Chers visiteurs et inconditionnels de Jerry Goldsmith, l'année 2011 fut assez riche concernant l'actualité discographique du maestro, certaines éditions CDs comme « Star Trek The Final Frontier » et « First Knight » en version complète chez La-La Land ont certainement fait le bonheur de plus d'un fan, sans parler du « Brotherhood of the Bell » et une édition officielle complète du score original de « Masada » chez Intrada, intégrale que l'on n’espérait plus !

Ces derniers mois ont été également marqués par deux autres rééditions de scores indispensables du musicien californien : tout d'abord, celui de « Tora ! Tora ! Tora ! », partition magistrale exotique et martiale sortie chez La-La Land, mais aussi celui de « The Sand Pebbles », oeuvre phare de Jerry Goldsmith dans un registre non moins exotique : encore une édition de plus direz-vous, mais quel fan ne pourrait résister à une nouvelle version de cette splendide musique avec des "petits plus" particulièrement intéressants, des pistes inédites en stéréo et un son entièrement restauré. Il est grand temps de se débarrasser de nos anciens CDs et de se procurer sans attendre la nouvelle version d’Intrada !

Mais Noël, c'est avant tout la magie et la joie, et question atmosphères féeriques, Jerry Goldsmith en connaissait un rayon ! Il nous a donc semblé important de mettre l'accent sur deux éditions exceptionnelles qui ont vu le jours dernièrement grâce aux efforts des labels Intrada et Film Score Monthly (Rétrograde), avec respectueusement « Explorers » et « Gremlins », deux scores inventifs époustouflants qui font incontestablement partie du top du top de la musique de films !

Afin de vous souhaiter de très bonnes fêtes, nous avons souhaité, avec Quentin, vous plonger de nouveau en quelques lignes, au coeur de ces deux extraordinaires musiques signées Jerry Goldsmith. Très bon réveillon à tous.

Pascal Et Quentin.

Gremlins, Explorers, des éditions CD indispensables... Tout d'abord, remercions respectivement ces deux maisons d'édition que sont Intrada et Film Score Monthly de nous permettre enfin d'accéder à ces deux partitions fabuleuses dans des versions intégrales et surtout officielles !

Gremlins >Retrograde Records / Film Score Monthly

Explorers >Intrada Records



Avec Gremlins, Jerry Goldsmith nous offrit en 1984 sa partition la plus inventive et la plus délirante de sa carrière, en tout cas, un sommet dans sa filmographie 80’s. Véritable film culte des eighties, « Gremlins » marqua les retrouvailles entre Jerry Goldsmith et le metteur en scène Joe Dante, un an après le segment « It’s a Good Life » de « Twilight Zone the Movie ». Sur « Gremlins », Dante offrit la possibilité au musicien d'oeuvrer avec une grande liberté sur le film, soutenu par Steven Spielberg à la production, qui avait déjà fait appel aux talents de Goldmsith sur « Poltergeist » en 1982.

Peu de partitions possédent une telle richesse dans les thèmes, les variations, les nuances et les ambiances. Pour le musicien californien, plus de limites, il faut transgresser tous les codes : liberté rime avec ouverture d'esprit et créativité. Ce fut le cas pour cette fabuleuse musique, le musicien de « Star Trek » et de « Alien » réitére encore une fois sa volonté d'explorer l'inconnu musical en nous offrant ainsi une partition mouvementée, drôle, étrange, sombre mais aussi légère et parfois poetique et magique. Le musicien usa sans limite de tous ses talents : on ne dénombre plus tout au long du score les nombreuses ruptures de tons, les décalages rythmiques souvent très marqués et parfois plus discrets. On y trouve également des variations progressives étranges parfois quasiment inédites, avec un sens de la fantaisie cher au compositeur. Des sonorités électroniques/artificielles proches d'effets vocaux ou de miaulements étranges de chats, des envolées orchestrales poëtiques, fraîches et empreintes d'une mélancolie et d’un lyrisme épatant, des déchaînements orchestraux fantaisistes et virtuoses, des passages parfois plus lugubres et inquiétants, à l’image des petits monstres de Joe Dante qui terrorisent la ville le soir de noël, etc. « Gremlins » est un score inventif, énergique et parfois même décalé, à l’image du film de Joe Dante : il règne dans cette oeuvre une somptueuse poésie nostalgique et une redoutable folie typique d’une époque révolue.

Avec « Explorers » (1985) de Joe Dante, écrit un an après « Gremlins », le musicien, toujours aussi inventif, joua la carte de l'aventure, de l’émotion et de la découverte. Moins décalée mais encore plus chaleureuse et nostalgique, la partition musicale de « Explorers » nous invite cette fois-ci à la passion pour l'action et les émotions, deux domaines que Jerry Goldsmith maîtrise parfaitement dans sa musique. Certains films permirent à Jerry Goldsmith de briller encore plus qu' à son habitude et de nous offrir des musiques d'une fraîcheur exceptionnelle lorsque le film et son sujet le lui permettait. Ce fut le cas pour cette perle musicale que fut « Explorers », partition restée très populaire auprès des fans du compositeur, et ce malgrè l’échec commercial retentissant du film de Joe Dante en 1985 (qui fut terminé dans l’urgence et bâclé au grand dam du réalisateur). « Explorers » est une partition brillante aux envolées aventureuses dans la plus pure tradition des scores d’aventure écrits par Goldsmith des les années 80, servi par des thèmes mémorables (la construction de l’appareil, le thème du rêve, le motif amusant du copain extra-terrestre, etc.), des orchestrations très riches et des sonorités électroniques inventive, une des partitions les plus longues pour Goldsmith en cette année 1985 avec quasiment près d’une heure 20 de musique. Jerry Goldsmith déclara d’ailleurs lors d’une interview :

«Joe Dante offrit une large place à ma musique dans « Explorers ». C'est fantastique de voir un metteur en scène qui s'intéresse autant à la musique de ses films. Il y avait une nécessité d'en mettre beaucoup car la musique se plaçait surtout sur les scènes d'action, et dans le film, il y en a pas mal, et ce au détriment des dialogues. Actuellement dans les films, l'action prime souvent et la musique s'en trouve augmentée. Continuer de travailler avec Joe est un grand bonheur, car il aime tout ce que je fais. Il est ''particuliérement créatif et farceur, nous nous amusons beaucoup tout en travaillant dur.

"Gremlins" était un film dingue, et musicalement, nous avons été dans ce sens. "Explorers" est un film beaucoup plus poétique et je me devais d’explorer ce concept en musique. Cette histoire de trois jeunes garçons malheureux en famille nous à incité à donner cette couleur poétique à la musique. Le générique de début est très enlevé et en dit long sur ce que l'on va découvrir dans le film. Je n'ai pas eu assez de temps pour écrire cette musique car il y avait beaucoup d'effets spéciaux et ces nouvelles technologies prennent souvent ''plus de temps au détriment de la musique qui reste le parent pauvre de la post-production.»



« Explorers » reste une de ces partitions exceptionnelles écrites par le musicien en 1985, qui venait de terminer « Rambo II », « Legend », « King Solomon’s Mines » ou bien encore « Baby » : rien que cela ! Dès l'ouverture, le ton de l’aventure est donné : le style est lumineux, entraînant et richement rythmé. Élément caractéristique présent du début jusqu’à la fin, c'est le charme de la musique qui prime avant tout dans cette partition, avec le talent d'un compositeur à l'imagination fertile dont les mélodies possèdent à chaque fois un indéniable pouvoir de séduction soutenu par une orchestration riche qui combine à point nommé fraîcheur, vivacité et émotion, une partition qui s'écoute avec délectation, même dans ses passages les plus agités et les plus mélancoliques, un grand moment de musique : merci, monsieur Goldsmith !

La La Land édite Bad Girls, western féminin doublé d’une symphonie musclée !

Avec « Bad Girls », le maestro Jerry Goldsmith tenta d'aborder de nouveau le registre de la musique western mais sans véritablement renouer avec le style de ses anciennes partitions telles que « Bandolero », « Rio Lobo » ou bien encore « Hour of the Gun ». Pour Jerry Goldsmith, « Bad Girls » est avant tout un film d'action 90’s qui lui permit de développer à nouveau des formules orchestrales post « Total Recall » et d'asseoir définitivement son style action qui deviendra prédominant au cours de la seconde moitié des années 90.

En ce sens, « Bad Girls » est absolument symptomatique du changement de style qui s'est opéré entre les musiques de Goldsmith pour les westerns des années 70 et sa musique d'un western typiquement 90's comme « Bad Girls » : les orchestrations se sont considérablement simplifiées, et l'incroyable complexité virtuose de ses anciennes musiques western céde aujourd'hui la place à des partitions plus formatées et certainement moins inventives, mais néanmoins toujours aussi réussies, témoignant du savoir-faire d'un compositeur toujours aussi actif et inspiré. Sa musique apporte finalement action et émotion au film de Jonathan Kaplan, sans chercher pour autant à laisser un quelconque souvenir impérissable à l'auditeur/spectateur : ici, la notion de plaisir immédiat est plus que jamais évidente, que ce soit dans l’écriture musclée et virtuose des morceaux d’action ou dans la qualité du très beau thème principal associée aux héroînes du film.

« Bad Girls » fait donc partie de ces partitions mineures de Jerry Goldsmith, mais comme toujours avec le maestro, on ne peut s'empécher d'apprécier un travail de qualité inspirépour un film qui, une fois encore, n'avait pourtant rien de vraiment inspirant. La nouvelle édition CD publiée par La La Land nous permet enfin d’apprécier l’intégralité du travail du compositeur sur ce score souvent sous-estimé mais pourtant plein de charme et n’énergie !

Un score complet de "The great train robbery"... Plus qu'un must !

"JERRY GOLDSMITH POSSÉDAIT L'ART SUBTIL DE JOUER PAR TOUCHES AU MILLIEU DES EFFETS ORCHESTRAUX LES PLUS EXHUBÉRANTS, PROUVANT À CHAQUE INSTANT LA SURETÉ DE SON ORCHESTRATION ET SA PRÉCISION SUR L'IMAGE"

En 1979, il était difficile de dire qu'une partition de Jerry Goldsmith était meilleure qu'une autre. Dans un même registre tel que celui de la science Fiction, il arrivait au maestro de se surpasser dans les sphères les plus hautes jamais explorées en musique de films. Avec l'unique "Star trek, the motion picture", et "Alien" le maestro nous combla de joie. Son Style unique, vigoureux et son esprit inventif imprégna chaque note qu'il écrivit à cette époque. Il arrivé même au maestro, entre deux énormes partitions, d'en loger une troisième voir une quatrième... Ce fut le cas pour le film de Michael Crichton "The Great train Robbery" en 1979, pour lequel Jerry Goldsmith innova encore, en nous offrant une partition très stylée dans un univers "pastiche" . Plus besoin de confirmer l'éclectisme du musicien de Los Angeles qui confirmait son sens inné de la création et son insatiable envie de surprendre. Par mélange affiché des genre, "The Great train Robbery" marqua de nouveau un tournant dans la carrière du compositeur comme avait pu l'être "QB VII" ou "Planet of the Apes". Parmi tant de qualités et de mérites, reconnaissons à Jerry Goldsmith celle de ne jamais être resté sur ses acquis. Redécouvrez grâce à la nouvelle édition cd d'INTRADA, cette remarquable musique au accents vifs, orchestrée et dirigée avec maitrise et sureté, dans un ton proche de celui des westerns. Une musique qui ne se prend jamais au sérieux tout en étant très sérieuse et qui exprime une sorte de fantaisie débridée,rarement dramatique et toujours agréable à redécouvrir et réécouter.

Pascal Dupont et Quentin Billard