A propos de Chinatown...

« Chinatown fut une musique très fascinante à faire. J’ai eu peu de temps pour composer le score. Le compositeur que la production avait engagé ne faisait pas l’affaire et j’avais très envie de faire ce film. C’était en plus le genre de script que je ne recevais pas souvent. Le sujet était captivant et le film était très intimiste. Le film de Roman m’a beaucoup touché car cela me rappelait fortement le Los Angeles de mon enfance, l’époque à laquelle le film a été tourné, l’éclairage… Tout me renvoyait à cette période. Il arrive que l’on utilise un instrument précis pour identifier un personnage, ce qui fut le cas dans ‘Chinatown’ avec le solo de trompette. Je ne sais pas pourquoi j’ai utilisé cette instrument, il y a plusieurs façons de l’utiliser, mais cela me semblait juste. Il n’y avait pas de décision intellectuelle de ma part, ce fut purement émotionnel… ».
A propos du processus de création…
« Le plus difficile dans un film, c’est de saisir le ou les thèmes. Une fois qu’on a le fil conducteur, alors la fête peut commencer ! Le tout est d’y arriver à chaque fois. Pour chaque nouveau film, j’essaie de me renouveler, ce qui n’est pas toujours évident car j’ai déjà écrit beaucoup de musiques ! C’est un véritable défi que de savoir se renouveler, je ne suis pas une machine, je ne peux pas expliquer ce qui se passe au moment de l’inspiration. Ca vient ou ça ne vient pas ! Mais quelque chose doit se produire car il faudra à un moment donné être dans un lieu précis en train d’enregistrer ! Lorsque l’on écrit de la musique, c’est sur papier. On peut imaginer des tas de choses mais pas ce que donnera le résultat final avec un orchestre. C’est extraordinaire quand, après avoir passé des semaines à écrire des tas de notes sur une partition, vous entrez enfin dans une salle d’enregistrement et vous jouez pour la première fois ce que vous avez entendu au loin dans votre tête. C’est un moment magique ! ».
…La technique…
« Il est difficile de synchroniser un orchestre complet avec l’action du film, tout en gardant une certaine « émotion ». Il faut toujours avoir en tête la relation musique et images, au même endroit et au même moment, sinon on risque alors de devenir trop mécanique et de gêner l’interprétation. En effet, on peut enregistrer une même musique pour un disque et comme elle ne doit pas se conformer au film, on est beaucoup plus libre. Mais ce n’est pas le cas lorsque l’on doit suivre l’action du film. Quand je dirige, sur l’écran je vois les temps forts d’une mesure sous la forme de signaux lumineux. Je vois également ces marques sur ma partition et je sais qu’elles doivent correspondre entre elles. Ce sont mes repères et cela me libère, je ne dois plus regarder à la fois le chrono, la partition et l’écran. Il me suffit simplement de regarder l’écran et ma partition, ce qui me permet de ralentir ou d’accélérer par moment entre les flashs. Vous voyez cette longue ligne oblique ? Elle indique que la musique doit se terminer à ce moment précis. Si je n’y arrive pas, alors je suis le seul à pouvoir décider si cela vaut la peine de tout recommencer et d’arriver à la perfection que je souhaite atteindre. »
A propos de « Secret of Nimh »…
« J’ai fait la musique de ce film avec grand plaisir car je n’avais jamais réalisé ce genre de chose auparavant. Le processus créatif et l’approche musicale sont ici totalement différents que sur ceux d’un film. Pour un film, une scène peut durer 10 minutes, alors que dans un film d’animation, une séquence dure au grand maximum 1 minutes, ce qui est déjà bien long pour ce type de film ! Lorsque j’ai commencé à écrire la musique, je ne voyais que des dessins. Aucun son naturel, aucun bruits. Les dialogues sont ensuite travaillés et on y ajoute successivement les effets sonores ainsi que la musique. Celle-ci joue un très grand rôle pour la compréhension du récit. La première fois que j’ai vu le film avec ma musique, cela m’a fait une forte impression en comparaison de ce que j’ai l’habitude d’écrire pour des films. »
A propos de l’électronique…
« L’électronique n’a jamais été un phénomène nouveau ! J’ai toujours été passionné par les différents moyens de manipuler la musique. Lorsque j’ai commencé à écrire de la musique, j’ai tout de suite été attiré par les synthétiseurs. C’était pour moi une façon d’étendre ma palette musicale. Aujourd’hui, on a perdu de vue le but de la manipulation électronique. J’aime le synthétiseur et l’électronique et je l’utilise de façon modérée. Tous les sons que j’utilise dans mes musiques sont à la portée de tous. Je les intègre toujours en complément de l’orchestre. Je travaille toujours avec des claviers de mon choix et je n’ai pas peur de toujours réutiliser les mêmes. L’électronique doit servir a faire évoluer la musique et non à la remplacer. Je l’utilise pour accentuer certains sons et valoriser des instruments. L’électronique subsistera tant qu’on l’utilisera avec parcimonie. Je mets de l’électronique dans tout ce que je fait. J’ai crée beaucoup d’effets synthétiques mais j’en ai également abandonné beaucoup. Certains ne s’intégraient pas à ma musique. Je suis un boulimique d’électronique, si j’avais plus de temps, je lirai encore plus de bouquins sur ce sujet. »
A propos de Poltergeist…
« Pour Poltergeist, ce fut très différent et très spécial. C’était la première fois que je travaillais avec Steven Spielberg. Il adore la musique et s’est intéressé à toutes les notes que j’ai écrites pour ce film. Nous avons travaillé en étroite collaboration. Le challenge était de créer un climat musical chaleureux au sein d’une atmosphère de terreur. J’ai eu beaucoup de plaisir à travailler avec Steven. »
A propos des Westerns…
« Il y a eu l’âge d’or des westerns. J’en ai fait un certain nombre. Ils sont tous uniques. Le contexte est le même à chaque fois mais les sentiments sont toujours différents. L’Amour, la Mort, le Bonheur, tout peut être traité de multiple façon en musique. C’est un plaisir sans cesse renouvelé. Lorsque l’on aime réellement ce que l’on fait, il y a toujours moyen de le faire autrement. Une peine ressentie un jour peut être différente le lendemain. »
Ces propos et citations rassemblés du compositeurs proviennent de divers sources.
Sources personnelles (propos recueillis personnellement), revues de Musique de film, "Soundtrack Magasine", émissions Radio, TV et divers Master class.











