Défilement haut
Indicateur niveau
Défilement bas

TOTAL RECALL

En 1990, Jerry Goldsmith a à son actif quelques très grands chefs d'œuvre qui demeurent encore aujourd'hui incontestés dans leur domaine. Avec des partitions telles que 'First Blood' en 1982, Goldsmith s'est très vite imposé comme un spécialiste de la musique d'action, un genre qui fit sa réputation dans les années 80 et 90, époque à laquelle il exploitera pleinement ce genre. Première collaboration du compositeur avec Paul Verhoeven, ‘Total Recall’ marque un véritable aboutissement du style action dans la carrière du compositeur qui semble avoir atteint un sommet rarement inégalé avec ce score incroyablement complexe et puissant. Jerry Goldsmith y démontre toute l’étendue de son savoir-faire et son talent à manier une écriture orchestrale virtuose et un sens du rythme très personnel. N’oublions pas non plus de signaler une remarquable maîtrise de l'élément électronique qui opère pleinement dans ce score au sein de l'importante masse orchestrale du National Philharmonic Orchestra, l’orchestre fétiche de Jerry Goldmsith et ce depuis quasiment ses débuts. Le fait est que ce n'était pas l'orchestre prévu au départ puisque les sessions d’enregistrement de ‘Total Recall’ ont d'abord commencées à Munich, mais se sont très vite avéré décevantes – un échec qui s’explique avant tout par le fait que les musiciens ont du très vite déclarer forfait devant la trop grande difficulté de la partition à interpréter. Pour ne pas perdre plus temps et d'argent, Jerry Goldsmith et son équipe ont dû déménager à Londres pour enregistrer la musique avec le National Philharmonic Orchestra et ses musiciens talentueux. Signalons simplement, pour compléter l’anecdote de l’échec des sessions avec l’orchestre de Munich, que Jerry Goldsmith aurait déclaré dans une interview de l’époque que sa musique pour ‘Total Recall’ a été probablement la partition la plus complexe qu’il ait eu à écrire pour un film.

Le score de ‘Total Recall’ est un habile mélange complexe entre orchestre et synthétiseurs illustrant le caractère futuriste du film ainsi que le lieu du récit, la planète Mars. Le générique de début du film (‘The Dream’) permet de faire entendre aux spectateurs/auditeurs le superbe et célèbre thème principal sur fond de martèlement rythmique syncopé particulièrement mémorable, soutenu par une ligne de basse synthétique accentuant le motif de 7 notes annoncées par les cuivres. Certains ont très vite fait le rapprochement entre ce motif de 7 notes et le début de 'Anvil of Crom' du célèbre score de ‘Conan The Barbarian’ de Basil Poledouris. Pour l’anecdote, il s’agit tout simplement ici d'un clin d'œil volontaire à Poledouris exigé par Paul Verhoeven lui-même, avec qui Poledouris collabora sur ‘Flesh & Blood’ et ‘Robocop’ (le clin d'oeil est aussi dirigé vers Arnold Schwarzenegger qui interprétait Conan dans le film de John Milius en 1982). Avec son fameux ostinato rythmique, le thème, qui apparaît après le motif de 7 notes, évoque l'aventure de Douglas Quaid sur la planète Mars et s'affirme très rapidement comme le principal leitmotiv du héros qui sera présent tout au long du film, tout comme le motif de 7 notes, que Goldsmith ne fera suggérer par petites bribes, parfois à travers des variantes peu reconnaissables au premier abord (par exemple, dans l’ostinato rythmique de contrebasses de ‘End of Dream’, qui se trouve une version très accélérée des premières notes du motif de l’ouverture du film).

Très rapidement, Jerry Goldsmith installe un climat mystérieux et incertain dans 'First Meeting' et ‘Agent Secret’, où Quaid va rendre visite à l'agence Rekall, deux pièces qui permettent d’asseoir la couleur du score de ‘Total Recall’ avec une symbiose parfaite entre l'orchestre et les sonorités futuristes du synthétiseur qui seront omniprésentes tout au long des 70 minutes de score. Le compositeur nous fait clairement comprendre que les choses commencent à mal tourner dans 'The Implant', premier bref morceau d'action du score de ‘Total Recall’ alors que Quaid réagit violemment à l'implant que les scientifiques de chez Rekall viennent de lui pose. Basse rythmique synthétique, orchestre virtuose, rythmique complexe et élaboré, 'The Implant' annonce déjà la fureur et la violence qui va se propager tout au long de cette très excitante partition de Goldsmith. A noter que ‘The Implant’ étonne par le caractère quasi dansant de son orchestre. Avec ses changements de mesure et ses rythmes syncopés complexes (renforcés par une écriture contrapuntique très élaboré entre les différents pupitres de l’orchestre), ‘The Implant’ apporte une véritable chorégraphie musicale étonnante à cette séquence, comme si le compositeur cherchait à traiter cette scène violente sous la forme d’un ballet contemporain, une sorte d’influence – probablement inconsciente – d’Igor Stravinsky sur la musique de Goldsmith. Effectivement, le célèbre compositeur russe, spécialiste des musiques de ballet, a toujours eu une grande influence sur le style musical de Jerry Goldsmith. Quelque part, ‘The Implant’ se situe dans une sorte de continuité artistique logique du ‘Sacre du printemps’ ou de ‘L’oiseau de feu’ de Stravinsky, avec, bien entendu, la personnalité de Jerry Goldsmith en plus, totalement indissociable de la musique du film de Paul Verhoeven. Car, ne nous y trompons pas : un morceau comme ‘The Implant’ est du Jerry Goldsmith absolument typique à 100% !

Quaid commence à ne plus comprendre ce qui lui arrive. Dans 'Aftermath', il vient d’abattre ses propres amis qui tentaient de le tuer et dans 'For Old Times' Sake', c'est sa femme Lori (Sharon Stone) qui tente de l’assassiner. Excitant, le morceau débute sur un climat de suspense (utilisation de ce motif mystérieux de 4 notes de synthétiseur que Goldsmith réutilisera beaucoup tout au long des passages mystérieux ou à suspense du film) pour finalement évoluer vers un morceau d'action violent et énergique, tandis que Quaid doit affronter sa propre femme. A noter ici l'utilisation remarquable des différentes sonorités électroniques ainsi que ce motif synthétique mystérieux et inquiétant à la fois, nous prouvant une fois de plus à quel point Jerry Goldsmith est passé maître dans l’art de manipuler les sonorités électroniques afin de créer de nouveaux univers sonores incorporés à l’orchestre symphonique, l’un n’étant finalement plus indissociable de l’autre. Cette scène aboutit au déchaîné 'Clever Girl', l'un des meilleurs morceaux d'action du score, et aussi probablement l’un des plus complexes. Lori vient de trahir Quaid en appelant les tueurs de Richter (Michael Ironside) qui se lancent pour la première fois à sa poursuite. Progressivement, Jerry Goldsmith met en place un rythme haletant tout en utilisant ce que l'on pourrait considérer comme un thème de poursuite. A noter que le morceau débute sur un nouveau motif qui sera omniprésent tout au long du film, un motif de 4 notes associé à Richter, le bras droit du grand méchant de service. On notera ici la façon dont Goldsmith joue avec ce motif, le transformant à loisir jusqu’à le faire exploser lors du final de ‘Clever Girl’, traduisant à travers des cuivres monolithiques et déchainés la fureur de Richter lorsque Quaid réussit à lui échapper dans le métro de la ville. Les effets sonores électroniques restent aussi inventifs que présents tout au long du morceau, et, alors que la poursuite s'intensifie brutalement, le compositeur arrive de manière magistrale à rendre l'action encore plus intense dans sa musique, et ce à travers différentes couches rythmiques et changements de mesure qui obligent l'orchestre à intensifier son jeu. Le morceau met ici en avant les percussions, les synthétiseurs, les cordes et les cuivres, avec quelques bois (à noter ici la prédominance des hautbois et du cor anglais dans les orchestrations du compositeur). Le motif de trompettes aigues entendues vers la fin de ‘Clever Girl’ durant la poursuite dans le métro s’inspire vaguement du style rythmique de Bartok et Stravinsky, deux compositeurs qui ont toujours beaucoup influencé Goldsmith dans sa musique. A noter l’utilisation d’une échelle modale dans la mélodie de trompettes enragées que l’on entend durant cette poursuite dans le métro de la ville, preuve que le compositeur a parfaitement retenu l’apprentissage de ses maîtres sur la musique européenne/extra-européenne du début du 20ème siècle. Rarement aura t’on entendu un compositeur créer une musique aussi puissante et virtuose pour une scène de poursuite (et ce n’est que le début !). La traque menée contre Quaid continue tandis que ce dernier s'échappe dans 'The Johnny Cab'. Le motif de 4 notes associé à Richter reste continuellement présent, comme pour évoquer le côté dangereusement obsessif et infatigable du méchant interprété par un génial Michael Ironside. 'Howdy Stranger' accompagne sa rencontre avec son double qui se prénomme Hauser, par le biais d’un écran vidéo. Le terrifiant 'Nose Job' (brillante montée de la tension orchestrale pendant près d’une minute) souligne la scène (grotesque) où Quaid doit s'enlever l'émetteur qui se trouve dans son crâne.

On entre ensuite dans la seconde partie du film et de la musique avec 'The Space Station' où les synthétiseurs prennent une plus grande importance lors de l'arrivée de Quaid sur la planète Mars. Les premiers plans que nous découvrons de cette planète sont accompagnés par un climat de grandeur et de majestuosité qui renforce le caractère grandiose des décors. De nouveau traqué par les mêmes tueurs sur Mars, Quaid se réfugie dans la montagne des mines de Mars. Après sa rencontre avec la sensuelle Melina (Rachel Ticotin), qu'il est censé connaître mais dont il n'a gardé aucun souvenir, notre héros traqué se retrouve seul dans une chambre d'hôtel où un certain docteur Edgemar vient lui rendre une petite visite surprise. Le morceau correspondant à cette scène se nomme 'Where Am I?', pièce qui évoque de manière mystérieuse les tourments de Quaid qui ne sait plus très bien qui il est et où il est, et ce alors que Edgemar lui annonce qu'il n'est pas celui qu’il croit être et que tout ce qu'il vit n’est en fait qu’une sorte de gigantesque illusion causée par une embolie schizophrénique. Toujours selon le même docteur, Quaid se trouverait au moment même être en réalité assis au fond d'un siège chez Rekall. Pour évoquer le trouble, les interrogations et l'hésitation de Quaid, Goldsmith crée ici un véritable climat de mystère avec des sonorités électroniques renforçant le caractère suspensif et hésitant de la scène et le suspense lié à ce nouveau rebondissement dans l'intrigue du film. L'utilisation ici des sonorités électroniques mystérieuses apportent un effet surréaliste saisissant dans cette séquence du film, comme si le temps venait de s'arrêter pour Quaid qui commence à perdre ses repères, tandis que sa femme Lori arrive pour venir confirmer les dires du docteur. Après la virtuosité, la brutalité et l’incroyable complexité de morceaux comme ‘For Old Times’ Sake’ ou ‘Clever Girl’, Goldsmith nous prouve aussi qu’il a décidément plus d’un tour dans son sac et qu’il maîtrise aussi les atmosphères plus nuancées et retenues, car, de par ses orchestrations distantes et son caractère quasi irréel, ‘Where Am I ?’ possède lui aussi une certaine complexité dans la façon dont le compositeur manipule les sons électroniques pour nous plonger dans une ambiance onirique assez inquiétante et déstabilisante. Mais notre héros sait qui il est et après avoir tué le docteur Edgemar, les hommes de Richter lui tombent dessus et l'emmènent vers le QG du grand chef dans 'Swallow It', nouveau morceau d’action massif, complexe et virtuose.

'The Big Jump', deuxième meilleur morceau d'action du score de ‘Total Recall’, accompagne avec brio la poursuite entre Quaid/Melina et les tueurs de l’infatigable Richter. Le morceau débute avec le thème d'action sur fond d'une excitante basse rythmique de synthétiseur, toujours très présent dans ce morceau. Jouant une fois de plus sur la succession de diverses mesures et de formules rythmiques riches et complexes, Goldsmith mène tambour battant ce brillant morceau d'action faisant monter une fois de plus l'adrénaline comme lui seul sait si bien le faire. L’entêtant motif de 4 notes de Richter revient ici en grande force, développé tout au long du morceau, comme pour renforcer la détermination aveugle et obsessive du méchant à stopper Quaid. Le compositeur travaille particulièrement ici ses alliages orchestre/synthétiseur en utilisant une série de différentes sonorités électroniques pour renforcer le caractère violent et effréné de ce passage. Sur ordre de Vilos Coohagen (Ronnie Cox), le dictateur qui dirige Mars d’une main de fer, Richter et ses hommes doivent se retirer après avoir coupé l'air dans le secteur de Venusville. 'Without Air' résonne ainsi de façon éminemment funèbre avec ses synthétiseurs pesants et ses sons de cloches lourdes renforçant l'idée que la population de Venusville est en train de mourir lentement d'asphyxie.

Quaid rencontre alors Kuato, le chef de la résistance martienne contre la tyrannie de Coohagen. Notre héros recherche des réponses à ses questions et après que Kuato lui ait demandé de lui ouvrir son âme, il découvre le secret qui se cache au cœur de Mars: une immense réserve d'air sous forme de gigantesques blocs de glace prêt à être décongelés pour répandre l'oxygène et créer une atmosphère vivable sur la planète. Coohagen connaît l'existence de ces gigantesques installations et les a gardés secrètes pendant tout ce temps jusqu'à ce que Quaid vienne enfin s'en mêler. C'est ce que décrit le magique et impressionnant 'The Mutant', morceau clé de la partition de ‘Total Recall’ au climat surréaliste et grandiose, évoqué par les sonorités new age électroniques ainsi qu’un motif synthétique évoquant le secret enfoui au cœur de Mars. Goldsmith utilise ici pour la première fois le thème de Mars aux violoncelles, mélodie plutôt lyrique évoquant la splendeur de Mars et de ses secrets. On remarquera avec quelle maîtrise le compositeur a magnifié cette séquence en évoquant à travers ses mélanges de sonorités électroniques/orchestrale le caractère grandiose des installations souterraines de Mars et du secret qu'elles renferment. 'The Mutant' dégage très clairement une sensation de grandeur éblouissante mêlé à un côté magique, grandiose et mystérieux à la fois, un morceau unique pour cette séquence-révélation du film.

Finalement, après des escapades musclées dans les violents 'The Massacre' et 'The Treatment' (autre pièce d'action particulièrement complexe et excitante), Quaid et Melina se retrouvent confrontés une dernière fois à Richter et ses hommes qui tentent de lui barrer la route pour les empêcher de rejoindre le réacteur qui déclenchera la combustion des immenses blocs de glace. Après avoir réintroduit le très lyrique thème de Mars au début de 'The Hollowgram' avec ses synthétiseurs féeriques à la ‘Legend’, Goldsmith réutilise l'ostinato rythmique de ‘The Dream’ alors que le petit jeu de cache-cache mortel avec les hommes de Richter commence dans le souterrain, nos deux héros s'aidant d'un hologramme pour tromper les soldats de Richter. Le compositeur illustre de manière très habile ce petit jeu du chat et de la souris en alternant moment de (faux) calme et sursauts violents de l'orchestre – un peu il l’avait déjà fait en 1982 dans ‘Mountain Hunt’ du score de ‘First Blood’. La tension de cet affrontement monte encore d'un cran alors que Goldsmith réemploie durant quelques instants un bout du début du ‘Main Title’ (le motif de 7 notes, inspiré du ‘Conan’ de Poledouris) et de sa fameuse rythmique, passage qui se trouve être d’ailleurs repris d’une section de ‘The Treatment’ (on remarque ici à quel point Goldsmith porte particulièrement son attention sur le développement, qu’il s’agisse de motif ou de phrase entière de sa partition), aboutissant au très violent affrontement entre Quaid et Richter sur le monte-charge. Le compositeur reprend ici un passage musclé et complexe de ‘The Treatment’ et aboutit à un climax d’une violence rare pour la mort (gore) du méchant, d’où une ultime reprise explosive du motif de 4 notes de Richter.

Arrivé devant le réacteur de Mars qu’il est sur le point d’activer, Quaid se retrouve face à face avec Coohagen, prêt à tout pour l'empêcher de déclencher le réacteur. 'End of a Dream' illustre cette scène avec un morceau incroyablement complexe où l'action culmine une dernière fois pour trouver son apogée dans la partition (une bonne partie du morceau n'a malheureusement pas été utilisé dans le film étant donné l'importance des effets sonores durant cette séquence). Pour se faire, le compositeur utilise un très entêtant ostinato mélodique de contrebasses saisissants qu’il va très vite développer avec l'ajout d'une basse rythmique synthétique. A noter que les premières notes de l’ostinato de contrebasses sont en réalité une version accélérée du motif de 7 notes à la ‘Conan’, comme signalé au début de cette critique-analyse. Comme toujours, Jerry Goldsmith fait preuve ici d’un véritable génie dans le développement des motifs, s’affirmant clairement dans sa façon de faire dans la lignée directe de Ludwig Van Beethoven, pour qui le développement était une préoccupation majeure dans sa musique. ‘End of a Dream’ demeure en tout cas impressionnant de bout en bout et magistralement interprété, pour ce qui reste le morceau d’action ultime de la partition de ‘Total Recall’, morceau qui à lui seul mériterait une analyse musicologique extrêmement approfondie pour en révéler toute son incroyable richesse. L'aventure touche à sa fin et l'histoire trouve sa conclusion dans 'A New Life', ultime reprise grandiose et lyrique du thème de Mars tandis que la nouvelle atmosphère vient d'être crée sur une planète ressemblant maintenant comme deux gouttes d'eau à la Terre. Le thème de Mars évoque le spectacle enchanteur qui s’offre aux habitants de Mars et aux deux héros qui ont enfin accomplis leur mission. Le motif de Mars prend enfin toute son ampleur dans ce très beau final concluant le film de manière épique et romantique (la réutilisation du motif synthétique de 4 notes semble d’ailleurs faire planer le doute sur la réalité de toute cette histoire, Quaid se demandant si tout ce qu'il a vécu ne serait pas en réalité qu'un simple rêve).

Que dire de plus si ce n'est que ‘Total Recall’ fait réellement partie des monuments musicaux de Jerry Goldsmith, une partition de référence dont on cite souvent les noms pour se référer à un genre particulier, ici la musique d’action. Le score de ‘Total Recall’ a montré avec une rigueur rare tout le talent du compositeur et l'étendu de son savoir-faire orchestral ainsi que ses astucieux mélanges de synthétiseur au sein de l'orchestre, apportant une couleur quasi unique à la musique et au film de Paul Verhoeven. Complexe, l'écriture du score de ‘Total Recall’ l'est assurément. Maîtrisée et extrêmement élaborée même dans ses plus infimes détails, le score de Goldsmith souffre néanmoins d’une certaine répétitivité qui aurait tendance à le rendre difficile à écouter d’un trait sur les quelques 70 minutes de score. Mais son impact dans le film est si extraordinaire et si riche qu’il paraît injuste de s’arrêter sur la répétitivité de la partition de ‘Total Recall’. On pourra néanmoins reprocher le fait que le mixage de la musique dans le film s’avère être très décevant, la musique atteignant une telle richesse et une telle complexité dans ses moindres détails qu’il paraît difficile, dans le nouveau cinéma d’action des années 90, de mettre autant en valeur tous ses moindres détails comme on pouvait le faire auparavant dans le mixage des musiques de films d’action des années 70 voire 80. Cette musique si complexe et si aboutie qu’elle soit ne prend véritablement son ampleur que sur l’album complet publié par Varèse Sarabande. Avec cette sophistication quasi intellectuelle de sa musique d’action 90s, Jerry Goldsmith montre aussi les limites d’un système hollywoodien en phase de devenir de plus en plus médiocre vis-à-vis du contenu musical des films de cette nouvelle génération. Oeuvre de référence, ‘Total Recall’ est un véritable aboutissement des travaux qu'entreprend Jerry Goldsmith depuis plus de dix ans déjà sur la musique d'action et ce à travers des scores tels que la trilogie des ‘Rambo’, 'Leviathan', 'Star Trek V', 'King Solomon's Mines’, ‘Extreme Prejudice’ et bien d’autres encore. En ce sens, ‘Total Recall’ est l’aboutissement parfait d’un style action complexe et sophistiqué qui débuta en 1985 avec ‘Rambo II’ et qui suivra Goldsmith jusqu’à la fin de sa vie (cf. sa musique finale rejetée pour ‘Timeline’ en 2003). Ce n'est d’ailleurs certainement pas un hasard si ce genre de partition est étudié par les enseignants en classe de musicologie de l'UCLA aux Etats-Unis: c’est une véritable leçon d’écriture d’une musique de film! En clair, un grand moment de musique de film qui demande néanmoins un certain temps d'adaptation pour pouvoir en apprécier pleinement ses réelles qualités!


FORUM
2007 Tous droits réservés © THE MUSICAL LAW / Jerry Goldsmith - French Website
Création, Design & Administration : Pascal Dupont - Rédaction & Analyses Musicales : Quentin Billard - Développement, Flash Animation & Webmaster : Julie Desrumaux