film, etc.). A noter que « Baby » est à l’époque l’un des premiers films Disney écopant d’une mention PG (équivalent à une interdiction aux moins de 12 ans en France), un comble lorsqu’on sait que le film vise pourtant à l’origine un jeune public, avec un ton assez enfantin limite niais. Aucun doute possible, nous sommes bel et bien en présence ici d’une production cinématographique des années 80 dans le mauvais sens du terme : du mauvais goût et du kitsch absolu ! La technologie de l’époque étant ce qu’elle est, les dinosaures ont été réalisés avec les moyens du bord, sous la forme de quelques animatronics laborieux, dotés de visages assez inexpressifs et d’un look caoutchouteux qui rend ces créatures difficilement crédibles à l’écran. On est bien loin ici des dinosaures du futur « Jurassic Park » de Spielberg (1993). A noter que « Baby » s’inscrit dans la continuité directe de ces films de dinosaure des années 50/60 dans la tradition de « Valley of Gwangi » (1969). Le film est aujourd’hui tombé dans l’oubli et n’a même pas été édité en DVD.

Seule la musique de Jerry Goldsmith demeure présente dans l’esprit des gens, et plus particulièrement des aficionados du maestro. Réclamé depuis de nombreuses années, l’édition CD de la partition originale de Goldsmith pour « Baby » a enfin pu voir le jour grâce aux efforts du label Intrada de Douglass Fake, avec la coopération – exceptionnelle – de Walt Disney Records, chose étonnante lorsqu’on sait que les producteurs de chez Disney n’ont jamais vraiment été motivés par tout ce qui touche à l’édition de leurs anciennes œuvres musicales. Enfin, les auditeurs peuvent dorénavant apprécier chez eux cette somptueuse partition symphonique du maestro californien, qui annonce clairement le style action de « Rambo II », « Rambo III » et « Total Recall ». On sent d’ailleurs très clairement les prémisses du style « Rambo II » dans les grands morceaux d’action du score de « Baby ».

"Comme toujours chez Goldsmith, la partition de « Baby » fait preuve d’une maîtrise et d’une inventivité rare."

Le musicien y rappelle son goût pour l’impressionnisme français (influence de Ravel dans certains passages plus aériens du score), les élans rythmiques et les changements de mesure à la Stravinsky (influence de « Petrouchka » dans certaines mesures de la partition). Le score s’articule autour de quelques thèmes fondamentaux, avec pour commencer une sorte un thème associée à la découverte des dinosaures, motif ample et protéiforme qui sera rattaché par la suite au méchant scientifique incarné par Patrick McGoohan. L’originalité de ce thème vient donc ici de sa double identité dans le film, qui change suivant les situations du film : thème des dinosaures dans un premier temps, symbole d’aventure et de découverte majestueuse, puis thème sombre et menaçant dans un second temps. Goldsmith nous gratifie aussi d’un motif plus rythmique associé aux tribus africains dans le film, ainsi que d’un thème plus léger et lyrique associé au bébé dinosaure dans le film, et qui évoque l’innocence de l’animal ainsi que son amitié naissante avec le couple de paléontologue. Le thème de Baby apporte un charme rafraîchissant à la musique du film, rappelant au passage le talent de mélodiste du compositeur qui n’a pas son pareil pour trouver des mélodies malicieuses et mémorables.

On retrouve dans la partition de « Baby » les traditionnels synthétiseurs « années 80 » qui ont fait la réputation du compositeur, Goldsmith nous démontrant une fois encore sa maîtrise de l’électronique qu’il utilise comme un instrument à part entière de l’orchestre (une marque de fabrique du compositeur). Les synthétiseurs sont introduits dès les premières minutes du film (« The Sketch ») avec le thème des dinosaures dans un registre mystérieux. « No Problem » permet au compositeur d’évoquer l’univers de la jungle africaine en utilisant des sonorités électronique inventives qui évoquent vaguement les sons de la nature (oiseaux, etc.), avec quelques touches impressionnistes typiques du compositeur. Goldsmith prolonge ce travail dans « The Visitors » où les sonorités électronico-orchestrales associées à la jungle deviennent plus mystérieuses et intrigantes (utilisations de tout un panel de percussions boisées exotiques assez inventives, qui cohabitent avec les sons électroniques imitant les bruits de la jungle). De la même façon, Goldsmith imite les sons de la nature dans « The Jump », au cours d’une scène où Susan et George se réfugient dans une caverne pour protéger le bébé dinosaure poursuivit par les militaires de Kiviat. Goldsmith s’amuse ainsi à imiter l’écho à l’intérieur de la grotte dans ce qui semble être une illustration musicale ingénieuse et très « visuelle ». Le thème de la tribu apparaît dans « New Friends 1 », avec ses percussions exotiques et ses clarinettes aigues à la Stravinsky, thème qui se prolonge dans « New Friends 2 », lorsque Susan et George font connaissance avec les autochtones de la jungle.

On retrouve l’influence de Stravinsky et plus particulièrement de « Petrouchka » au début de « The Family » avec ses orchestrations colorées et ses élans mélodiques malicieux, morceau qui nous permet d’entendre le thème des dinosaures exposé sous la forme d’une fanfare majestueuse et imposante. « The Family » se conclut finalement avec une première apparition du thème de Baby, joué avec grâce par un sample électronique imitant le son d’une flûte. Avec « Dad », la partition de « Baby » atteint un premier sommet. En l’espace de 7 minutes, Goldsmith nous propose une brillante synthèse de son œuvre avec un développement magnifique du thème de Baby et celui plus imposant des dinosaures. Si la première partie de « Dad » nous plonge dans une atmosphère fraîche et insouciante avec ses synthétiseurs bondissants et ses touches impressionnistes lorsque Susan et George s’amusent avec Baby, la seconde partie se veut nettement plus sombre et agressive. Kiviat a retrouvé la trace des dinosaures et tue le père de Baby au cours d’une violente fusillade. C’est au cours de ce morceau que le thème des dinosaures change d’identité et devient celui de Kiviat. Les percussions exotiques deviennent alors plus présentes, plus agressives, Goldsmith en profitant pour développer son premier passage d’action de la partition de « Baby ». « Dad » se conclut sur une coda martiale et dramatique pour la mort du papa dinosaure, Goldsmith accompagnant l’agonie de la créature avec un passage court mais poignant pour hautbois et cordes. « Tears » nous permet alors d’apprécier la seconde partie du thème de Baby dans une version plus intime et émouvante, alors que le bébé se recueille sur le corps de son père rongé par les vautours – une scène difficile, macabre et tragique, que Goldsmith a tenu à nuancer musicalement sans sombrer dans les élans dramatiques ou les dissonances de rigueur.

Dans « The Tent » et « Dragon Breath », Goldsmith développe le matériau thématique associé à Baby avec une certaine jovialité, sans oublier l’utilisation toujours très inventive des synthétiseurs. Ces deux morceaux apportent un côté comédie au film assez savoureux, bien loin de ce qui nous attend juste après. Effectivement, l’atmosphère change alors du tout au tout dans « The Search ». La musique devient subitement plus sombre, plus menaçante. Kiviat recherche le bébé dinosaure et se rapproche de son objectif. Et c’est le début de l’action avec « The Jump », dans lequel Goldsmith introduit son motif d’action qui l’inspirera grandement pour sa partition de « Rambo II ». On retrouve ici le style rythmique habituel du compositeur, avec une utilisation constante des mesures à 5/8. Le maestro évoque ici la poursuite entre les dinosaures accompagnés des deux héros et les troupes de Kiviat. Goldsmith nous prouve avec « The Jump » qu’il est un virtuose des musiques d’action en nous offrant ce premier grand morceau d’action qui trouvera écho dans « Base Camp Assault » et « The Rescue », pour le sauvetage final de Baby et de sa mère, suivi de l’ultime confrontation contre Kiviat. Le thème d’action demeure omniprésent, avec ses changements de mesure constants, et ses cuivres imposants. Véritable climax orchestral de la partition, « The Rescue » annonce par sa virtuosité d’écriture le style de « Rambo II » mais aussi celui de « Total Recall ». L’aventure touche à sa fin avec « Just A Legend », dans lequel Goldsmith développe ses principaux thèmes avant d’aboutir à une conclusion grandiose sous la forme d’une fanfare triomphante.

« Baby » n’est peut-être pas une œuvre indispensable dans la carrière du maestro, mais elle témoigne néanmoins du savoir-faire d’un compositeur présent sur tous les fronts : génie mélodique, virtuose de l’orchestre, expérimentateur habile de l’électronique, et bien sûr, illustrateur musical inspiré pour les images du film. Goldsmith apporte son lot d’émotion et d’énergie au film de B.W.L. Norton, tout en synthétisant dès 1985 ce qui deviendra par la suite son style action qui lui permettra de briller tout particulièrement au cours des années 90. Si la parenté entre certains passages de « Baby » et d’autres de « Rambo II » et « Rambo III » paraît flagrante, il ne faut pas non plus oublier toute cette utilisation remarquable de l’électronique qui est devenu au cours des années 80 une marque de fabrique indispensable du compositeur, qui n’envisage à cette époque quasiment plus une seule de ses partitions sans employer les synthétiseurs. Voilà en tout cas une excellente partition de Jerry Goldsmith à savourer d’urgence sur la galette d’Intrada, qui s’avère être déjà indispensable !

Création graphique: Pascal Dupont

Analyse musicale: Quentin Billard

Un immense talent au service des autres…

Alexander Courage

Son nom n’est certes pas très connu en France. Cependant, il est depuis quelques années associé à celui de Jerry Goldsmith et les amateurs de musique de film le savent bien. C’est lors des séances d’enregistrement de Hollow man que le célèbre orchestrateur/compositeur tomba soudainement malade, lui qui avait remplacé Arthur Morton, orchestrateur attitré du Maestro Goldsmith en 1986. Avec Jerry Goldsmith il venait de démarrer un projet colossal : l’orchestration du score de « Legend » de Ridley Scott. Ce sera indiscutablement sur Total Recall en 1990, que les deux musiciens accompliront un autre travail monumental. Dès lors, Jerry Goldsmith ne se séparera plus de son orchestrateur.

Orchestrateur, compositeur, orchestrateur… Alexander Courage avait avant tout mis ses capacités de technicien musical au service des plus grands de la musique Hollywoodienne ( Ernest Gold, Andre Previn, David Raksin, Alex North, John Williams, et bien d’autres… )

Il composa certaines musiques dans les années 50 comme « Day of the outlaw », l’une des plus connue (avec Burl Yves) mais sa réelle notoriété, il l’obtiendra définitivement lorsqu’il composa le fameux thème de la série originale « Star Trek ». Son nom qui figurait au générique fit le tour du monde ainsi que le thème.

Dans les années 60, Jerry Goldsmith avait déjà sollicité le précieux savoir faire de l’orchestrateur, dans "Morituri" de Bernard Wicki ( premier travail avec le maestro Goldsmith), les "Flint" ou encore « l’Agonie et l’extase » de Carol Reed.

Dans les années 70, Courage écrivit certains épisodes de la série « The Waltons » (thème composé par Jerry Goldmith). En 1987, il composa la musique de Superman IV: The Quest for Peace sur des thèmes de John Williams ( Un score totalement passé sous silence).

Avec la disparition d’Alexander Courage, c’est encore un peu de Jerry Goldsmith qui s’en va.

Rendons hommage à ces deux géants qui ont donné le meilleur de leur talent pour le cinéma Américain.

L’équipe de The Musical law.

En Prévision...

Chers Visiteurs et admirateurs du Maestro Jerry Goldsmith.

Nous souhaitons dans un premier temps à vous remercier pour votre fidélité. Nous avons pu constater depuis le lancement que des millions de fans nous ont régulièrement visité. Nous travaillons depuis quelques temps sur la phase 2 de notre site. Nous souhaitons finaliser le catalogue des œuvres du maestro ainsi que toutes les analyses musicales respectives. Nous y intégrerons par la même occasion une nouvelle galerie de photos, nous complèterons la discographie est de nouveaux articles seront écrits.

Dans un autre temps, nous apporterons des modifications dans l’interface graphique afin de rendre plus accessible notre site. Il va de soi que cela ne se fera pas d’un coup de baguette magique. Nous y travaillons tous les jours. Nous souhaitons faire de ce site « la Référence » Jerry Goldsmith sur le net et nous comptons plus que tout sur votre fidélité. Nous vous remercions d’avance pour votre patience et votre compréhension. Jerry Goldsmith mérite bien cela, lui qui a tant donné…

Sincères Salutations à toute la famille de Jerry Goldsmith.

Vos administrateurs Pascal et Quentin.

Restauration graphique sur des photos de John Williams. (Optimisation et retouches >Pascal Dupont)

Rétrospective score JG 0004

En commémoration de la traque du peuple Juif et de la Déportation.

Franklin J Schaffner/Jerry Goldsmith Une collaboration sans faille !

1978 fut une année très productive et inventive pour le maestro Jerry Goldsmith. Après avoir terminé les partitions de « Magic », « Coma », « The Swarm », et « Capricorne one », il retrouvait enfin son ami, le metteur en scène Franklin J Schaffner pour un nouveau film : « The Boys from Brazil ».

Un an s’était écoulé depuis le succès d’« Island in the stream », Jerry n’avait pas eu le temps de poser ses valises qu’il reprenait déjà la baguette pour un sujet qui n’était pas des moindre et qui le touchait particulièrement : la traque de Josef Menguele, le fameux bourreau du camp d’extermination d’Auschwitz. Pour ce nouveau défi, le musicien ne dérogea pas à la règle : qualité, inventivité et brio étaient au rendez-vous.

Jerry Goldsmith, qui était au meilleur de sa forme, fut très attiré par un sujet comme il les aimait, tout en demi-teinte car le film n’est ni de l’histoire pure, ni de la science-fiction, ni de l’aventure; il est, en définitif, les trois à la fois. La partition du maestro s’en ressent particulièrement par la variété de sa couleur, d’une valse obsédante et menaçante dont la sobriété de motifs est compensée par la richesse de l’orchestration alternant passages violents ou lyriques selon les moments. Une œuvre fortement inspirée avec des glissements et superposition de sonorités chromatiques qui portent, de façon éclatante, la signature du grand maître. Il y a des mesures poignantes, des envolées lyriques et d’autres plus tendues. La partition est riche, étudiée dans ses moindres détails, variée. Notons d’autre part l’art avec lequel le maestro connote discrètement sa musique, qu’elle soit d’inspiration sud-américaine ou s’accompagne de quelques notes de trompette très typiques en contrepoint.

Une musique qui comblera toujours les inconditionnels du Maestro Goldsmith, dont le style vigoureux imprègne chaque note, aussi bien au niveau de la composition que de la direction d’orchestre. De film en film, Jerry Goldsmith, comme s’il en était encore besoin, confirmait qu’il était de ceux qui ne déçoivent jamais mais qui surprennent souvent. Par ce mélange affiché des genres, « The boys from Brazil » restera toujours un tournant important dans sa carrière de compositeur comme l’avait été, en 1974 , QB VII. Parmi tant de mérites, reconnaissons à Goldsmith celui-ci : ne jamais avoir vécu sur ses acquis.

« Lorsque vous faites appel à un compositeur comme Jerry Goldsmith, il faut vous attendre à l’inattendu le plus total ! » Franklin J Schaffner, 1982

« J’aime ce genre de films et c’est encore plus merveilleux lorsque c’est avec Hank à la mise en scène. J’ai fait QB VII, Masada et Les Garçons qui venaient du Brésil. Je ne refuserais jamais de faire la musique d’un film qui traitera du génocide du peuple juif. C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur. » Jerry Goldsmith, 1985

Nous dédicacons cette revue à Monsieur Bertrand Borie, célébre critique Français de musique de films et grand admirateur de l’œuvre de Jerry Goldsmith.

…à la mémoire des 6 000 000….

© Droits réservés - Attention, cette affiche n'existe pas, c'est un travail graphique exclusivement réalisé avec grand respect par nos soins à partir d'images du film afin d' illustrer notre article et uniquement pour valoriser l'oeuvre de Jerry Goldsmith.

Analyse...

Jerry Goldsmith retrouve une fois encore son grand complice Franklin J. Schaffner avec qui il signa certains de ses plus grands chefs d'oeuvres tels que 'Planet of The Apes', 'Patton', 'Papillon' ou 'Islands in The Stream' (sans oublier le fait que sa première collaboration avec le réalisateur remonte déjà à 'The Stripper' en 1963). Pour 'The Boys from Brazil' (Ces enfants qui venaient du Brésil), Goldsmith nous livre une très solide partition thriller au suspense tout aussi soutenu que dans le film, l'attraction principale du score restant indiscutablement la fameuse grande valse que le compositeur a écrit pour le long-métrage de Schaffner et qui fait office de thème principal de la partition. La valse de 'The Boys from Brazil' fait partie des grandes mélodies écrites par le compositeur dans les années 70, années propices à l’imagination du maestro et qui lui ont permis d'accoucher de certains de ses plus grands chefs d'oeuvre. Entièrement symphonique, le score de ‘The Boys from Brazil’ retranscrit l’atmosphère de cette sombre intrigue fasciste au cœur du film en entretenant un suspense assez pesant largement véhiculé à travers le motif rythmique de cuivres menaçants liés au Dr. Josef Mengele (Gregory Peck) et son sinistre complot. Ce motif intervient dès la première scène du film et sera présent jusqu'au bout après avoir subit toute une série de développements.

©Droits réservés///The musical Law

Quand à la fameuse valse faisant office de thème principal, elle est introduite dans l'assez brève ouverture du film et pose d’emblée l'esprit typiquement 'germanique' du score: effectivement, Jerry Goldsmith rend ici un brillant hommage au style des célèbres valses de Johann Strauss en créant cette grande danse tout à fait dans l'esprit des valses viennoises du 19ème siècle. Le thème se construit autour d’orchestrations brillantes, incluant cors, trompettes et cordes flottantes, reposant sur des harmonies à la fois simples et élégantes même si la deuxième partie de la valse s'emballe très nettement et fait intervenir le motif rythmique menaçant de Mengele - on pense alors au style plus torturé et sombre de la fameuse 'Valse' de Maurice Ravel, bien qu'ici le morceau de Goldsmith possède une consonance plus germanique d'esprit. D'autre part, ce choix d'une valse de type viennois à la Johann Strauss paraît plus qu'évident étant donné le contexte du film: même si Goldsmith associe cette valse au personnage d’Ezra Lieberman (Laurence Olivier) - le personnage est originaire de Vienne et on entend ainsi la valse intervenir dans la scène du début où Lieberman descend d'un bus, scène qui permet d'introduire ce personnage principal - on ne peut que penser au style à la fois ludique et cérémonieux de ces grandes valses viennoises qui nous rapprochent alors ici des nazis - ce n'est d’ailleurs pas pour rien si l'on voit dans une scène du film des nazis danser au son du célèbre 'Beau Danube Bleu' de Johann Strauss. Cette mélodie possède un côté fasciste et ambigu (d’où une seconde partie plus sombre), ambiguïté qui instaure finalement une grande richesse d'idées dans cette excellente pièce.

Quoiqu'il en soit, il est évident que la valse principale est l'atout incontestable de la partition de ‘The Boys from Brazil’, qui démontre une fois encore toute l’étendue du talent du compositeur qui recherche continuellement le ton juste pour les films qu'il met en musique - surtout dans les films de Schaffner qui l'ont toujours particulièrement inspiré, en particulier lorsqu'il s'agit de se lancer de véritables défis artistiques/musicaux comme ce fut le cas sur l'inoubliable 'Planet of The Apes' ou sur 'Patton'. Le score de ‘The Boys from Brazil’ est somme toute assez conventionnel au regard des précédents chef-d’œuvres que nous a offert Jerry Goldsmith sur les anciens films de Schaffner, mais ses qualités sont bien présentes et indissociables des images du film. La première scène du film évoque l'arrivée des nazis espionnés par Barry Kohler (Steve Guttenberg), scène introduisant le motif rythmique de cuivres menaçant liés aux nazis. Le reste du score développe à travers des orchestrations toujours très riches et tendues le style suspense/thriller du score, traversé par quelques brèves allusions au thème principal qui perd de plus en plus son importance au fur et à mesure que l’histoire du film progresse. On pourrait d’ailleurs ajouter que c'est le motif de Mengele qui finit par prendre le dessus dans le film, ce motif assez pesant devenant très vite omniprésent dans la plupart des morceaux sombres du score. Ce sont les cordes qui font véhiculer la tension à travers les quelques moments de suspense du score ou dans les passages d’action plus conventionnels (scène de l'affrontement final avec les chiens par exemple, Goldsmith faisant preuve une fois de plus d'un grand talent d'écriture lorsqu'il s'agit de faire éclater l'action), les cuivres étant plus souvent liés à l'aspect dangereux représenté par Mengele et sa horde de nazis, associés aux trombones et aux tubas. On pourrait d’ailleurs faire le rapprochement entre ce motif et le style rythmique d'un autre grand score thriller de l'époque, 'Capricorn One'. Il est vrai que Jerry Goldsmith renoue quelque part ici avec le style suspense de son score pour le film de Peter Hyams datant de 1977. C'est tout de même la première scène d'introduction du film qui permet au thème de Mengele de se développer dans sa version intégrale avant de subir toute une série de développements (après tout, le personnage lui même change au court du film puisqu'il doit se résoudre ainsi à accomplir lui même sa tâche tout seul). Le thème est posé dès le début sous la forme d'une marche pesante et menaçante (une troupe de soldats défilent à l'écran dans la scène au Paraguay), l'illustration parfaite des nazis machiavéliques. Le reste du score de ‘The Boys from Brazil’ décrit donc la double traque du film, celle de Josef Mengele qui part à la recherche des personnes qu'il doit faire assassiner, et celle de Ezra Lieberman qui va tout faire pour stopper l'ancien tortionnaire nazi du camp de concentration d’Auschwitz.

A ne manquer sous aucun prétexte …

Le Coffret DVD de la saison 2 de « Twilight Zone/Original TV serie »

Comme nous vous l’avions annoncé il y a quelques temps dans notre blog News, voici, dans son intégralité et totalement restaurée, la deuxième saison de l’incontournable, non l’indispensable Twilight Zone/ Original TV série ! Cette saison est la plus importante musicalement parlant car elle comporte plusieurs segments mis en musique par le maestro Jerry Goldsmith dont « Invaders » et « Back there », incontestablement les deux meilleurs épisodes de cette saison 2. (Voir notre rubrique TV pour les analyses musicales).

Rétrospective…

Devenu une légende de son vivant grâce à cette série culte, Rod Serling nous laisse un héritage si riche que peu de figures du monde de la Science Fiction, du Cinéma et de la Télévision peuvent se vanter d’avoir fait plus pour le succès de ce genre. Le 2 octobre 1959, sur les écrans de télévision devenus noir apparaît un fond étoilé et une voix off, celle de Rod Serling en personne nous dévoilant ces quelques mots :

« Il existe une dimension au-delà de ce qui est connu de l’homme, c’est une dimension aussi vaste que l’univers et aussi éternelle que l’infini. Elle est la croisée de l’ombre et de la lumière, de la science et de la superstition, elle est le point de rencontre des ténèbres créées par les peurs ancestrales de l’homme et de la lumière de son savoir. C’est la dimension de l’imagination, un domaine que nous avons baptisé « THE TWILIGHT ZONE ».

Comme nous vous le disions il y a quelques lignes, le segment « The Invaders » est certainement le meilleur de cette série tant sur le plan cinématographique que musical. Ce dernier présente la particularité de ne posséder aucun dialogue, sauf pendant les dernières secondes (ce qui permit à la musique de prendre une place prépondérante est capital). Dans la cabane isolée à flanc de montagne, une femme entre deux ages prend conscience de l’existence d’envahisseurs minuscules vêtus de lourdes combinaisons de cosmonautes la terrorisant. Rapidement elle vaincra à coups de hache les étrangers et anéantira l’astronef installé dans sa cabane. C’est Richard Matheson qui écrivit le scénario de ce petit bijou. Maître du retournement final, il nous révèle alors une incroyable vérité : les extra-terrestres étaient des explorateurs spatiaux en provenance de la Terre, des humains. C’est la femme, interprétée par la redoutable Agnes Moorehead (« ma sorcière bien-aimée »), qui est en fin de compte l’extra-terrestre, la méchante… Valorisé par la splendide partition de Jerry Goldsmith, « The Invaders » est indiscutablement l’un des joyaux ce cette série tant pour sa perfection que pour son originalité et sa réalisation.

Retrouvez également dans cette édition « Dust », « Nervous man in a four dollar room » et surtout « Back there », autre chef d’œuvre de la série avec également une musique (culte) exceptionnelle du Maestro Goldsmith. Prochain arrêt… Le Coffret de la troisième saison !

Coffret 6 DVD comportant les 29 épisodes restaurés + bonus.

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