A propos de Basic Instinct.

Jerry Goldsmith : « Paul Verhoeven est un metteur en scène très intéressant. Il a une façon bien à lui de diriger les acteurs. Il transmet toujours ses idées et je les comprends. Nous avons débuté notre collaboration sur le film ‘Total Recall’. Nous nous sommes tout de suite très bien entendu lui et moi.
Avec ‘Basic Instinct’, ce fut un peu différent, le film était complexe avec beaucoup de personnages importants et on ne savait pas si c’était une histoire d’amour, de meurtre ou un thriller sensuel! En fait, c’était un peu de tout cela à la fois, ce qui rendait les choses encore plus difficiles.
Paul avait des idées prédéfinies dans la tête et savait où il voulait arriver au final. Dans le film, tout est axé sur les émotions et le jeu des personnages. Le projet a très vite pris des allures de lutte acharnée car je proposais des choses à Paul, mais il ne les aimait jamais. J’ai passé un temps fou à trouver le fil conducteur de cette musique, ce que j’ai l’habitude de faire dans toutes mes oeuvres. J’ai travaillé dans la souffrance pour arriver à un résultat satisfaisant mais je pense qu’étant donné le contexte, c’est certainement ce que j’ai fais de mieux dans toute ma carrière de compositeur !
Sans Paul et son obstination, je ne serais pas arrivé à ce résultat. C’est un metteur en scène très « musical ». C’est une grande chance pour moi d’avoir l’électronique à ma disposition, parce que lorsque je compose quelque chose, je le programme dans le séquenceur et le réalisateur peut simultanément entendre ma musique en visionnant sa séquence. C’est tout de même très intéressant de se rendre aux sessions d’enregistrement sans avoir à modifier tout ce que vous venez d’écrire. Autrefois, on pouvait composer une musique complète, démarrer l’enregistrement et se rendre compte subitement que la première mesure ne convenait pas au réalisateur. Vous êtes en face de votre orchestre de 70 musiciens, que faites-vous? Avec ‘Basic Instinct’, cela n’aurait pas été possible.

Nous avons travaillé techniquement de la même façon que sur ‘Total Recall’. Je jouais ma musique au synthétiseur en même temps que le film était projeté, ce qui donnait à Paul une idée plus ou moins précise de ce à quoi allait ressembler la séquence. Les temps ont bien changés depuis l’époque où je jouais mes maquettes au piano. Il m’a fallut 4 à 5 semaines pour capter globalement l’ambiance du film. Heureusement que Paul était patient car moi, j’étais vraiment très frustré ! Le principal problème sur le film était une fois de plus « le temp track » qui fonctionnait très bien. Par exemple pour la séquence de la course de voitures, il avait monté la scène avec une autre musique de film et cela marchait très bien. Malheureusement, ce que j’avais présenté à Paul ne lui convenait pas. Il me disait toujours, « tu peux faire mieux, tu peux faire mieux ». J’étais en plein cauchemar. J’ai failli lui dire « trouve quelqu’un d’autre pour faire cette musique! ». J’étais déboussolé !
Un autre jour, j’ai écris quelque chose qui n’était pas très thématique à mon goût. En écoutant cela, Paul m’a dit « Stop, arrête tout, tu tiens ton thème »! Au final, Paul a rejeté beaucoup de mes idées. En plus, je voyais le temps s’écouler et les sessions d’enregistrement se rapprocher. J’ai bien failli tout lâcher ! Jusqu’à la fin du film, même dans la séquence finale, ce fut au corps à corps, pour cette scène où la caméra se projette sous le lit afin de découvrir le pic à glace. Ils ont eu beaucoup de mal à faire leur choix sur deux versions proposées : la mienne et celle que Paul m’avait demandé de faire. Après de longues heures de réflexion, ils ont choisi une version, mais pas celle que je souhaitais. Heureusement, la version que je préférais a fini sur le CD, mais ce n’est pas celle du film.
‘Basic Instinct’ est un excellent film. Paul est resté très fidèle à son script de départ. C’est pour cela que le film est très bon. Nos relations furent basées sur un grand respect mutuel. Je suis un fan de ses films hollandais. Nous avons eu sur ce film une collaboration certes assez tendue, mais jamais agressive. Dès que la musique lui plaisait, son visage s’éclairait soudainement. C’est la musique qui m’a donné le plus de difficultés. Bien souvent, les thèmes ne venaient pas mais je savais que j’allais achever la partition malgré tout. Le résultat final est ce qu’il est, et il est grandiose! C’est ce genre de défi qui fait que l’on évolue constamment."
Ces propos et citations rassemblés du compositeurs proviennent de divers sources.
Sources personnelles (propos recueillis personnellement), revues de Musique de film, "Soundtrack Magasine", émissions Radio, TV et divers Master class.











