Un vrai délire créatif !
vendredi 20 août 2010 > General
Les vacances nous ont permis de réécouter plus attentivement certaines musiques de Jerry Goldsmith, dont certaines ont fait l'objet de réédition durant l'année 2009 et 2010. « The Troubles With Angels » (Le dortoir des anges) était assurément une musique idéale pour démarrer cette période estivale avec le sourire et la bonne humeur. Le CD est toujours disponible sur le net, soit en le commandant directement sur le site d’Harkit Records, soit sur Amazon ou Price Minister, ou encore en téléchargement direct moyennant achat sur I-Tunes.
Le temps d'un délire musical, notre écoute nous donna l'irrésistible envie d'en réécrire quelques lignes... Bonne lecture à vous !

La partition orchestrale exubérante de Jerry Goldsmith apporte un charme et une énergie juvénile remarquable au film d’Ida Lupino. Composée à une époque où le maestro californien commence tout juste à se faire remarquer du grand public et de la profession, avec des partitions monumentales telles que « Freud » (1962), « The Satan’s Bug » (1965) et « The Blue Max » (1966), la musique de « The Trouble With Angels » révèle une facette plus légère et humoristique du style musical de Jerry Goldsmith. Le compositeur n’en était pas à son premier coup d’essai dans le domaine des musiques de comédie, puisqu’il écrivit ainsi en 1963 la musique de « Take Her, She’s Mine » pour le film oublié d’Henry Koster avec James Stewart et Sandra Dee. Pour « The Trouble With Angels », Jerry Goldsmith vive, exubérante et colorée utilisant toutes les ressources de l’orchestre symphonique habituel agrémenté de quelques solistes évoquant l’univers de l’école catholique de la St. Francis Academy. Ainsi, le film s’ouvre au son de l’enjoué et sautillant « Main Title » qui introduit le thème principal avec l’orchestre et quelques cloches (pour évoquer le pensionnant religieux), avant d’enchaîner sur un pur délire musical typique du compositeur : batterie/guitare basse aux rythmes typiquement rock’n roll « sixties », instrumentation colorée passant d’un instrument à un autre avec un humour ravageur et quelques touches de mickey-mousing à la limite du dessin animé (trombones en sourdine, piccolo, cordes, piano, saxophones, woodblocks, klaxon, etc.). A vrai dire, l’approche mickey-mousing délirante voulue par Goldsmith dans le générique de début est totalement justifiée par le fait que le générique est entièrement animé, la musique complétant ainsi parfaitement le caractère facétieux de ce générique. Goldsmith développe ici le thème principal exubérant et enjoué associé à Rachel et Mary tout au long du film, un thème qui évoque bien évidemment le caractère déluré et turbulent des deux adolescentes : un pur moment de délire et d’humour musical !
Avec un thème qui restera omniprésent tout au long du film, Goldsmith bâtit lentement sa partition avec une fraîcheur et une inventivité typique du compositeur. Dans « Welcome To St. Francis », le maestro conserve ce côté exubérant et mickey-mousing en développant progressivement son thème sous différentes formes - marche pleine d’ironie, versions instrumentales plus lentes, etc. - L’arrivée des deux jeunes filles à la St. Francis Academy permet au compositeur de faire s’entrecroiser l’austérité harmonique et instrumentale du pensionnant (harmonies tonales très claires et posées, cordes, etc.) et l’exubérance juvénile de Mary et Rachel (petites percussions diverses incluant un marimba, utilisation humoristique d’un orgue de barbarie, etc.). Le compositeur parvient ici aussi à glisser quelques touches d’humour, comme par exemple pour la scène où soeur Clarissa demande aux jeunes filles de se regrouper dans le bus, Goldsmith en profitant alors pour reprendre le thème sous la forme ironique d’une marche militaire, se moquant ainsi de l’autorité des religieuses dans le film. On retrouve une ambiance similaire dans « First Warning », où le morceau est néanmoins teinté de quelques touches légèrement plus sombres, avec une reprise du thème principal et le retour de l’orgue de barbarie de « Welcome To St. Francis » et de la guitare électrique ‘rock’n roll’ kitsch du « Main Titles ».
Le compositeur n’oublie pas pour autant d’illustrer, de leur côté, l’univers plus austère et sage des religieuses dans « Pot of Tea », où les harmonies de cordes deviennent ici plus posées, avec un piano aux notes descendantes et sereine, et même quelques cuivres plus solennels. On retrouve ici le thème de piccolo entendu dans l’ouverture du « Main Title ». Poursuivant dans un registre plus humoristique et délirant, le maestro nous offre avec « Dancing Lesson » un pur moment de délire musical annonçant clairement ses futurs travaux sur les films de Joe Dante : ici, Jerry Goldsmith illustre la scène de la danse de leçon avec un mélange entre rythmes rock’n roll, marche militaire et raclements de percussions accompagnant un orchestre très coloré, teinté de touches mickey-mousing amusantes. A noter que l’on retrouve ici l’orgue de barbarie qui apporte une couleur supplémentaire à la musique du film d’Ida Lupino. Le compositeur joue ainsi sur ses différentes couleurs instrumentales avec une inventivité et une fraîcheur extrême, annonciatrice de ses futures grandes partitions comédie des années 80/90 (et plus particulièrement de scores tels que « Gremlins », le segment de Joe Dante pour « Twilight Zone : The Movie » ou bien encore « The ‘Burbs »). « Lifeguard » évoque encore une fois les nombreuses bêtises et facéties de Mary et Rachel avec le retour de la batterie rock’n roll et l’apparition ici d’un synthétiseur kitsch typiquement « sixties », le compositeur en profitant pour développer pleinement son thème principal.
Dans « Sewing Circle », la musique devient alors moins exubérante et plus introspective. On entre alors dans la seconde partie du film, et la musique révèle enfin les sentiments intérieurs des personnages, et plus particulièrement de Mary, qui commence à ressentir l’envie de devenir une nonne. Quelques touches musicales légères et joyeuses parsèment encore l’ensemble (orgue de barbarie, pizzicati, etc.) avant de céder la place à un piano plus lyrique sous la forme d’une valse intime et élégante pour le personnage de Mary. La musique parvient alors à apporter une certaine émotion inattendue, après avoir développé tout au long de la première partie une atmosphère plutôt humoristique et délirante. Dans « Future Plans », la musique devient ici aussi plus sage et posée. C’est le temps de la réflexion, et pour les deux jeunes filles, le retour sur terre après avoir accumulé tellement de bêtises : ici aussi, Goldsmith évoque les sentiments intérieurs de Mary, lorsqu’elle commence à s’intéresser à la vie des religieuses et ressent petit à petit le besoin de devenir l’une des leurs. Goldsmith reprend ici le thème principal sous une forme plus lente, intime et apaisée, avec une grande délicatesse (on retrouve ici un piano qui rappelle la poésie et l’intimité du score pour le film « A Patch of Blue »). Le compositeur se fait ensuite plaisir avec « Marching Band », une fanfare exubérante qu’il a écrite pour la scène de la fanfare de la St. Francis Academy vers le milieu du film. L’aventure touche à sa fin dans « Rachel Says Goodbye », lorsque les deux amies sont obligées de se faire leurs adieux, alors que Rachel rentre chez elle et que Mary décide de rester pour devenir une religieuse. On retrouve ici quelques références au thème principal, avant d’enchaîner sur le générique de fin (« End Title »), reprenant une dernière fois le thème avec ses rythmes rock’n roll et ses sonorités instrumentales bondissantes reprises de l’ouverture.
Vous l’aurez certainement compris, la musique de « The Trouble With Angels » dévoile une facette plus humoristique et légère du style de Jerry Goldsmith, une musique fraîche et exubérante sur l’insouciance de la jeunesse, écrit par un compositeur qui semble s’être fait véritablement plaisir sur le film d’Ida Lupino. Sans être un travail majeur dans l’immense filmographie du compositeur, le score de « The Trouble With Angels » reste néanmoins l’un des plus beaux efforts du maestro dans le domaine des musiques de comédie, un genre dans lequel il brillera tout particulièrement entre les années 80 et 90. Voici donc un score frais, enjoué et coloré, porté par un sens de l’humour typique du compositeur et des orchestrations d’une grande inventivité, qui complètent parfaitement l’ambiance du film d’Ida Lupino !
Analyse réalisée par Quentin Billard. © 2010 tous droits réservés.
