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A propos de La Planète des Singes

« Lorsque Franklin J. Schaffner m’a demandé de travailler sur le film « PLANET OF THE APES », c’était au cours d’un déjeuner. Franklin m’a donné les grandes lignes du scénario. L’histoire se déroulait dans le futur et racontait comment une société de singes avait pris le pouvoir sur terre, chassant les humains comme des animaux sauvages en guise de passe-temps. Une sorte de civilisation à l’envers.
Mon travail consistait à inventer une musique qui soit non seulement en adéquation avec cette civilisation étrange, mais qui puisse également aider à la comprendre.

Franklin m’a laissé travailler seul au départ, il n’a rien voulu entendre avant les sessions d’enregistrement.
Ma première approche fut de représenter musicalement cet aspect « primitif » des choses. Une musique qui devait résonner en quelque sorte de façon « animale » ! J’ai proposé rapidement à Franklin d’utiliser des instruments rares, et qui pour certains, n’étaient plus utilisés depuis longtemps. Il était tout à fait d’accord avec cette idée.
Pour ce film, j’ai travaillé avec l’orchestre de la Twentieth Century Fox. A cette époque, c’était l’orchestre qui se chargeait des bruitages. Dans un local, il y avait un stock d’ustensiles et de matières pour concevoir tous types de bruits. J’en ai sélectionné quelques uns qui m’ont permis de réaliser certains effets. En frappant sur des casseroles et des bols renversés par exemples, nous avons obtenus un effet métallique étonnant qui résonnait de façon très « primitive ».
Ce fut pour moi une grande période d’apprentissage. Travailler sur ce film m’a fait considérablement évoluer sur le plan musical. D’ailleurs, tous les films que j’ai fait avec Franklin m’ont appris beaucoup de choses. C’est un vrai bonheur de pouvoir travailler avec un metteur en scène qui aime la musique. Franklin avait un goût très prononcé pour la musique. Nous nous sommes toujours bien entendu. En plus, il a toujours laissé une grande part à la musique dans tous ses films.

« PLANET OF THE APES » est un film musical, mais également un film où il y a beaucoup de silence. Le but était de placer la musique au bon moment afin d’aider le spectateur à avancer dans ce récit aux atmosphères étranges tout en conservant un maximum de suspense. Mais il ne fallait surtout pas mettre de la musique partout !
La scène la plus importante du film est la fameuse « chasse à l’homme ». Juste avant le départ de cette séquence, il fallait apporter un certain calme dans la musique pour travailler davantage avec le silence et les bruits. J’ai abordé la scène de la baignade et du vol des vêtements qui précédait la séquence bestiale de la chasse avec beaucoup de légèreté, afin d’arriver ensuite sur un climat plus inquiétant. Les deux sons de cornes de bélier qui retentissent juste avant le début de la chasse devaient être saisissants.

Pour l’époque cette musique sonnait très moderne, malgré son aspect très « primitif ».
Le générique de début était très important. C’est dans ce thème que l’on perçoit toute cette atmosphère d’étrangeté. J’ai décidé de renforcer cette idée en ajoutant à l’orchestre un synthétiseur, combinant ainsi des instruments acoustiques et des effets d’échos notamment avec les flûtes et les cordes. Le tout fut enregistré séparément en studio.

Etant donné la modernité de l’histoire, il m’aurait été facile de faire beaucoup de chose avec des synthétiseurs. En plus, nous étions dans une période musicale qui le permettait. Je n’ai pas opté pour l’utilisation des synthétiseurs afin de préserver le style « primitif » de la musique. Cependant, le fait d’associer des effets électroniques à l’orchestre était déjà très nouveau pour l’époque. Ce qui ne fut pas commun pour cette période, c’était l’utilisation dans mon écriture de la forme « sérielle ». Effectivement, j’ai conçu cette musique suivant la théorie des 12 tons. C’est cela qui a créé réellement l’aspect abstrait de la partition. Très peu de musiciens utilisaient cette technique pour le cinéma à l’époque.

Tout était bon dans le film, les acteurs, les techniciens, l’histoire, il y avait vraiment matière à faire un excellent score. Ni moi, ni Franklin ne savions que le film allait devenir culte.
A cette époque, nous faisions notre travail du mieux que nous le pouvions et le plus professionnellement possible. Rien ne laissait présager le chef-d’œuvre. Nous savions bien entendu que le sujet était inédit pour l’écran mais je n’ai jamais œuvré avec l’idée de faire une musique « unique en son genre ».
Le fait de travailler avec Franklin était pour moi une source de motivation extraordinaire. Avec lui, il était toujours possible de mettre mes idées en place.

Il me manque beaucoup ! »
Jerry Goldsmith - 1987

Ces propos et citations rassemblés du compositeurs proviennent de divers sources.
Sources personnelles (propos recueillis personnellement), revues de Musique de film, "Soundtrack Magasine", émissions Radio, TV et divers Master class.


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